31 décembre 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Un album nous plonge dans le quotidien du 7e BCA.
En début d'année, le photographe Jean-Christophe Hanché s'est
mêlé, cinquante jours durant, au quotidien des soldats du
7e bataillon des chasseurs alpins (BCA) qui arpentaient alors
la Kapisa, au Nord-Est de Kaboul. De retour d'Afghanistan, il a
sélectionné trois cents clichés réunis dans un petit album.
Les compositions cultivent le dynamisme dans la sobriété, et
si le style se montre volontiers intimiste, il ne verse jamais dans
l'impudeur. Sont évoqués la puissance du feu comme les stigmates de la
guerre, mais aussi les moments de détente... Notre confrère nous convie
à la rencontre de soldats qui nous apparaissent somme toute familiers :
tel est, peut-être, le caractère le plus saisissant de son témoignage,
dont on regrettera surtout qu'il ne soit pas promis à une plus large
diffusion.
Jean-Christophe Hanché, Kapisa-Afghanistan,
240 p., trois cents images en couleur, format 15x21
à l'italienne, 25 euros ; livre édité par l'auteur,
disponible dans quelques librairies de Reims ou par
correspondance ; renseignements et commande :
www.jeanchristophehanche.com ; 06 77 06 94 83.
31 décembre 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Retour sur un film ayant bénéficié d'une implication inédite
des armées.
En salles depuis le 2 novembre, Forces
spéciales raconte le sauvetage d'une journaliste prise en
otage par des Talibans. Selon son réalisateur, Stéphane Rybojad, ce
film constitue un hommage aux militaires français engagés en opérations
extérieures. À ce titre, il méritait le détour, en dépit du scepticisme
des critiques. En cinéphiles avertis, ceux-ci auront traité avec dédain
cette pale imitation des blockbusters
hollywoodiens... Bon public, nous avons préféré l'aborder avec une
complaisance délibérée : des héros bien français, cela fait
plaisir à voir !
À la différence de leurs homologues américains, ceux-ci ne
marchent pas sur l'eau. En revanche, de part et d'autre de
l'Atlantique, on dépense apparemment les munitions sans compter.
Pourtant, le réalisme serait « à peu près tenu »,
selon notre confrère Jean-Marc Tanguy, auteur d'un album consacré au
film. Entres autres incongruités, signalons la mixité de l'équipe
engagée par le COS (Commandement des opérations spéciales), où des
commandos de marine côtoient des parachutistes de l'air. Par ailleurs,
aucun hélicoptère Puma n'a jamais été déployé en Afghanistan...
Cela dit, on le devine à l'écran, cette production a bénéficié
d'un soutien inédit des armées. « L'idée consistait [...] à ne
pas demander des moyens particuliers (humains et matériels), mais à
nous greffer sur des moyens planifiés et engagés sur des séquences
réelles d'entrainement », explique Jackie Fouquereau,
l'officier dépêché auprès de l'équipe de tournage. Quelques plans ont
même été filmés à Kaboul. Notamment un scène de poursuite, où un
sous-officier assure la doublure de Diane Kruger.
Bien que la complexité du théâtre afghan soit occultée par la
caricature des Talibans, dont l'ambigüité des liens avec la population
est passée sous silence, le film donne à réfléchir sur le souci de
parer aux réactions de l'opinion publique – un élément clef de la
guerre menée en Afghanistan. « C'est un sujet qui suscite
l'intérêt partout sauf en France », relève le réalisateur,
dont le film constituerait « l'une des meilleures préventes à
l'international depuis dix ans ».
Les armées seront-elles appelées à transformer
l'essai ? Leur immixtion dans les salles obscures apparaît
somme toute naturelle. Ce faisant, peut-être espèrent-elles susciter
des vocations, voire contribuer à la résilience de la nation. Reste à
trouver le ton juste. Leurs communicants devront se montrer subtils
pour parer aux critiques. Un jeune homme a d'ailleurs chahuté la
projection à laquelle nous avons assisté : avant de quitter la
salle, il a dénoncé une propagande d'État et accusé les militaires
français d'avoir perpétré des exactions en Afghanistan.
À la lecture de la dédicace finale, des applaudissements ont
balayé son injure. Depuis, nous avons appris le décès de Goran
Franjkovic, un légionnaire mort au combat lundi dernier,
14 novembre, alors qu'il venait de rejoindre le théâtre
afghan. Il s'était distingué par sa motivation et sa rusticité,
témoignant, selon l'armée de Terre, d'une volonté et d'une discipline
exemplaires. Il était âgé de vingt-cinq ans : c'était "un
jeune Français", dont le sacrifice nous inspire le plus profond respect.
