Troisième chronique enregistrée pour RFR.
SI nous versons délibérément dans la polémique, c'est en toute amitié
pour nos camarades, dont la variété des opinions nous chagrine d'autant
moins que les options électorales ont toujours été les plus diverses à
l'AF.
L'UMPS n'en a plus pour longtemps ! En effet
« l'union des patriotes » est en marche. Emporté par
la "vague bleu Marine", Paul-Marie Coûteaux s'attèle à sa réalisation
afin de constituer « un gouvernement de salut public incluant
toutes les forces qui refusent le fatalisme mondialiste ».
C'est, à n'en pas douter, un renfort de poids pour Marine
Le Pen. La notoriété du Front national est certes sans commune
mesure avec celle du Rassemblement pour l'indépendance de la France.
Sauf, peut-être, aux yeux de quelques royalistes (dont nous avons été)
qui se sont flattés d'entre-apercevoir grâce à lui les arcanes du
pouvoir. Le RIF s'est d'ailleurs enthousiasmé de voir l'AFP faire écho
à son appel – preuve que cela n'était pas gagné d'avance. Reconnaissons
toutefois qu'en pareille circonstance, nous n'aurions pas boudé notre
plaisir.
Sont donc appelés à se rassembler les
« patriotes », c'est-à-dire, dans le cas
présent, visiblement, les souverainistes, pourfendeurs de
l'Union européenne et des multiples avatars du multilatéralisme (Otan,
OMC, etc.). Le terme "patriote" apparaît employé
dans une acception pour le moins restrictive, ou plutôt
exclusive : quid, par exemple, de nos
camarades de l'Alliance royale ? Tout patriotisme leur
serait-il étranger ? L'attachement à son pays ne se mesure pas
à l'aune des convictions politiques.
La mobilisation des "volontaires patriotes" ne va pas sans
quelque connotation révolutionnaire. De fait, le souverainisme cultive
une certaine nostalgie du jacobinisme... Cela étant, ayant été formé à
l'école d'Action française, nous ne récusons pas le principe du
"compromis nationaliste". Reste son objet.
Or, fédérer quelques grincheux contre une Europe méconnue ne
suffit pas à tracer un cap. Considérons l'expérience
britannique : les Tories ont beau vociférer contre l'Union
européenne, ils n'ont pas songé un instant à en claquer la porte depuis
leur retour au pouvoir. C'est tout naturel : l'exercice des
responsabilités se heurte à des réalités volontiers négligées par
l'opposition. A fortiori quand celle-ci
est privée de toute culture de gouvernement, à l'image du Front
national.
N'en déplaise aux esprits romantiques, l'action politique est
loin de se réduire à quelques coups d'éclats annoncés avec fracas. Elle
s'inscrit dans un système – par analogie à la mécanique newtonienne. Un
système où de multiples forces interviennent. Inertie oblige, on n'en
modifie pas l'équilibre d'un claquement de doigts.
Parmi les forces en jeu, il y a les représentations de
l'opinion, avec lesquelles interagissent les discours politiques. En la
matière, les ressorts exploités par le Front national et ses alliés
potentiels sont-ils fondamentalement différents de ceux privilégies par
l'UMP ou le Parti socialiste ? À bien y réfléchir, cela n'est
pas évident.
Prenons quelques exemples : attribuer directement à
l'immigration la responsabilité du chômage, c'est promouvoir la
conception malthusienne de l'emploi à l'œuvre dans la réforme des
35 heures ; promettre aux contribuables de
nationalité française qu'ils seront les bénéficiaires exclusifs des
aides sociales, c'est souscrire aux sollicitations permanentes de
l'État-providence ; fustiger le droit d'ingérence, qui sert de
prétexte aux opérations militaires, c'est encourager la France à sortir
de l'histoire ; enfin, dénoncer la loi du marché, par nature
immuable, c'est entretenir les illusions volontaristes
condamnant le politique à sa déchéance.
À ce titre, appeler à lutter contre la mondialisation, voire
le mondialisme, nous apparaît significatif.
