Que reste-t-il de Ryo Saeba, alias Nicky Larson, sous l'emprise du Parfum de Cupidon ?

30 décembre 2018

On a vu l'adaptation live de Nicky Larson ! Critique à chaud.

La série culte des années quatre-vingt fait l'objet d'une adaptation live – et made in France, s'il vous plaît ! Cela sous la direction de Philippe Lacheau, qui incarne par ailleurs le rôle-titre, en dépit d'une carrure qui ne colle pas vraiment au personnage.

Intitulé Nicky Larson et le Parfum de Cupidon, ce film ne sortira officiellement que le 6 février, mais de nombreuses avant-premières sont organisées un peu partout en France. C'était le cas ce dimanche 30 janvier 2018 à l'UGC Ciné-Cité de Créteil (Val-de-Marne). À cette occasion, nous avons découvert une comédie d'action à certains égards sympathique… mais sans y retrouver l'humour qui nous avait conquis dans l'anime ou dans le manga l'ayant inspiré.

Les gags se succèdent avec plus du moins de succès. Sans doute y a-t-il matière à rire ! Mais le héros n'y gagne hélas aucune épaisseur. Son obsession pour les femmes est certes rappelée à maintes reprises, à grand renfort de plans suggestifs aptes à ravir le public masculin. C'est toutefois quasiment gratuit. D'autant qu'un parti-pris scénaristique incompréhensible met tout cela au placard : que pouvait-il rester d'un Ryo Saeba, alias Nicky Larson, sombrant si volontiers dans l'homosexualité ? Car pour un tel personnage, cela devrait assurément constituer un naufrage. Dans l'anime, on l'a déjà vu efféminé après avoir absorbé un antidote aux effets secondaires délétères : le résultat s'avérait désespérant pour son entourage. Dans le manga, c'était un peu différent : il devenait impuissant – dans tous les sens du terme, car Ryo ou Nicky n'est plus rien quand s'éteint sa passion pour les femmes ! Son obsession n'est toutefois pas dénuée d'une certaine ambivalence : c'est tantôt une faiblesse, tantôt un alibi… Dans le manga comme dans l'anime. Mais pas dans ce film donc, où cette relative subtilité fait cruellement défaut.

Le traitement réservé à Kaori, alias Laura, nous a semblé plus réussi. Il faut dire que le physique d'Élodie Fontan correspond beaucoup mieux à son personnage ! Quant à Umibozu, alias Mammouth, on le reconnaît très bien, mais rien n'illustre vraiment l'amitié qui l'unit à son rival ou partenaire. C'est le principal reproche que nous ferons à ce film : les personnages et leurs relations n'y sont pas suffisamment travaillés.

C'est dommage, mais faut-il crier au scandale ? Philippe Lacheau interprète à sa façon un héros qui a marqué son enfance. Il le fait sans renier ses habitudes. À ce titre, la longue scène en vue subjective nous a paru significative. C'est bien le réalisateur de Babysitting qui est aux commandes ! Entouré par son équipe. On aime ou pas. Mais on était prévenu. Nous ne sommes pas convaincu, pas du tout à vrai dire, mais pas non plus mécontent du moment que nous venons de passer au cinéma, dans l'ambiance chaleureuse propre à cette avant-première.

De toute façon, à la différence d'un nouveau Star Wars, ce film, léger, ne risque pas d'entacher le plaisir avec lequel on se replongera dans l'œuvre originale… En attendant de découvrir Shinjuku Private Eyes, le prochain long-métrage d'animation qui sortira bientôt au Japon !

Si les Chevaliers du Zodiaque passent sous la coupe du féminisme, que va-t-il rester de leur amour pour Athéna ?

16 décembre 2018

Dans une version revisitée de ses aventures, Seiya va se battre aux côtés d'une femme. Il fallait, paraît-il, se plier à l'air du temps. Mais la série risque d'en être profondément dénaturée.