En salles depuis le 2 novembre, Forces
spéciales raconte le sauvetage d'une journaliste prise en
otage par des Talibans. Selon Stéphane Rybojad, son réalisateur, ce
film constitue un hommage aux militaires français engagés en Opex. À ce
titre, il méritait le détour.
Nous n'avons pas été déçu, mais il faut dire
que nous n'en attendions pas grand chose et que nous sommes
(très) bon public : d'emblée, quelques plans d'hélicos
arborant la cocarde tricolore ont suffi à nous faire vibrer. Des héros
bien français, cela fait plaisir à voir ! D'autant qu'on
échappe, dans une mesure certes très relative, à l'aspect parodique affublant moult
productions de ce type, succédanés grotesques des blockbusters
américains : ici, point de président roulant les mécaniques,
ni de commandos marchant sur l'eau, en dépit d'un inévitable sacrifice
et de plusieurs affrontements à l'intensité exagérée.
Outre ces échanges de tirs (beaucoup) trop nourris, l'incapacité de
l'état-major à localiser ses hommes nous a étonné. Cela dit, nous
sommes peu compétent pour juger du réalisme du film. Précisons
toutefois que nous l'avons découvert avec un a priori positif,
étant donné les antécédents du réalisateur et la bienveillance de
l'Armée à son égard : « Ses équipes de tournage ont
installé leurs caméras dans les camps de Caylus (Tarn-et-Garonne) et de
Djibouti, dans un hélicoptère Tigre du 4e régiment
d'hélicoptères des forces spéciales (4e RHFS) de Pau, dans un
avion Transall de l'armée de l'Air et sur le porte-avions Charles-de-Gaulle »,
précise la Défense nationale. « En juin 2010, les acteurs ont
également suivi un stage d'une semaine à la base des fusiliers marins
de Lorient pour se former aux techniques des commandos
marines. »
Des cinéphiles plus avisés ont pointé les tares du scénario et le manque d'épaisseur des personnages. Dommage, surtout, que la complexité du théâtre afghan
soit occultée par la caricature des Talibans, dont l'ambigüité des
liens avec la population est passée sous silence. Ils sont d'ailleurs
accusés d'avoir raflé les enfants de tout un village. Cela s'est-il
effectivement produit ? En revanche, l'accueil sympathique
réservé ici ou là aux soldats français fait écho, nous semble-t-il, à
des témoignages bien réels : on y verra une forme d'hyperbole ! Quant à l'intrigue, qui rappelle à certains
égards celle du Soldat Ryan, elle renvoie
ouvertement au débat suscité par la présence de journalistes en
Afghanistan. Le spectateur est d'ailleurs conduit à s'indigner de la
moindre valeur apparemment conférée à la vie des militaires. Lesquels
témoignent d'une abnégation forçant le respect. La timide immixtion des
politiques justifie leur sacrifice par la nécessité de parer aux
réactions de l'opinion publique – un élément clef e la guerre menée en
Afghanistan.
Ce faisant, le film fait œuvre de pédagogie, si l'on peu dire.
À nos yeux, ce n'est pas son moindre mérite, et cela tombe à pic, à
l'heure où les Français sont suspects de lâcher le terrain pour coller
au calendrier électoral. Reste que, parallèlement, les critiques s'en
trouvent légitimées. Formaté, vraisemblablement, par un certain
communautarisme, un jeune homme a chahuté la projection à laquelle nous
avons assisté : avant de quitter la salle, il a dénoncé une
propagande d'État et accusé les militaires français d'avoir perpétré
des exactions en Afghanistan. À la lecture de la dédicace finale, des
applaudissements ont balayé son injure. Mais peut-être les choses se
seraient-elles mal passées si nous nous étions retrouvé tout près de
lui... Respect pour nos soldats, merde !
3 novembre 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
De l'aveu même de son chef d'état-major, la Marine
présenterait un format « juste suffisant pour répondre aux
ambitions de défense et de sécurité de notre pays ».
Le mercredi 12 octobre, un mois après sa prise de
fonction, l'amiral Bernard Rogel, chef d'état-major de la Marine
(CEMM), a été auditionné par la commission de la défense nationale et
des forces armées de l'Assemblée nationale. Il a vanté les qualités
« d'une marine de premier rang, efficiente et
réactive », dont l'activité s'est particulièrement intensifiée
ces derniers mois. Au point que la "consommation de potentiel"
dépasserait aujourd'hui de 30 % l'allocation annuelle pour le
porte-avions, les bâtiments de projection et de commandement (BPC) et
les avions de patrouille maritime Atlantique 2.