Passer d'un terme à l'autre, c'est laisser entendre qu'un architecte
est à l'œuvre dans la construction du "village global". C'est faire
beaucoup d'honneur à Jacques Attali ! C'est aussi légitimer la
frilosité de la nation confrontée à la nouvelle donne internationale.
Si le PS et l'UMP s'accordent sur un relatif attentisme, alors
leurs détracteurs se livrent, somme toute, à des menées défaitistes.
Ils pourraient louer le génie de la France, parier sur l'inventivité de
son peuple, galvaniser les énergies pour affronter la concurrence des
pays émergents. Mais que nous proposent-ils, sinon de bâtir un bunker
dont les fondations reposeraient vraisemblablement sur du
sable ?
À cette « union des patriotes », la raison
comme les sentiments nous font préférer la mobilisation des ambitions –
fussent-elles mercantiles ! – afin qu'aux quatre coins du
monde soient portées les couleurs de la France.
Rendez-vous sur le site de RFR pour
découvrir les autres interventions :
La crise des dettes souveraines suscite l'attente d'une
"divine surprise". Mais l'enthousiasme des souverainistes appelle selon
nous quelques nuances.
Emboîtant le pas a la Revue critique,
le Centre royaliste d'Action française ouvre son blog à François Renie,
qui
annonce le « crépuscule de l'euro ». De
fait, la l'éclatement de l'Union économique et monétaire (UEM) n'est
plus un tabou. Depuis quelque temps, les analystes se succédant au
micro de BFM Radio (devenue BFM Business) évoquent
ouvertement cette perspective.
Cela dit, l'auteur a-t-il dressé un tableau fidèle du
mécontentement social attisé par la crise et les mesures
d'austérité ? Les rues d'Athènes « accueillent
toujours les mêmes foules imposantes », affirme-t-il,
signalant que « le gouvernement socialiste de
M. Papandréou vient de subir un échec aux élections
locales ». À l'opposé, Jean
Quatremer estime que « les Grecs sont
résignés » : « Non seulement les
manifestations ne font pas le plein, mais le PASOK, le parti socialiste
grec, au pouvoir depuis octobre 2009, vient de remporter haut la main
les élections municipales et régionales dont le second tour a eu lieu
le 14 novembre. [...] Sur treize régions, huit (dont
l'Attique, région la plus peuplée) vont au PASOK qui réussit même
l'exploit d'arracher à la droite Athènes et Thessalonique, les deux
principales villes du pays. » Certes, l'abstention refléterait
la grogne populaire, « mais pas au point de remettre en cause
la rigueur ». D'ailleurs, « en Attique, deux
candidats (un de droite, un de gauche) ayant mené campagne contre le
mémorandum UE-FMI ont été éliminés ». Notre confrère nous
aurait-il menti ?
Nous sommes peu enclin à le croire, étant donné le manque de
mesure – voire les relatives approximations – dont semble témoigner son
détracteur. Selon lui, « la Commission et le directorat
européiste de l'Union » auraient annoncé « une
prochaine révision des traités européens, dans le sens, naturellement,
d'un durcissement des critères de convergence ». Or, le projet
de révision, officialisé
à l'issue du Conseil européen des 28 et 29 octobre,
porte uniquement sur la pérennisation du Fonds européen de
stabilisation financière. L'institution d'un "semestre budgétaire", par
exemple, s'inscrit dans le cadre du droit primaire existant.
Enfin, bien que l'euro soit plus au moins calqué sur le mark,
l'influence de l'Allemagne n'est pas sans limite. Berlin
« détient [...] tous les pouvoirs de fait au sein de la
BCE », soutient François Renie. Or, Axel A. Weber, le
président de la Bundesbank, est entré en conflit ouvert avec
Jean-Claude Trichet, après qu'il fut mis en minorité par le Conseil des
gouverneurs de la Banque centrale européenne décidant le rachat de
titres obligataires. L'auteur promet encore « une offensive
sans précédent de Berlin [...] pour mettre l'ensemble de l'économie
européenne sous contrôle », annonçant que la France,
« selon son habitude, suivra les injonctions allemandes [sans]
broncher ». C'est oublier l'accueil qui fut réservé outre-Rhin
au compromis franco-allemand arrêté à Deauville le 18 octobre.