Un remake des Chevaliers du Zodiaque sera bientôt diffusé sur Netflix. La bande-annonce de cette nouvelle série a été dévoilée voilà quelques jours. À sa découverte, certains fans ont aussitôt dénoncé un sacrilège : Shun n'est plus le même. Plus du tout. Et pour cause : il a changé de sexe ! Désormais, c'est donc une femme.

Eugene Son, le scénariste de cette version revisitée, s'en est expliqué sur Twitter : « il y a trente ans, qu'un groupe d'hommes se batte pour sauver le monde, sans femmes à leurs côtés, n'était pas un problème », a-t-il déclaré. « Mais désormais », selon lui, « c'en est un ». « Notre monde a changé », s'est-il justifié ; « le public est désormais habitué à voir des hommes et des femmes traités d'égal à égal, et mettre en scène des personnages exclusivement masculins aurait pu être interprété comme un message que nous chercherions à envoyer ». Comme si, dans la série d'origine, le personnage d'Athéna – une femme donc – n'était pas tout particulièrement mis en valeur… Et d'affirmer, à l'intention des plus mécontents : « si vous détestez ce changement, et que vous me détestez par la même occasion, et ne souhaitez pas regarder cette série, aucun souci, je comprends parfaitement ».

Dont acte. Peut-être serons-nous malgré tout curieux d'évaluer l'ampleur du massacre. Car la substitution d'un sexe à l'autre n'est pas une opération anodine. Pas dans une série comme celle-ci, où l'on retrouvait comme un soupçon d'amour courtois – du moins dans une perspective française ou occidentale. Imaginez un instant que les rôles soient inversés : avec une armée d'Amazones qui serviraient non plus une déesse respectée mais un dieu adulé… C'est toute l'histoire qu'il faudrait réécrire. Un homme ne motiverait pas des combattantes de la même façon qu'une femme inspire ses chevaliers. Peut-être ces derniers sont-ils abusés par des « stéréotypes », mais c'est ainsi que fonctionne notre imaginaire – et cela doit bien vouloir dire quelque chose : c'est la bonté d'Athéna qui galvanise Seiya et ses compagnons ; c'est sa chaleur qui les conduit à se relever quand tout semble perdu ; son abnégation aussi, car elle est prête à souffrir ; en un mot : son amour, avec toute l'ambiguïté qu'implique ce terme – le baiser que Saori vole furtivement à Seiya en témoigne.

Bref, si les chevaliers d'Athéna deviennent indifféremment des hommes ou des femmes, , alors, fatalement, les archétypes qui fondent la saga des Chevaliers du Zodiaque volent en éclats.

Accessoirement, on remarquera que le personnage émasculé dans ce remake n'a pas été choisi au hasard : les auteurs ont jeté leur dévolu sur le moins viril des quatre candidats qui se présentaient à eux ; celui qui répugnait à la violence ; celui qui portait une armure rose et dont le public, notamment français, se demandait précisément s'il s'agissait bien d'un homme ! Incidemment, donc, tout en cédant à la pression du féminisme, les scénaristes semblent avoir conforté tous les « stéréotypes » que celui-ci est censé abhorrer. Bien joué !

La solidarité nationale ne saurait être qu'un monopole d'État

17 novembre 2018

Telle est, en substance, l'opinion exprimée par des députés socialiste et Les Républicains, à l'occasion d'un débat parlementaire portant sur l'accueil des réfugiés.

Il y a un mois, le mercredi 17 octobre 2018, un amendement a été adopté à l'Assemblée nationale afin d'encourager l'accueil des migrants par la population – cela contre l'avis du Gouvernement. On doit ce texte à Aurélien Taché, député du Val-d'Oise, autrefois encarté au Parti socialiste, désormais affilié à la République en marche. Ce dernier a donc proposé « la création d'un crédit d'impôt pour les Français qui hébergent des réfugiés, à hauteur de 1 500 euros maximum, à raison de 5 euros par nuitée ».