Opération Harmattan
L'opération Harmattan, déclenchée en février dernier et menée
au large de la Libye, a focalisé l'attention des députés. Selon
l'amiral Rogel, « par son caractère littoral et son
intensité » elle a nécessité « un niveau d'engagement
exceptionnel ». Ce fut « un exercice de
vérité » permettant de « mesurer notre réactivité,
mais aussi notre capacité à mener des opérations de haute intensité,
exigeant un niveau de coopération interarmées, inter-composantes et
interalliée, dont très peu de marines sont aujourd'hui
capables ». Cet engagement a mis en évidence, aux yeux du
CEMM, « la remarquable efficacité, la fiabilité et la
polyvalence du Rafale marine, la justesse de nos choix pour le BPC qui
ont conduit à privilégier la fonction "porte-hélicoptères d'assaut", la
forte implication des frégates et des sous-marins nucléaires d'attaque
(SNA) dans l'action vers la terre et notre capacité de frappe dans la
profondeur (missile SCALP, complété demain par le MDCN) ».
Cela étant, la Marine n'est pas parvenue à répondre à toutes
les sollicitations. Privilégiant des déploiements au Sahel puis en
Libye, elle a compromis son action contre la piraterie au large de la
Somalie. L'amiral Rogel a regretté également « l'absence de
SNA en Atlantique pendant quatre mois, la réduction de la présence en
océan Indien à un seul bâtiment de surface à compter du mois de juin,
le gel de la mission Corymbe dans le golfe de Guinée en juillet 2011
ainsi que l'annulation de deux missions sur quatre de lutte contre le
narcotrafic en Méditerranée ».
Six mois de remise à niveau
Quant à la disponibilité des forces, elle n'a pu être
maintenue « qu'au prix d'une tension extrême sur nos moyens de
soutien. À titre d'exemple, à peine trois mois après le début des
opérations, les taux de prélèvements de pièces sur les bâtiments
avaient augmenté de 300 %. » Le Forbin
et le Chevalier Paul, les deux frégates de
défense aérienne de type Horizon, ont dû échanger des composants
majeurs : furent concernés les conduites de tir, le radar de
veille aérienne et la propulsion.
Parmi les autres conséquences de l'engagement en Libye,
l'amiral Rogel a pointé « une petite baisse d'activité dans le
domaine de la formation, notamment pour la lutte
anti-sous-marine » et le report de la transformation de la
flottille 11F sur Rafale. Un peu plus de six mois seraient nécessaires
à la Royale « pour revenir à l'ensemble de ses qualifications
opérationnelles ».
Aussi le format de notre Marine apparaît-il « juste
suffisant pour répondre aux ambitions de défense et de sécurité de
notre pays ». Cela s'avère d'autant plus préoccupant que,
selon l'amiral Rogel, « la mondialisation se traduira par une
"maritimisation" et qu'on verra se multiplier les flux maritimes
importants ».
19 octobre 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
François Hollande prétend réenchanter la France. À cet effet,
peut-être pourrait-il l'encourager à se tourner vers les
étoiles !
Ce jeudi 20 octobre 2011 devaient être mis en orbite
les deux premiers satellites du système Galileo – l'équivalent européen
du GPS américain. Cela grâce à un lanceur Soyouz, la première fusée
russe décollant depuis la Guyane française. Située à proximité de
l'équateur, la base spatiale de Kourou bénéficie d'une situation
géographique plus avantageuse que celle de Baïkonour, au bénéfice de la
charge utile des lanceurs. Ainsi Moscou optimise-t-il l'exploitation de
ses capacités, tandis que Paris et Bruxelles investissent à moindre
coût les segments du marché qui n'étaient pas couverts par
Ariane V.
Vulnérabilités
Ce marché se développe à la mesure de la prégnance croissante
des technologies spatiales. Laquelle s'avère porteuse de
vulnérabilités. Le durcissement des satellites et la redondance des
systèmes sont censés y répondre. Il conviendrait néanmoins de préparer
les populations à un "blackaout spatial", selon Guilhem Penent,
animateur du blog De la Terre à la Lune. D'autant
qu'un tel scénario lui semble « parfaitement
envisageable », qu'il soit le fait d'une agression délibérée
ou d'un catastrophe naturelle (météorites ou tempête solaire). Dans un
ouvrage consacré à la Stratégie spatiale (Esprit
du Livre, 404 p., 25 euros), le colonel Jean-Luc
Lefebvre souligne qu'il est « stratégique [...] de disposer de
moyens autonomes pour détecter, identifier et classifier tous les
objets spatiaux pouvant représenter une indiscrétion, un risque ou une
menace ». La France bénéficie d'ores et déjà d'un système de
radar, dont on dit qu'il aurait détecté la destruction d'un satellite
par la Chine en 2007. Toutefois, avertit Guilhem Penent,
« d'importants efforts restent encore à fournir au niveau
européen ». Dans ce cadre, un système autonome de surveillance
de l'espace (SSA) pourrait être mis en œuvre à l'horizon 2020. C'est en
tout cas le vœu formulé par le Centre d'analyse stratégique, dans un
rapport présenté le 11 octobre.
