L'Armée envahit les salles obscures

6 novembre 2011

En salles depuis le 2 novembre, Forces spéciales raconte le sauvetage d'une journaliste prise en otage par des Talibans. Selon Stéphane Rybojad, son réalisateur, ce film constitue un hommage aux militaires français engagés en Opex. À ce titre, il méritait le détour.

Nous n'avons pas été déçu, mais il faut dire que nous n'en attendions pas grand chose et que nous sommes (très) bon public : d'emblée, quelques plans d'hélicos arborant la cocarde tricolore ont suffi à nous faire vibrer. Des héros bien français, cela fait plaisir à voir ! D'autant qu'on échappe, dans une mesure certes très relative, à l'aspect parodique affublant moult productions de ce type, succédanés grotesques des blockbusters américains : ici, point de président roulant les mécaniques, ni de commandos marchant sur l'eau, en dépit d'un inévitable sacrifice et de plusieurs affrontements à l'intensité exagérée.

Outre ces échanges de tirs (beaucoup) trop nourris, l'incapacité de l'état-major à localiser ses hommes nous a étonné. Cela dit, nous sommes peu compétent pour juger du réalisme du film. Précisons toutefois que nous l'avons découvert avec un a priori positif, étant donné les antécédents du réalisateur et la bienveillance de l'Armée à son égard : « Ses équipes de tournage ont installé leurs caméras dans les camps de Caylus (Tarn-et-Garonne) et de Djibouti, dans un hélicoptère Tigre du 4e régiment d'hélicoptères des forces spéciales (4e RHFS) de Pau, dans un avion Transall de l'armée de l'Air et sur le porte-avions Charles-de-Gaulle », précise la Défense nationale. « En juin 2010, les acteurs ont également suivi un stage d'une semaine à la base des fusiliers marins de Lorient pour se former aux techniques des commandos marines. »

Des cinéphiles plus avisés ont pointé les tares du scénario et le manque d'épaisseur des personnages. Dommage, surtout, que la complexité du théâtre afghan soit occultée par la caricature des Talibans, dont l'ambigüité des liens avec la population est passée sous silence. Ils sont d'ailleurs accusés d'avoir raflé les enfants de tout un village. Cela s'est-il effectivement produit ? En revanche, l'accueil sympathique réservé ici ou là aux soldats français fait écho, nous semble-t-il, à des témoignages bien réels : on y verra une forme d'hyperbole ! Quant à l'intrigue, qui rappelle à certains égards celle du Soldat Ryan, elle renvoie ouvertement au débat suscité par la présence de journalistes en Afghanistan. Le spectateur est d'ailleurs conduit à s'indigner de la moindre valeur apparemment conférée à la vie des militaires. Lesquels témoignent d'une abnégation forçant le respect. La timide immixtion des politiques justifie leur sacrifice par la nécessité de parer aux réactions de l'opinion publique – un élément clef e la guerre menée en Afghanistan.

Ce faisant, le film fait œuvre de pédagogie, si l'on peu dire. À nos yeux, ce n'est pas son moindre mérite, et cela tombe à pic, à l'heure où les Français sont suspects de lâcher le terrain pour coller au calendrier électoral. Reste que, parallèlement, les critiques s'en trouvent légitimées. Formaté, vraisemblablement, par un certain communautarisme, un jeune homme a chahuté la projection à laquelle nous avons assisté : avant de quitter la salle, il a dénoncé une propagande d'État et accusé les militaires français d'avoir perpétré des exactions en Afghanistan. À la lecture de la dédicace finale, des applaudissements ont balayé son injure. Mais peut-être les choses se seraient-elles mal passées si nous nous étions retrouvé tout près de lui... Respect pour nos soldats, merde !

À découvrir également, deux entretiens avec le réalisateur, sur le site de la Défense nationale et celui de Jean-Dominique Merchet. Sur l'engagement français en Afghanistan, nous renvoyons également à notre article rendant compte de l'"épopée" de la TF Tiger.

La Marine nationale à bout de souffle

3 novembre 2011
Article publié dans L'Action Française 2000

De l'aveu même de son chef d'état-major, la Marine présenterait un format « juste suffisant pour répondre aux ambitions de défense et de sécurité de notre pays ».

Le mercredi 12 octobre, un mois après sa prise de fonction, l'amiral Bernard Rogel, chef d'état-major de la Marine (CEMM), a été auditionné par la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale. Il a vanté les qualités « d'une marine de premier rang, efficiente et réactive », dont l'activité s'est particulièrement intensifiée ces derniers mois. Au point que la "consommation de potentiel" dépasserait aujourd'hui de 30 % l'allocation annuelle pour le porte-avions, les bâtiments de projection et de commandement (BPC) et les avions de patrouille maritime Atlantique 2.