« L'objectif de ce crédit d'impôt », a-t-il expliqué, « c'est de mettre fin à la situation actuelle, qui fait que les seules rencontres que font les réfugiés pendant deux ans se limitent à leurs visites à la préfecture ou dans une association » ; de son point de vue, « il est important que les réfugiés puissent rencontrer les gens avec qui ils vont vivre et avec qui ils devront construire le pays ». Peut-être faut-il préciser que, la veille, une mesure similaire avait été adoptée pour faciliter l'hébergement des sans-abri ; par ailleurs, ce sont bien des réfugiés, reconnus comme tels, qui sont concernées – et non des immigrés clandestins.

La charité sous-traitée à la population : un vrai scandale !

« Ce crédit d'impôt ne s'appliquera que si les réfugiés concernés sont suivis par une association agréée par le préfet », a souligné son promoteur. Le contrôle auquel sera soumis ce dispositif n'en a pas moins été jugé insuffisant par Joël Giraud, député des Hautes-Alpes, rapporteur général de la commission des Finances. Ainsi que par Gérald Darmanin, qui représentait le Gouvernement au moment du vote. Une fois n'est pas coutume, le reste de la majorité ne l'aura pas suivi.

D'autres réserves ont été émises dans les rangs de l'opposition. Selon Fabien Di Filippo, député de la Moselle, Les Républicains, il serait « déplorable » de « sous-traiter » ainsi « l'accueil des migrants à nos compatriotes ». Son collègue Jean-Louis Bricout, député du Nord, socialiste, est apparemment du même avis : de son point de vue, « cet amendement remplace la solidarité nationale par la solidarité individuelle », ce qui, a-t-il confessé, le « choque un peu ». Autrement dit, aux yeux des députés PS et LR, il serait intolérable que le pays réel prenne les choses en main – comme si l'État devait revendiquer un monopole sur la charité. Dont acte.

Digital contre numérique : légitimation d'un anglicisme

8 septembre 2018

« Le numérique est centré sur la technologie, le binaire (0 et 1), l'informatique, la dématérialisation », remarque Olivier Kempf ; autrement dit, « le numérique indique une approche qui est d'abord technicienne ». « D'un autre côté », poursuit-il, « le digital indique l'attention portée au le doigt, à l'écran tactile, donc à l'usage, donc à l'individu » ; « l'adjectif digital suggère ici la […]

« Le numérique est centré sur la technologie, le binaire (0 et 1), l'informatique, la dématérialisation », remarque Olivier Kempf ; autrement dit, « le numérique indique une approche qui est d'abord technicienne ». « D'un autre côté », poursuit-il, « le digital indique l'attention portée au le doigt, à l'écran tactile, donc à l'usage, donc à l'individu » ; « l'adjectif digital suggère ici la prééminence du facteur social et humain de la [transformation digitale], bien plus que sa caractéristique technicienne ».

Un label contre l'obsolescence précoce et non programmée

4 septembre 2018

Une coopérative toulousaine a créé un label dénommé « Long Time » censé garantir une meilleure durabilité des produits. S'agit-il de lutter contre l'obsolescence programmée ? En partie seulement.

« L'expression obsolescence programmée donne une vision fataliste des choses », explique Elsa Lomont, à l'origine du projet, citée par Le Parisien. Ce fatalisme se manifeste à plusieurs occasions, pourrions-nous préciser : il détourne le consommateur de ses responsabilités au moment de l'achat, alors que tous les produits ne se valent pas ; il légitime ensuite ses négligences concernant l'entretien ; enfin, quand survient un dysfonctionnement, il le décourage de tenter une réparation.