Le lendemain, le Quai d'Orsay a salué la mise en orbite du
premier satellite franco-indien, preuve que l'Europe n'est pas un
horizon indépassable. Cependant, aux yeux de Laurent Wauquiez, ministre
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « l'Union
européenne doit avoir un rôle de stratège, définir les grandes
orientations et les besoins » en matière spatiale. Paris
jouerait alors un rôle moteur, nous promet-il. De fait, selon le
gouvernement, l'industrie spatiale française représente 50 %
du chiffre d'affaires européen et 40 % des emplois. Dans le
jeu européen, Paris détient surtout une carte maîtresse. « Les
éléments les plus critiques des activités spatiales sont certainement
les installations de lancement », souligne le colonel
Lefebvre, dans un entretien publié sur le blog Egea.
« Les grandes nations spatiales en détiennent plusieurs. [...]
Le port spatial européen situé à Kourou, en Guyane française, est
unique. Il est donc assurément aussi stratégique pour l'autonomie
spatiale de l'Europe que peut l'être l'île Longue pour sa
sécurité. »
Du pétrole en Guyane
Dans ces conditions, la découverte de pétrole au large de la
Guyane doit être accueillie avec prudence, prévient le géopoliticien
Olivier Kempf. « En effet, certains esprits, arguant d'une
pauvreté résiliente, pourraient expliquer aisément que la richesse du
pétrole doit revenir aux Guyanais, sans même parler de l'exploitation
colonialiste de la métropole. [...] Dès lors, il est urgent pour la
France, si elle tient à conserver la Guyane dans la collectivité
nationale [...], de prendre un certain nombre de mesures :
augmenter rapidement les investissements en Guyane de façon à préparer
le territoire à son développement futur ; réfléchir à son
dispositif maritime et probablement le renforcer ; appuyer
plus que jamais l'éducation. L'arrivée du RSA en Guyane le
1er janvier 2011 est certes une bonne chose, mais je ne suis
pas sûr que le symbole soit très fort... (8,5 % de la
population touche le RMI). Avec 21 % de la population au
chômage, le département ne doit pas être loin du record de France. Et
en PIB par habitant [...] la Guyane est dernière nationale. »
Il appartient aux pouvoirs publics de tout mettre en œuvre pour
remédier à cette situation.
19 octobre 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Libye, Liban, Afghanistan... Le chef d'état-major des armées
commente les opérations extérieures de la France (Opex).
Lors d'une audition devant une commission de l'Assemblée
nationale, le mercredi 5 octobre 2011, dans le cadre du projet
de loi de finances pour 2012, l'amiral Édouard Guillaud, chef
d'état-major des armées (CEMA), s'est livré à un tour d'horizon des
opérations extérieures.
« L'Europe désarme quand le monde réarme »,
a-t-il martelé en préambule. « Si elle devait se confirmer,
voire s'amplifier, cette tendance serait lourde de conséquences pour
notre avenir comme puissance capable de peser sur les affaires du
monde. » Placée en « hibernation »,
l'"Europe de la défense" ne doit pas faire miroiter de faux espoirs...
Provocations au Liban
Cela nuance l'enthousiasme suscité par l'année écoulée. Selon
l'amiral Guillaud, en effet, « peu de pays auraient été
capables et auraient eu la volonté de faire ce que nous avons fait
[...] en Libye, en Côte d'ivoire, sur le territoire national, ainsi
qu'au Japon, où nous sommes intervenus lors du tsunami en envoyant des
avions de transport stratégique pour évacuer nos compatriotes vers la
Corée du Sud ».
L'engagement au Liban demeurerait « le plus délicat
de nos forces », en raison d'une liberté d'action difficile à
garantir. « Il arrive aujourd'hui qu'un maire décide que l'on
ne peut plus traverser son village », a déploré le CEMA.
« Nos soldats – le troisième contingent sur place après ceux
de l'Italie et de l'Indonésie – sont régulièrement menacés
d'humiliation. La semaine dernière, un véhicule espagnol ayant dépassé
de 500 mètres la zone de la FINUL a immédiatement été encerclé
par des 4x4 aux vitres fumées ; des civils en armes en sont
sortis et ont volé aux soldats leurs papiers, leurs cartes, leurs
radios... Effets qui leur ont été rendus cependant le
lendemain. » Cela mettrait nos soldats sous pression, une
telle situation étant « insupportable, pour un grenadier
voltigeur comme pour un général ». Aussi l'amiral juge-t-il
« urgent que l'ONU révise le concept stratégique de la
présence des casques bleus au Liban ».