« Le gouvernement allemand a spectaculairement échoué dans sa
volonté de faire du Pacte de stabilité un nouvel instrument de
discipline budgétaire », commentait alors le Financial
Times Deutschland. Il est vrai que la stricte automaticité des
sanctions a été refusée par Paris. Quant à la suspension des droits de
vote au Conseil, elle a été renvoyée aux calendes grecques par le
Conseil européen. C'était prévisible et, pour cette raison, le soutien
français accordé à cette revendication n'apparaît pas forcément comme
un reniement idéologique.
Cela étant, la France est-elle bien inspirée de négocier les
marges de manœuvre qui la précipiteront vers la banqueroute ?
En pratique, le poids de la dette entrave le pays bien davantage que le
carcan juridique européen, qui n'est somme toute qu'un outil dont la
pertinence de l'emploi devrait être évaluée en fonction d'objectifs
préalablement définis.
PS - Au lieu de cela, on nous propose un vague projet institutionnel,
dont l'auteur regrette certes qu'il ne soit pas davantage abouti. Ce
serait « une Europe des ingénieurs et des créateurs, des
producteurs et des artistes et non plus l'Europe des énarques et des
juristes que nous connaissons aujourd'hui ». Comme si l'une
était exclusive de l'autre ! Tandis qu'il imagine que l'UE se
fonde « sur la chimère d'un "État européen" »,
l'auteur néglige la multiplicité des coopérations internationales
d'ores et déjà mises en œuvre sans l'intervention de Bruxelles. Parmi
celles que nous avons croisées récemment figurent la convention
Schengen originelle, le Triangle de Weimar, l'Initiative
5 + 5 Défense, Eurogendfor, le Commandement européen
de transport aérien (EATC), l'Agence spatiale européenne... Autant de
projets échafaudés indépendamment les uns des autres, ce qui rend
d'autant plus inconséquentes les incantations en faveur d'une
« Europe des nations ».
Une fois n'est pas coutume, le RIF s'engage dans un combat
gagné d'avance.
Les souverainistes ne manquent pas d'humour. Las d'accumuler
les déconvenues, le Rassemblement pour l'indépendance de la France
(RIF) s'est lancé dans un combat gagné d'avance : il appelle à signer une
pétition contre l'impôt européen, dont les esprits censés
savent bien que l'instauration n'est pas pour demain (voir, par
exemple, notre
article consacré au « spectre d'un impôt
européen »).
« Avec le traité de Lisbonne, l'Union européenne a
acquis la personnalité juridique étatique », proclament
Jean-Paul Bled, Alain Bournazel, Nicolas Lacave, et Nicolas Smeets.
« Elle a donc aujourd'hui la capacité de prélever l'impôt
directement, sans passer par les États membres »,
affirment-ils sans craindre de verser dans la désinformation.
Faut-il le leur rappeler ? La Communauté européenne
dispose de la personnalité juridique depuis belle lurette. Quant au
traité de Lisbonne, il maintient la définition des ressources de
l'Union sous la coupe des États. En effet, selon l'article 311 du
TFUE : « Le Conseil, statuant conformément à une
procédure législative spéciale, à l'unanimité et après consultation du
Parlement européen, adopte une décision fixant les dispositions
applicables au système des ressources propres de l'Union. Il est
possible, dans ce cadre, d'établir de nouvelles catégories de
ressources propres ou d'abroger une catégorie existante. Cette décision
n'entre en vigueur qu'après son approbation par les États membres,
conformément à leurs règles constitutionnelles respectives. »
C'est pourtant clair !
Dans un
précédent billet, nous avions ms en doute l'idée, chère
aux Manants du Roi, selon laquelle l'ouverture par la France
du marché des jeux en ligne procéderait d'un nouveau diktat
européen.