Sur leur site Internet, les promoteurs de ce label ne s'interdisent pas de faire référence à l'obsolescence programmée, mais au moins le font-ils il avec quelque nuance ; « l'obsolescence programmée n'est qu'une petite partie des obsolescences », écrivent-ils notamment. En tout cas, de leur point de vue, « les responsabilités quant à l'existence de l'obsolescence organisée sont partagées ». Cela tranche avec le discours de l'association HOP, selon laquelle « il paraît essentiel de ne pas moraliser le consommateur, avant tout victime de l'obsolescence accélérée des produits ». En réalité, il en est moins la victime que le complice. Cela étant, son choix sera d'autant plus éclairé qu'il sera mieux informé. D'où l'intérêt potentiel d'un tel label.

Riyad agite la menace des pétro-dollars

4 septembre 2018

Ottawa vient d'en faire les frais, après avoir réclamé la libération d'une personnalité emprisonnée en Arabie saoudite. Celle-ci a donc annoncé sa volonté de vendre tous ses actifs canadiens. «  Une telle liquidation brutale d'actifs, pour punir de surcroît un pays du G7, est sans équivalent dans la vie économique moderne », commentent Les Échos. « Tous […]

Ottawa vient d'en faire les frais, après avoir réclamé la libération d'une personnalité emprisonnée en Arabie saoudite. Celle-ci a donc annoncé sa volonté de vendre tous ses actifs canadiens. «  Une telle liquidation brutale d'actifs, pour punir de surcroît un pays du G7, est sans équivalent dans la vie économique moderne », commentent Les Échos. « Tous les achats de biens canadiens sont désormais prohibés, ce qui menace un contrat de livraison de blindés de 15 milliards de dollars », précisent nos confères. Cependant, nuancent-ils, cela « ne devrait […] pas concerner des sommes très importantes, puisque selon un décompte de Bloomberg, Riyad ne détiendrait des actions que dans une seule entreprise canadienne de taille importante ». En outre, le pétrole n'est pas en cause : Riyad a rappelé qu'il s'interdisait de faire planer la menace d'une suspension des exportations. Dont acte.

L'UE renonce aux taxes sur les panneaux solaires chinois

3 septembre 2018

Vicissitudes du protectionnisme : « la Commission a décidé de supprimer ces mesures anti-dumping, qui au final pénalisent aussi certains industriels européens », rapportent Les Échos. Sans surprise, « les entreprises européennes sont divisées » : « Solar Power Europe, qui regroupe les importateurs et installateurs européens de panneaux photovoltaïques, a salué la fin de ces restrictions » ;« en revanche, les fabricants de panneaux solaires, […]

Vicissitudes du protectionnisme : « la Commission a décidé de supprimer ces mesures anti-dumping, qui au final pénalisent aussi certains industriels européens », rapportent Les Échos. Sans surprise, « les entreprises européennes sont divisées » : « Solar Power Europe, qui regroupe les importateurs et installateurs européens de panneaux photovoltaïques, a salué la fin de ces restrictions » ;« en revanche, les fabricants de panneaux solaires, craignent eux de nouvelles importations massives ». Rien de nouveau donc.

Obsolescence programmée : l'association HOP s'attribue des mérites qui ne sont pas les siens

27 juillet 2018

HOP prétend avoir suscité le lancement d'une nouvelle gamme d'imprimantes. Une gamme dont les premiers modèles ont été commercialisés en 2010. C'était cinq ans avant la création de cette association…

L'association HOP s'honore d'avoir déposé en France les deux première plaintes pour « obsolescence programmée ». Deux enquêtes sont donc en cours, a-t-elle rappelé sur son site Internet aujourd'hui même, 27 juillet 2018. Un jugement sera rendu « prochainement », annonce-t-elle avec optimisme.

En attendant, poursuit-elle, « bien qu'en apparence les grandes industries n'aient pas encore radicalement modifié leurs méthodes d'obsolescence, de (sur)production et (sur)pollution, les lignes sont en train de bouger grâce au travail de toute l'équipe HOP ». La preuve ? « Chez Epson », par exemple, « on tente de se justifier […] et surtout d'innover avec des imprimantes sans encre ».