Évoquant l'Afghanistan, le CEMA a affiché l'optimisme que
requiert sa fonction. « Dix ans après le début de notre
intervention, est venu le temps du transfert des responsabilités de
sécurité à l'armée nationale afghane », a-t-il rappelé.
« Il y a cinq ans, on ne comptait que 30 000 soldats
et policiers afghans. Ils sont aujourd'hui 300 000. »
Des chiffres censés illustrer « la réalité et le succès, dans
le domaine militaire, des opérations de l'OTAN ». D'autant
qu'« il n'a jamais été question de battre les insurgés "à
l'ancienne" ni de transformer l'Afghanistan en havre de
paix ». Le taux de désertion dans l'armée afghane aurait
considérablement diminué : « Il était de l'ordre d'un
tiers, par mois, il y cinq ou six ans ; il est maintenant
inférieur à 10 % et tend à descendre vers
5 %. » Cela grâce au doublement des soldes :
« La coalition a payé les hommes à peu près comme les payaient
les Talibans, voire un peu plus. » Aussi les questions se
posant pour l'avenir portent-elle notamment « sur la
soutenabilité financière du budget de la défense afghan, en particulier
le paiement des soldes de 300 000 policiers et militaires –
chiffre qui se situe dans la norme compte tenu de la taille du
pays ».
En tout cas, « nous avons, pour l'essentiel, rempli
notre part de la feuille de route internationale », soutient
l'amiral Guillaud. « Pour notre part, nous basculons
progressivement des missions de contrôle de zone vers des missions
d'appui et de soutien des forces afghanes. Ce qui a pour conséquences
de réorganiser nos forces – nous n'aurons plus besoin des mêmes
spécialistes – et de réduire notre vulnérabilité – nous n'irons plus
dans les fonds de vallée. » À l'approche de l'élection
présidentielle, cela tombe à pic...
La mise en œuvre de la résolution 1973 du CSNUE a donné lieu à
quelques tergiversations sur le rôle de l'Otan. C'est l'objet de notre
seconde chronique diffusée par Radio Fréquence royaliste.
Le 17 mars, à la demande de la France, du Royaume-Uni, des
États-Unis et du Liban, le Conseil de sécurité des Nations Unies a
adopté la résolution 1973 – une résolution censée légitimer l'usage de
la force pour protéger les populations civiles de Libye.
Aussitôt, une controverse est apparue quant à la contribution
de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord. En dépit de
l'activisme déployé par son secrétaire général, le Danois Anders Fogh
Rasmussen, l'Otan est demeurée sur la touche tandis qu'une coalition
internationale entamait ses opérations dans le ciel libyen. Cela
n'était pas pour déplaire au locataire du Quai d'Orsay :
« Les pays arabes ne veulent pas d'une opération sous le
drapeau Otan », a martelé Alain Juppé. Il est vrai que
l'étoile polaire « a mauvaise presse en Afrique et au
Proche-Orient », comme l'a souligné, par exemple, Olivier
Kempf, sur son blog consacré aux Études géopolitiques
européennes et atlantiques (EGEA).
Cela étant, la bannière américaine bénéficie-t-elle d'une
meilleure image ? Bien sûr que non. Or, faute de mobiliser
d'emblée les moyens alliés, il a bien fallu confier la coordination des
opérations à l'oncle Sam. Lequel n'a pas caché son impatience de céder
les rênes. Jean-Dominique Merchet, qui n'a rien d'un atlantiste
patenté, s'est interrogé sur son blog Secret Défense :
« Quelles structures militaires sont capables de commander une
opération multinationale dans la durée ? Soit les Américains,
soit l'Otan d'une manière ou d'une autre », a-t-il répondu.
« La France n'avait pas les outils de coordination éprouvés et
tout le monde avait peur d'un accident », a renchéri
Kardaillac. « On a concédé à Zébulon Ier (autrement
dit, Nicolas Sarkozy) un "conseil politique" des pays combattants où
chacun enverra un sous-fifre pour nous faire plaisir en écoutant
l'oracle », a-t-il écrit sur le forum Vive le Roy.
Allusion au "compromis" en application duquel une coalition d'États
participe désormais au pilotage politique des opérations en partenariat
avec l'Alliance atlantique.
Une telle issue apparaissait assez prévisible. C'est pourquoi
les réticences exprimées par Alain Juppé semblent s'inscrire dans une
certaine tradition gaullienne, en vertu de laquelle la France se
devrait de jouer les empêcheur de tourner en rond, mais sans jamais
envisager sérieusement la rupture du lien transatlantique. C'est un
retour au néo-gaullisme que le président de la République avait mis en
sourdine quelques années durant.