Dans un nouvel arrêt rendu le 8 juillet, la
Cour de Justice de l'Union européenne a constaté
« que des considérations d'ordre culturel, moral ou religieux
peuvent justifier des restrictions quant à la libre prestation des
services par des opérateurs de jeux de hasard, notamment dans la mesure
où il pourrait être considéré comme inacceptable de permettre que des
profits privés soient tirés de l'exploitation d'un fléau social ou de
la faiblesse des joueurs et de leur infortune. Selon l'échelle des
valeurs propre à chacun des États membres et eu égard au pouvoir
d'appréciation dont ceux-ci disposent, il est donc loisible à un État
membre de limiter l'exploitation des jeux de hasard en confiant
celle-ci à des organismes publics ou caritatifs. »
1 juillet 2010 Article publié dans L'Action Française 2000
Commentaire du dernier ouvrage de Paul-Marie Coûteaux.
Préfaçant leur réédition, Régis Debray a jugé que les discours
de guerre du général De Gaulle – et particulièrement l'appel du
18 juin – n'étaient pas « de ceux qui ont fait
l'histoire de ce siècle ». Grâce à leur auteur, tout au plus
« l'affaire France » se serait-elle « bien
terminée » : « Sortir un jour ou l'autre de
l'histoire est un sort banal », conclut Debray. « En
sortir par le haut n'était pas donné à tout le monde.
Alléluia. »
C'est un véritable blasphème aux yeux de Paul-Marie-Coûteaux.
« Vous déraillez », lance-t-il à celui qui fut son
« modèle ». « La France reste l'une des cinq
ou six premières puissances du monde », rétorque-t-il dans un
opuscule publié à son intention. Le chantre du souverainisme y propose
une interprétation spirituelle de l'appel du 18 juin,
esquissant la thèse qu'il développera dans son prochain ouvrage.
« La réalité du jour, en juin 40, c'est le désastre,
nul n'en disconvient », reconnaît-il. S'inspirant très
librement de Platon, il n'en affirme pas moins que la
« vérité » était tout autre, élaborant une
dialectique au service de l'espérance.
Avouons-le, notre esprit quelque peu "terre à terre" s'y
montre réfractaire. Notre réaction a-t-elle été conditionnée par notre
formation à l'école d'AF ? Selon Paul-Marie Coûteaux, en tout
cas, son maître « ne vit dans les beaux discours de Londres
qu'un déluge de romantisme juvénile... » Loin d'être
unanimement rejeté dans nos rangs, le principe gaullien selon lequel
« l'intendance suivra » participe lui aussi, selon
nous, du déni de réalité. Gardons-nous d'y voir un écho au "Politique
d'abord" de Maurras, pour qui « la route doit être prise avant
que d'arriver à son point terminus ; la flèche et l'arc seront saisis
avant de toucher la cible ; le moyen d'action précédera le
centre de destination ». C'est à peu près l'inverse que
proclame l'autre Charles.
« La France peut toujours redevenir ce qu'elle fut
souvent », poursuit Paul-Marie Coûteaux, à savoir
« le caillou glissé dans la chaussure des
mastodontes ». Comme en 2003, où Paris se distingua à la
tribune des Nations Unies, exaspérant son allié américain sans parvenir
– ni même chercher ? – à infléchir sa volonté d'envahir
l'Irak. Comme en 2005, où le rejet du traité établissant une
constitution pour l'Europe précéda l'adoption du traité de
Lisbonne qui en reprenait la plupart des dispositions. Autant de "non"
censés prouver « que l'histoire continue » !
Des "non" sans conséquence, dont seuls les amateurs d'esbroufe
devraient apprécier la valeur.
La « grandeur » louée par les gaullistes se
réduit somme toute à quelques apparats de puissance – notion à laquelle
Paul-Marie Coûteaux semble d'ailleurs préférer celle de souveraineté,
en dépit de son caractère essentiellement juridique et formel. Il ne
craint pas d'inscrire son combat contre l'Union européenne dans la
continuité de la Résistance. Une posture de tartuffe ? Celle
d'un croisé, émancipé des rigueurs matérielles !