Sans doute l'association fait-elle allusion à la gamme Ecotank, dont les modèles fonctionnent sans cartouche – et non « sans encre ». Une gamme dont Epson rappelait dernièrement qu'elle avait été lancée en 2010 (avec une commercialisation dans un premier temps en Indonésie selon Les Numériques). C'était ben avant qu'une plainte soit déposée pour obsolescence programmée ! D'ailleurs, à cette date, l'association HOP n'existait pas encore. Elle n'a été créée que cinq ans plus tard, en 2015, selon les informations publiées sur son propre site Internet. Autant dire qu'elle s'attribue des mérites qui ne sont pas les siens.

D'une façon générale, elle prétend « défendre les intérêts des utilisateurs et de la planète ». Mais dans cette perspective, son action s'avère contre-productive. Dans sa cabale contre Epson, elle entretient la confusion entre la nécessité (réelle ou supposée) de changer une pièce et celle de mettre un appareil à la casse, comme on a pu le voir au cours d'un reportage diffusé sur France 2 au printemps dernier ; dans celle contre Apple, elle dénigre une initiative visant, précisément, à prolonger la durée de vie d'un smartphone équipé d'une batterie usagée – un comble !

Peut-être faut-il le rappeler : la demande qu'expriment les consommateurs au gré de leurs achats n'est pas sans incidence sur l'offre qui leur est proposée. Si une proportion plus importante d'entre eux fuyaient les ordinateurs équipés d'une mémoire soudée, par exemple, ou s'ils étaient plus nombreux à privilégier les modèles bénéficiant d'un manuel de démontage, les constructeurs ne manqueraient pas d'en tenir compte. Or, loin de les éduquer, l'association HOP les encourage à se détourner de leurs responsabilités. Elle le revendique même, par la voix de Laetitia Vasseur, selon laquelle « il paraît essentiel de ne pas moraliser le consommateur, avant tout victime de l'obsolescence accélérée des produits ». Dont acte.

Les pneus rechapés survivront-ils à la concurrence chinoise ?

11 juin 2018

Dans une économie appelée à devenir circulaire, les pneus rechapés semblent avoir toute leur place. Boudés par les automobilistes, ils demeurent populaires auprès des transporteurs routiers. Mais il faut compter désormais avec la concurrence des pneus chinois vendus à prix cassé.

Le rechapage a été mis à l'honneur lors d'une conférence organisée à l'initiative du magazine Pneumatique mercredi dernier, 6 juin 2018. Cette activité consiste à remplacer la bande de roulement des pneumatiques, une fois le point d'usure atteint, tout en en conservant la carcasse. Peut-être les automobilistes s'imaginent-ils qu'elle est tombée en désuétude ; il est vrai qu'en France, seule la société Black Star propose encore d'y recourir afin d'équiper des voitures de tourisme. Mais tel n'est pas le cas des transporteurs routiers : en 2017, 40 % des pneus qu'ils ont achetés étaient rechapés.

Depuis cinq ou six ans, ce marché est toutefois ébranlé par la croissance fulgurante des importations en provenance de Chine. L'empire du Milieu casse les prix sur les pneus neufs ! Dans l'Hexagone, mille neuf cents emplois directs seraient en jeu. Le mois dernier, la Commission européenne a érigé des barrières douanières censées rendre cette concurrence plus équitable. « On a une position neutre officiellement, mais pour moi, c'est une bonne nouvelle », s'est réjoui Rodolphe Hamelin, directeur des produits industriels de Bridgestone. La légitimité de ces mesures protectionnistes n'est pas contestée par les professionnels du secteur – au contraire. « Je suis profondément libéral », a déclaré Bruno Muret, représentant du SNCP (Syndicat national du caoutchouc et des polymères) ; cependant, les règles doivent-être les mêmes pour tous, a-t-il expliqué en substance. « Cela aurait dû être fait il y a des années », a renchéri Thierry Dourdet, P-DG de Vulcalor, une entreprise spécialisée dans le rechapage ; toutefois, a-t-il poursuivi, « je préfère qu'on mette en avant ce qu'on est capables de faire ».