À vrai dire, l'ancien Premier ministre avait annoncé la
couleur dès son retour au gouvernement. Alors qu'il occupait l'Hôtel de
Brienne, Alain Juppé avait proclamé « notre ambition d'édifier
une Europe politique ». Ce serait, selon lui, « un
objectif réaliste », en dépit du constat, qu'il établit
lui-même, selon lequel « l'idée de l'Europe comme pôle
d'influence, sans même parler d'une Europe puissance, n'est pas
partagée par tous ». « C'est essentiellement une idée
française », a-t-il reconnu, « et qui ne fait
d'ailleurs même pas l'unanimité chez nous ».
C'est un énième écho au plan Fouchet... Il s'agit, plus ou
moins, d'appliquer à l'Europe la quête d'une pseudo-grandeur chère au
général de Gaulle. Un vieux fantasme hexagonal dont on mesure l'inanité
à l'heure où Paris et Berlin s'opposent sur la question libyenne.
« On va avoir du travail pour préserver l'unité de
l'UE », a remarqué un diplomate cité par Les Échos.
Et alors ? De toute façon, l'Europe ne parviendrait à parler
d'une seule voix qu'en sortant délibérément de l'histoire.
Si nous avons choisi d'évoquer ici cette posture
néo-gaullienne, c'est parce qu'elle n'est pas sans exercer une certaine
attraction sur les royalistes. En témoigne l'enthousiasme que suscita
Dominique de Villepin bravant l'impérialisme américain à la tribune des
Nations Unies, tandis que se dessinait une nouvelle invasion de l'Irak.
L'arrogance du discours a flatté les sentiments, excité notre fibre
chauvine, mais n'était-ce pas le masque de notre impuissance ?
Dans l'espoir d'influencer les Américains, la nomination d'un Français
a la tête du commandement allié pour la Transformation (en
l'occurrence, le général Abrial) nous semble a priori plus
efficace que ces vaines gesticulations.
On entretient par l'esbroufe l'illusion d'une puissance
perdue, ou l'on espère son retour à la faveur d'une étincelle de
volonté qui, une fois jaillie à la tête de l'État, suffirait à embraser
la planète entière. La méfiance exprimée régulièrement à l'égard d'une
Otan caricaturée ne s'explique pas autrement. À l'entretien du lien
transatlantique, on oppose traditionnellement, et bien naïvement,
l'approfondissement potentiel des relations avec Moscou. Ce faisant, on
feint d'ignorer, par exemple, l'accueil favorable que la presse russe
réserva au retour de la France dans les structures alliées intégrées.
Le réel s'avère complexe, mais les royalistes doivent trouver
le courage de l'affronter s'ils veulent mener à bien l'un des premiers
combats qui se présentent à eux, à savoir, celui de la crédibilité.
Rendez-vous sur le site de RFR pour
découvrir les autres interventions :
3 mars 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Avant de quitter l'Hôtel de Brienne, Alain Juppé a réaffirmé sa
volonté de « relancer la défense européenne » - un
concept dont les contours flous masquent à peine la faiblesse des
avancées.
Une réunion "informelle" des ministres de la Défense de
l'Union européenne s'est tenue à Budapest les 24 et
25 février. Au programme des discussions, notamment :
la crise libyenne, la lutte contre la piraterie (dont la violence
s'accroit au large de la Somalie) et la mutualisation des capacités.
Cette rencontre devait être l'occasion de « concrétiser les
travaux engagés l'année précédente », selon l'Hôtel de
Brienne. Mais tandis que Paris promet « la relance
de la défense européenne », les structures de la Politique
européenne de sécurité et de défense (PSDC), intégrées à l'UE,
souffriraient déjà de sous-effectifs, pointés par notre confrère
Nicolas Gros-Verheyde (Bruxelles 2,
23/02/2011).
Si des avancées sont à observer, c'est plutôt dans les cadres
bilatéraux, quoique les engagements restent, là aussi, à concrétiser.
Ainsi Berlin et Budapest viennent-ils de signer un protocole d'accord
portant sur la logistique. De leur côté, Londres et Ankara négocient un
pacte de coopération : « Les Britanniques pourraient
ainsi entraîner leurs pilotes d'hélicoptères en Turquie, qui présente
un terrain (chaud et montagneux) proche de l'Afghanistan. Des officiers
turcs pourraient être admis au Royal College of Defence Studies. Et
vice versa. Des exercices en commun pourraient aussi être organisés.
Enfin, les Britanniques souhaitent embarquer les Turcs dans la
construction des futures frégates Type 26, prévues à l'horizon
2020. » (Bruxelles 2,
16/02/2011) En France, un projet de loi autorisant la ratification d'un
traité avec le Royaume-Uni a été présenté en Conseil des ministre le
23 février. Conclu pour au moins cinquante ans, l'accord
prévoit la construction et l'exploitation conjointes à Valduc, en
Bourgogne. d'une installation de physique expérimentale.