Opération Harmattan

L'opération Harmattan, déclenchée en février dernier et menée au large de la Libye, a focalisé l'attention des députés. Selon l'amiral Rogel, « par son caractère littoral et son intensité » elle a nécessité « un niveau d'engagement exceptionnel ». Ce fut « un exercice de vérité » permettant de « mesurer notre réactivité, mais aussi notre capacité à mener des opérations de haute intensité, exigeant un niveau de coopération interarmées, inter-composantes et interalliée, dont très peu de marines sont aujourd'hui capables ». Cet engagement a mis en évidence, aux yeux du CEMM, « la remarquable efficacité, la fiabilité et la polyvalence du Rafale marine, la justesse de nos choix pour le BPC qui ont conduit à privilégier la fonction "porte-hélicoptères d'assaut", la forte implication des frégates et des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) dans l'action vers la terre et notre capacité de frappe dans la profondeur (missile SCALP, complété demain par le MDCN) ».

Cela étant, la Marine n'est pas parvenue à répondre à toutes les sollicitations. Privilégiant des déploiements au Sahel puis en Libye, elle a compromis son action contre la piraterie au large de la Somalie. L'amiral Rogel a regretté également « l'absence de SNA en Atlantique pendant quatre mois, la réduction de la présence en océan Indien à un seul bâtiment de surface à compter du mois de juin, le gel de la mission Corymbe dans le golfe de Guinée en juillet 2011 ainsi que l'annulation de deux missions sur quatre de lutte contre le narcotrafic en Méditerranée ».

Six mois de remise à niveau

Quant à la disponibilité des forces, elle n'a pu être maintenue « qu'au prix d'une tension extrême sur nos moyens de soutien. À titre d'exemple, à peine trois mois après le début des opérations, les taux de prélèvements de pièces sur les bâtiments avaient augmenté de 300 %. » Le Forbin et le Chevalier Paul, les deux frégates de défense aérienne de type Horizon, ont dû échanger des composants majeurs : furent concernés les conduites de tir, le radar de veille aérienne et la propulsion.

Parmi les autres conséquences de l'engagement en Libye, l'amiral Rogel a pointé « une petite baisse d'activité dans le domaine de la formation, notamment pour la lutte anti-sous-marine » et le report de la transformation de la flottille 11F sur Rafale. Un peu plus de six mois seraient nécessaires à la Royale « pour revenir à l'ensemble de ses qualifications opérationnelles ».

Aussi le format de notre Marine apparaît-il « juste suffisant pour répondre aux ambitions de défense et de sécurité de notre pays ». Cela s'avère d'autant plus préoccupant que, selon l'amiral Rogel, « la mondialisation se traduira par une "maritimisation" et qu'on verra se multiplier les flux maritimes importants ».

Sur le front de l'euro

3 novembre 2011
Article publié dans L'Action Française 2000

Si les désillusions étaient inéluctables après elles sommet du 26 octobre, elles sont survenues plus vite que prévu...

Dans la nuit du 26 au 27 octobre 2011, le président de la République a salué « le caractère historique » des décisions négociées par les Dix-Sept. « Enfin, nous avons mis en place concrètement le gouvernement économique de la zone euro », s'est-il félicité. De fait, il s'agira seulement d'organiser des réunions plus régulières des chefs d'État ou de gouvernement. Pour le reste, commente Jacques Rosselin, directeur de la rédaction de La Tribune, cet accord « ressemble plus à l'exercice de créativité financière d'une banque d'affaires qu'à une décision de gouvernants animés par une vision ou, restons modestes, une simple volonté politique ». Quant au caractère « durable » de la solution envisagée pour résoudre la crise, elle a d'emblée été nuancée par Traian Basescu, le ministre roumain des Finances : « Que le montant de la recapitalisation des banques soit de 100 ou 200 milliards d'euros, il sera suffisant pour les six ou sept premiers mois », a-t-il déclaré. « Voilà un horizon que notre président de la République sait maîtriser », ironisait notre confrère. C'était compter sans l'annonce d'un référendum en Grèce censé valider cet énième plan de sauvetage. Cela remet encore tout à plat ! Étant donné l'incertitude qui plane désormais sur la ratification de l'accord, les créanciers d'Athènes consentiront moins volontiers à la décote de leurs titres, qui devait atteindre 50 %.