« Dans la fameuse formule "Toute ma vie je me suis fait une
certaine idée de la France", le mot essentiel est idée ; elle surplombe
toute l'épopée. » À ce petit jeu-là en effet, tout
n'est qu'affaire de foi.
Paul-Marie Coûteaux : De Gaulle, espérer contre tout
- Lettre ouverte à Régis Debray ; Xenia,
19 juin 2010, 93 pages, 10 euros.
L'ouverture par la France du marché des jeux en ligne nourrit
de nouvelles critiques à l'encontre de l'UE, où l'on relève quelques
approximations.
Faut-il « sortir de l'Union
européenne » ? « Oui, plus que jamais
! » proclame Karim Ouchikh, dans un article publié par
Les Manants du Roi et repris jeudi dernier, 17 juin,
par
le Centre royaliste d'Action française. En cause :
une affaire « à l’importance toute symbolique » où
« les lâchetés se conjuguent », paraît-il,
« aux renoncements pour priver la France, là encore, de sa
capacité à se gouverner elle-même ».
« L'ouverture du marché des paris et du poker sur
Internet ne doit absolument rien au libre arbitre de nos
gouvernants », affirme l'auteur – ni à l'évolution des
technologies ou des pratiques, passée sous silence. « Depuis
plusieurs années, rappelle-t-il, la France fait l'objet de très fortes
pressions de la part des autorités de Bruxelles pour libéraliser ce
marché prospère et aligner sa réglementation en matière de jeux sur
celle de l'Union européenne ».
L'observation s'avère en partie inexacte, étant donné qu'une
telle réglementation n'existe pas. C'est l'interprétation du droit
primaire (les traités) qui est en cause, « Dans sa décision
inédite rendue en 2003 (arrêt Gambelli), poursuit Karim Ouchikh,
l'envahissante Cour européenne de Justice s'est clairement prononcée
pour la libre prestation des services de jeux d'argent en
ligne. » C'est méconnaître la nonce caractérisant parfois la
jurisprudence européenne, dont témoigne un
arrêt tout récent de la CJUE. Laquelle admet
qu'« une restriction à la libre prestation des services [...]
peut être justifiée, notamment par des objectifs de protection des
consommateurs, de prévention de la fraude et de l'incitation des
citoyens à une dépense excessive liée au jeu ainsi que de prévention de
troubles à l'ordre social ».
L'UE s'en trouve-t-elle lavée de ses velléités
libérales ? Loin s'en faut. Gageons que les souverainetés les
plus conséquents finiront par trouver refuge chez Jean-Luc Mélenchon...
C'est toujours avec plaisir que nous l'écoutons parler... Mais Jacques
Myard se fourvoie dans un mauvais combat en faisant l'apologie de la laïcité.
Le député souverainiste Jacques Myard voudrait faire du
9 décembre la « journée nationale de la
laïcité ». À cet effet, il vient de présenter
une proposition de loi,
enregistrée à la présidence de l'Assemblée le mercredi
24 février. « Il s'agirait non seulement de célébrer
publiquement l'un des piliers de la République »,
explique-t-il dans l'exposé des motifs, « mais aussi d'y
consacrer quelques heures des programmes scolaires et
médiatiques ».
Dans son collimateur, on entrevoit l'islam, qu'il se garde
pourtant de nommer, évoquant « certains groupes
religieux » qui « tentent d'imposer des comportements
clairement contraires au principe de laïcité, et en particulier à la
neutralité du service public qui en découle ». De son point de
vue, un « hommage à la loi sur la séparation des Églises et de
l'État de 1905 » serait une réponse à l'islamisation rampante.
« Cette loi a permis de mettre fin à toutes les tensions
politico-religieuses caractérisant la vie politique française depuis la
Révolution », affirme-t-il un peu hâtivement, passant sous
silence les brimades infligées au pays réel qui n'avait pas encore
déserté les paroisses.