« Elle permettra de réaliser des expériences de laboratoire
indispensables à la garantie du fonctionnement et à la sécurité des
armes nucléaires des deux États », assure l'Exécutif.
Utopies néo-gaulliennes
« L'accord bilatéral avec le Royaume-Uni est un
accord de coopération en Europe, mais pas un accord de coopération
européenne » analyse Jean-Michel Boucheron, député socialiste
d'Ille-et-Vilaine. S'exprimant, le 16 février, devant la
commission de la Défense nationale et des forces armées de l'Assemblée
nationale, Alain Juppé a cultivé l'ambiguïté : « Dans
ce que les Britanniques définissent comme un accord strictement
bilatéral, nous voyons une brique d'une construction plus
globale », a-t-il déclaré. Ce faisant, peut-être cherche-t-il
à entretenir quelque illusion, tandis qu'il proclame « notre
ambition d'édifier une Europe politique ». Ce serait, selon
lui, « un objectif réaliste », en dépit du constat
selon lequel « l'idée de l'Europe comme pôle d'influence, sans
même parler d'une Europe puissance, n'est pas partagée par
tous ». « C'est essentiellement une idée
française », a reconnu Alain Juppé, « et qui ne fait
d'ailleurs même pas l'unanimité chez nous ».
Dans ces conditions, les partisans des vieilles utopies
néo-gaulliennes continueront, vraisemblablement, de se raccrocher à
quelques symboles. La Cour des comptes ne s'y est pas trompée. Dans son
rapport annuel, elle dénombre huit corps militaires européens auxquels
la France participe, de nature et d'importance variables (Brigade
franco-allemande, Eurocorps, Eurofor, Force navale franco-allemande,
Euromarfor, Joint Force air component command, Commandement européen du
transport aérien, Eurogendfor). « La réalité est que ces
forces n'ont d'européen que le nom », souligne-t-elle.
« En face de cela, l'Union européenne ne dispose [...] que
d'un état-major général, sans chaîne de commandement. » En
outre, « sans méconnaitre les lourdeurs inhérentes à toute
décision d'emploi d'un corps multinational », la Cour
« s'interroge cependant sur les motifs justifiant le maintien
et le développement de ces structures militaires
permanentes ». Et d'appeler à « revoir l'ensemble de
ces dispositifs, dans une perspective de refonte et de réorganisation,
voire de suppression ». Un désaveu cinglant.
Deux ans et demi après son entrée en fonction, Bernard
Bajolet, coordonnateur national du renseignement, a dressé un premier
bilan de ses activités. Extraits de
son audition par une commission de l'Assemblée nationale le
26 janvier 2011.
« Point d'entrée privilégié des services auprès du
président de la République [...], le coordonnateur doit prendre le
recul nécessaire pour lui transmettre les meilleures informations
possibles et rester à l'écart de la politique intérieure. [...] Il
garantit la prise en compte de la fonction renseignement au sein de
l'État. » Occupant ce poste depuis sa création en juillet
2008, Bernard Bajolet assure que « la principale avancée
réside dans le fait que les services se parlent et travaillent
ensemble ». « Désormais, affirme-t-il, le risque que
nous manquions quelque chose par rétention d'information entre les
services est quasi inexistant. »
Le spectre terroriste
DCRI et DGSE travailleraient même « en étroite
concertation, là où il n'y a pas de frontière entre menace intérieure
et menace extérieure. La menace intérieure, quant à elle, est
croissante : elle se nourrit d'un phénomène nouveau
d'auto-radicalisation qui existe dans la plupart des pays européens
ainsi qu'aux États-Unis. [...] L'incident qui s'est récemment produit
en Suède montre que le risque d'attentat commis par des individus qui
se sont radicalisés eux-mêmes est bien réel. » En revanche, il
faudrait « relativiser la relation entre la problématique de
l'intégration et celle de la menace terroriste. Ainsi, dans le cas
récent de la tentative d'attentat suicide à Stockholm, le terroriste
était parfaitement intégré. Il en va de même de l'auteur de la
tentative d'attentat sur la ligne Amsterdam–Détroit en décembre
2009. »
M. Bajolet appelle à renforcer les moyens dédiés au
renseignement intérieur, dont il conviendrait d'ouvrir le recrutement
au-delà des seuls effectifs policiers : « En effet,
le renseignement se diversifie et touche désormais les domaines
économique ou technique. » D'ailleurs, « la
coordination s'est également attachée à renforcer le lien et la
complémentarité entre le dispositif de renseignement économique et
l'intelligence économique – c'est-à-dire la collecte d'informations par
des services autres que les services de renseignement. Il s'agit
notamment des informations ouvertes et de celles disponibles dans les
administrations. Une délégation interministérielle à l'Intelligence
économique a été créée en septembre 2009. [...] Bien que située à
Bercy, elle reçoit ses orientations d'un comité directeur établi à
l'Élysée, tandis que le suivi des recommandations est assuré par
Matignon. »
Défaut de prospective
Mais « l'anticipation ne se limite pas au
renseignement », souligne Bernard Bajolet. « Elle
touche aussi à la prospective. Hélas, celle-ci n'est pas organisée au
niveau interministériel. Nous disposons de différents
organismes : le ministère de l'Intérieur et celui des Affaires
étrangères ont chacun une direction de la prospective et le ministère
de la Défense possède une direction des affaires
stratégiques ; mais ces structures ne sont pas reliées entre
elles. De surcroît, la prospective n'est pas toujours envisagée de
façon opérationnelle. Au-delà de la simple spéculation, elle doit
présenter des scénarios et déboucher sur des politiques concrètes.