Appel à l'aide

Lors de sa conférence de presse, le chef de l'État a veillé à exprimer en dollars les futures capacités du Fonds européen de stabilité financière (FESF). « Je donne cette information pas tant pour les marchés européens, mais pour les marchés mondiaux », a-t-il expliqué. Or l'implication des "pays émergents" se heurte à différents écueils identifiés par notre consœur Marie-Christine Corbier. La Chine privilégierait une intervention auprès des entreprises, ou via le FMI afin d'y renforcer son influence, a-t-elle souligné dans Les Échos. Par ailleurs, les Européens souhaiteraient se prémunir d'un renchérissement de la monnaie unique. « D'où la proposition [...] que le FESF émette des obligations libellées en yuans ». Ce qui supposerait l'accord de Pékin, peu disposé à lâcher du lest quant au contrôle de sa monnaie ! Enfin, ces discussions risquent d'interférer avec les négociations commerciales, au moment où l'UE était tentée d'exiger, notamment, un plus large accès aux marchés publics chinois. On envisageait même des mesures de rétorsion, quoique l'Allemagne y soit réticente. Autant les oublier : qui paie commande.

Chronique parlementaire

3 novembre 2011
Article publié dans L'Action Française 2000

Fidèles à leurs habitudes, les parlementaire s'immiscent dans les mœurs et malmènent la mémoire.

Parmi les dernières propositions de loi déposées au Parlement, on relève celle de Jean-Marie Sermier, député UMP du Jura, qui entend lutter contre « l'outrage aux symboles de la République ». Ce faisant, il fait planer une menace sur les royalistes caricaturant Marianne...

Rebondissant sur l'affaire Baby Loup (du nom d'une crèche où travaillait une employée voilée), Françoise Laborde, sénateur PRG de Haute-Garonne, se fait le chantre de la laïcité : elle demande que « l'obligation de neutralité » soit étendue aux structures privées en charge de la petite enfance.

La parité n'est pas en reste. Tandis que Jean Louis Masson (ex-UMP) se mobilise au Sénat, Chantal Brunel (UMP) mène le bal à l'Assemblée, dans l'espoir que l'"égalité professionnelle" soit érigée en « grande cause nationale ».

Adeptes de la repentance, divers sénateurs se sont manifestement divisés quant au contenu du texte à déposer à l'approche du 17 octobre, date anniversaire de la manifestation de 1961. « Les hommes qui manifestaient à mains nues furent molestés, torturés et massacrés. Des coups de feu furent tirés. Loin de la "bavure", cette action était préméditée et coordonnée », soutient la communiste Nicole Borvo Cohen-Seat. Employant des termes plus durs encore, sa collègue écologiste Esther Benbassa pointe carrément un « un crime d'État ».

Une biographie d'Hergé

3 novembre 2011
Article publié dans L'Action Française 2000

Aperçu d'un ouvrage signé Francis Bergeron.

Le retour de Tintin au cinéma n'a pas manqué d'alimenter l'actualité éditoriale. Francis Bergeron se distingue par la publication d'une biographie iconoclaste de Georges Rémi, dit Hergé. S'inscrivant dans la collection "Qui-suis-je ?", son livre ne sied guère aux canons du politiquement correct. De fait, l'auteur cite volontiers Minute ou Rivarol, et revendique une relative sympathie pour Léon Degrelle, tandis qu'il évoque l'amitié qui l'unissait à Hergé.

Bien qu'il fût parmi les premiers à lever le voile sur l'imposture soviétique, celui-ci ne saurait être classé parmi les auteurs engagés. Toutefois, s'il fallait absolument attribuer une filiation idéologique au reporter du Petit Vingtième, ce ne serait par vers le rexisme qu'il conviendrait se tourner selon Francis Bergeron, mais « plutôt du côté des pendants belges de l'Action française ou encore de la Fédération nationale catholique du général de Castelnau ».

Un chapitre est précisément intitulé « Hetrgé et le roi ». En exergue, on découvre comment Sébastien Lapaque définissait « l'idéal politique de Tintin ». Un peu plus loin, c'est L'Action Française 2000 qui est citée, pour s'être amusée, dans son numéro du 15 mai 2003, à relever quelques inspirations prêtées à Hergé : porté sur la bouteille, maniant volontiers l'invective, le capitaine Haddock rappelle effectivement Léon Daudet ; quant au professeur Tournesol, avec sa barbiche et sa surdité, n'est-il pas le parent de Charles Maurras ?

Francis Bergeron, Georges Rémi dit Hergé, Pardès, collection "Qui-suis-je ?", 128 pages,12 euros.