Le laïcisme hérité de la IIIe République continue
d'empoisonner nos mentalités, en dépit du tournant entamé
par le président Sarkozy
en faveur d'une laïcité plus saine, qui
« n'est pas la négation ou le rejet du fait
religieux » mais « un principe d'apaisement dont
dépendent la concorde et la paix civiles ». Dans ces
conditions, les velléités du député des Yvelines ne froisseront pas
seulement des officines islamiques. Bien au contraire, elles
galvaniseront les plus sectaires, enclins à couvrir d'une pudeur
déplacée l'héritage chrétien qui imprègne en profondeur le pays.
Autrement dit, la France foulera au pied son propre passé, au lieu
d'encourager tous ses citoyens à se l'approprier.
Nos parlementaires devraient plutôt célébrer Marie avec une
ferveur renouvelée. D'autant que nos compatriotes musulmans pourraient
tout à fait se joindre à la fête du 15 août !
Le Premier ministre a prononcé un discours sur l'identité
nationale. Morceaux choisis.
Voilà qui tranche avec le "droit-de-l'hommisme " que
l'on croyait de mise : intervenant
dans le débat sur l'"identité nationale" le 4 décembre,
le Premier ministre a souligné le poids de l'histoire :
« être français, c'est d'abord appartenir à un très vieux pays
d'enracinement », a-t-il déclaré. « C'est habiter une
fresque historique où tout s'enchaîne : le Moyen Âge chrétien,
la Renaissance humaniste, la monarchie absolue, la Révolution citoyenne
[sic], l'Empire triomphant, les républiques progressistes... »
En conséquence, affirme François Fillon, si « la France est
laïque », elle « est tout naturellement traversée par
un vieil héritage chrétien qui ne saurait être ignoré par les autres
religions installées plus récemment sur notre sol ».
Entres autres personnalités citées au cours du discours figure
un historien d'Action française : « Bainville disait
que ce qui était remarquable chez Jeanne d'Arc, ce n'était pas d'avoir
délivré Orléans, mais d'avoir reconnu le dauphin et d'être tombée à
genoux devant lui. Je crois effectivement que l'identité française se
reconnaît à ce dialogue de l'orgueil et de l'abnégation, à cette
alternance entre les guerres intestines et les élans d'unité, à ce
tiraillement bien français, et finalement fécond, entre la passion du
"je" et la nécessité du "nous". »
« Nous sommes les héritiers d'une histoire
exceptionnelle dont nous n'avons pas à rougir. », proclame le
chef du gouvernement. « Est-ce qu'il faut négliger, [...]
balayer tout cela ? Et au profit de quoi ? [...] D'une Europe encore,
malgré les efforts qui sont faits, souvent plus technocratique que
politique ? [...] Vous savez que je n'ai jamais été de ceux qui pensent
que le temps des nations est révolu. [...] L'Europe politique que nous
voulons, c'est l'Europe des nations qui ont la volonté de se placer au
service d'un dessein collectif. Sans nations fortes, nous sommes
convaincus qu'il ne peut y avoir d'Europe forte ! »
Propos de bon sens, sur lesquels les souverainistes devraient
méditer au lieu de crier au délire schizophrénique. Selon François
Fillon, ce débat censé « raffermir nos repères historiques,
civiques et moraux » se justifie par la nécessité de revigorer
« l'énergie nationale » permettant à la France
« de tenir son rang dans la mondialisation ».
D'autres préfèrent la fuir. Pour cette raison, ils revendiquent
l'exclusivité du patriotisme. Reprenant les mots du Premier ministre,
nous leur rétorquerons que si « notre nation c'est notre
protection », c'est aussi « notre tremplin ».
19 novembre 2009 Article publié dans L'Action Française 2000
Souverainistes et européistes s'offusquent de l'opacité des
négociations européennes.
Les tractations allaient bon train à l'approche du Conseil
européen du 19 novembre, où les chefs d'État et de
gouvernement devaient désigner celui qui présiderait leurs réunions
pendant deux ans et demi, en application du traité de Lisbonne.