Aujourd'hui, cette fonction n'est pas assumée. Le conseil supérieur de
la formation et de la recherche stratégiques placé auprès du Premier
ministre ne joue pas non plus ce rôle. Celui-ci doit donc être
développé au sein de l'État, dans un cadre interministériel, pourquoi
pas au sein du SGDSN ? »
Le coordonnateur national du renseignement veille, en outre,
« à ce que les services disposent des moyens nécessaires pour
accomplir leur mission » : « En ce qui
concerne l'investissement, nous avons la charge de piloter des
programmes dont certains sont mutualisés entre les services, tels les
moyens informatiques et électroniques. Pour ce qui est de l'imagerie
spatiale, nous avons décidé d'engager en national le programme Musis –
successeur d'Hélios – en raison de l'absence de réponse de nos
partenaires européens, tout en leur laissant la porte ouverte. Il nous
semblait en effet crucial de ne pas accroître le risque de rupture
capacitaire. D'autres programmes vont faire l'objet de décisions
prochainement, par exemple le remplacement de nos drones Male – qui
viendront en fin de vie vers 2013. » Mais « il faudra
procéder à des arbitrages », prévient
M. Bajolet : « Tous les projets ne pourront
pas être conduits au même rythme. » Pourtant, à l'heure où
AQMI et son gourou défient ouvertement la France, les besoins
pourraient 'avérer croissants... La vigilance s'impose.
4 février 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Actualité de la défense européenne.
Alain Juppé s'est rendu à Bruxelles le 27 janvier. Ce
faisant, conformément aux priorités qu'il avait exposées en présentant
ses vœux au personnel de la Défense, le ministre entendait
« redonner des couleurs à l'Europe de la Défense ».
Laquelle, dans son acception la plus stricte (autrement dit, dans le
cadre de l'Union européenne), semblait boudée par Paris, en pleine
idylle avec Londres.
Reprenant le refrain des gaullistes plus ou moins reconvertis
dans la quête d'une Europe puissance, Alain Juppé a martelé que le
Vieux Continent « ne [pouvait] prétendre à un rôle au niveau
international [s'il n'était] pas en capacité d'assurer sa sécurité de
manière autonome ». Incantation somme toute gratuite, que
seule la crise finira, peut-être, par enraciner dans quelque timide
réalité.
À la faveur des restrictions budgétaires, en effet, la
"mutualisation" est dans toutes les bouches, sinon dans tous les
esprits. Mais l'Allemagne vient de renoncer à treize des
cinquante-trois Airbus A400M qu'elle avait commandés. Quant aux
Suédois, « ils achètent US et font la nique à l'hélicoptère
européen » selon le constat de notre confrère Nicolas
Gros-Verheyde, visiblement désabusé.
Réunis à Bruxelles le 31 janvier, les ministres de la
Défense de l'Union européenne ont adopté des conclusions sur la
Politique de sécurité et de défense commune (PSDC), réduites à trois
paragraphes – ce qui nous épargnera, pour une fois, le verbiage inutile
propre à ces documents. Ils invitent Mme Catherine Ashton,
Haut Représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de
sécurité, à plancher sur les axes de travail que lui avaient soumis la
France, l'Allemagne et la Pologne (le triangle de Weimar) en décembre
dernier : renforcement des capacités industrielles ;
amélioration de la coopération UE-Otan, plombée par le différend
opposant Chypre et la Turquie ; mise en place de capacités
permanentes de planification et de conduite des opérations, à défaut
d'un véritable état-major, récusé par les Britanniques ;
élargissement des missions potentielles des groupements tactiques, qui
pourraient intervenir pour des opérations humanitaires – ce qui leur
donnerait, certes, un semblant d'utilité.
En définitive, l'adoption d'un accord-cadre avec le Monténégro
apparaît comme le seule avancée tangible réalisée par la PSDC en ce
début d'année.