Les candidats potentiels à ce genre de poste n'ont pas
l'habitude de se déclarer. Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du
Luxembourg, a certes rompu avec la tradition ; gageons que c'était
moins dans l'espoir de satisfaire ses ambitions qu'afin de faire échec
à Tony Blair.
Quoi qu'il en soit, le président du Conseil européen reste
désigné sous l'empire de négociations diplomatiques. Pour les
européistes, cela témoigne de l'empreinte insupportable que les États
continuent d'imprimer sur l'UE. « Ces tractations secrètes
donnent des arguments à ceux qui plaident pour l'élection au suffrage
universel d'un "président de l'Union" », clame Jean Quatremer (Coulisses
de Bruxelles, 11/11/2009). C'est le cas de Ségolène Royal,
qui renouvelle son vœu de « créer les États-Unis
d'Europe » dans un entretien accordé à La Tribune
le 10 novembre. Sans doute aurait-elle mieux fait de se
taire : l'utopie apparaît selon nous trop manifeste pour
berner l'électeur moyen en quête d'un projet mobilisateur.
Comme en URSS...
De son côté, Yves Daoudal a fait écho aux déclarations de Mme Vike-Freiberga, dont le nom était parfois avancé pour prendre la tête
du Conseil européen. L'ancien président de la Lettonie fustige les
nominations décidées « comme toujours dans l'obscurité,
derrière des portes closes » : « Il y en a
assez que l'Union européenne fonctionne comme l'ancienne Union
soviétique. » Le Salon Beige a lui aussi
relayé ses propos, qui semblent réjouir les souverainistes. La
comparaison puise ses racines dans l'histoire, comme le rappelle
L'Encyclopédie de l'Agora : « En 1985, Mikhaïl
Gorbatchev, alors premier secrétaire du Parti communiste au pouvoir en
Union soviétique, fit l'annonce d'une nouvelle politique fondée sur la
Glasnost, mot que l'on traduisit par transparence en français. C'est
ainsi que l'on put connaître les faits sur les grandes purges de
Staline et le massacre de Katyn... »
Cela dit, la blogosphère réactionnaire se fourvoie en versant
apparemment dans l'apologie de la "transparence". En effet, sa
revendication participe d'un libéralisme forcené, tandis que son
application revêt une incontestable dimension totalitaire.
Lançons une pique contre le manichéisme de nos amis souverainistes.
Les souverainistes s'imaginent qu'ils sont les seuls à
proclamer la vocation des nations à perdurer ; du moins nous
donnent-ils cette impression. C'est à se demander s'ils ont jamais
écouté Hubert Védrine, ou même Jacques Delors. Dans
un entretien accordé à Toute l'Europe,
l'ancien président de la Commission européenne confirme que la
construction d'une Europe véritablement fédérale serait une
utopie : « Si on entend par l'Europe fédérale quelque
chose à l'exemple des États-Unis, je n'ai jamais pensé que c'était
réaliste, parce que les nations existent, avec leur passé, leur
histoire. »
Eurosceptique, Jacques Delors ? Donnons lui
l'occasion de rappeler sa position : « J'ai toujours
dit qu'il fallait une fédération des États-nations, dans laquelle nous
sommes d'accord sur les points dans lesquels nous exerçons en commun la
souveraineté et sur ce qui reste du domaine national, mais où, au
sommet, nous avons un système plutôt fédéral qui nous permet de
préparer les décisions, de décider et d'agir. »
Or, poursuit-il, « ce n'est pas le cas
actuellement ». Quant au traité de Lisbonne, s'il
« apporte quelques améliorations », « ce
n'est pas suffisant » selon lui. Fichtre ! Ce traité
inique n'était-il pas censé priver la France de tous les attributs d'un
État souverain ? Comme tous les traités européens précédents,
soit dit en passant...
Signalons également les réserves de Jacques Delors à propos de
la désignation d'un "président stable" du Conseil européen :
« Si c'est un président exécutif » – hypothèse en
définitive illusoire –, « qui veut représenter l'Europe
partout, il y aura des conflits avec les autres chefs d'État et à
l'intérieur des institutions. Cela amènerait plutôt une paralysie de
l'ensemble... »