« Sans rechapage, on n'a pas de modèle premium »

Des erreurs ont-elles été commises ? « Il y a peut-être de bonnes raisons pour que le pneu chinois s'impose », selon Régis Audugé, directeur général du SPP (Syndicat des professionnels du pneumatique). « On n'a pas su communiquer », a reconnu Thierry Dourdet. Soucieux de rectifier le tir, les syndicats professionnels ont présenté un outil en ligne censé mettre en évidence le « coût total de possession » des pneumatiques. À la différence du prix d'achat, celui-ci serait à l'avantage des pneus "premium" : susceptibles d'être rechapés par deux fois, ces derniers permettraient de couvrir ainsi une distance moyenne 660 000 kilomètres, avec une moindre consommation de carburant – un gage d'économies substantielles.

Ces arguments feront-ils mouche auprès des clients ? Bridgestone en est convaincu. Dans la tourmente, le manufacturier a tenu à soutenir son activité de rechapage, quitte à en sacrifier momentanément les marges. Depuis 2015, il propose une garantie sur la « rechapabilité » des pneus destinés aux véhicules de chantier : si une carcasse s'avère défectueuse, elle est changée. En outre, l'entreprise a investi afin d'automatiser le processus de rechapage ; productivité et qualité ont été significativement accrues par l'emploi d'un robot baptisé Leonardo. De toute façon, « sans rechapage, on n'a pas de modèle premium », a prévenu Rodolphe Hamelin. En tout cas, Thierry Dourdet se montre optimiste : « quelle que soit la situation, on se développera toujours », a-t-il annoncé.

Les syndicats professionnels dénoncent l'inertie des autorités françaises

Il faut dire qu'à ses yeux, les pneus chinois ne valent pas grand-chose : leurs carcasses ne sont bonnes à rien, s'est-il indigné. Il lui semble impossible de leur donner une seconde vie, pas même pour équiper des tracteurs agricoles. Olivier Dusserre, directeur commercial de Doumerc Pneus International, n'est pas du même avis : « il y a des pneus chinois qui sont rechapables », a-t-il souligné. Dans les usines de l'empire du Milieu, « il y a forcément à boire et à manger », a nuancé Bruno Mazzacurati, directeur général de Dipropneu. « Dans les pneumatiques chinois, il y a des mauvais et il y a des bons », a confirmé Pascal Audebert, directeur général de Profil Plus.

Cela étant, comme l'a rappelé Olivier Dusserre, « on a vu arriver sur le marché français des pneus qui n'étaient pas aux normes ». À ce sujet, Bruno Muret a dénoncé l'inertie des autorité françaises, qui auraient manqué de vigilance quant au respect du règlement Reach adopté sous l'égide de l'Union européenne : « on a eu beaucoup de mal à ce que les Douanes fassent leur boulot », a-t-il rapporté. Des difficultés similaires auraient été rencontrées avec la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), qui aurait traîné avant de veiller au bon étiquetage des produits.

La voiture électrique met tout le monde à poil !

Selon Dominique Stempfel, directeur communication et développement d'Allopneus, « il n'y a plus de mauvais pneus qui circulent sur le marché français ». Certains produits sont certes de moindre qualité ; mais il sont aussi moins chers ! Cela répond à une demande qui ne saurait être ignorée. « Le segment "budget" a toujours existé », a rappelé Dominique Stempfel. Jadis, il était d'ailleurs occupé… par les pneus rechapés ! Ceux-ci présentent désormais de bien meilleures performances. Un « saut qualitatif » a été franchi « au prix d'un assainissement de la profession », a constaté Bruno Muret ; la qualité des pneus rechapé est aujourd'hui comparable à celle des pneus neufs, a-t-il assuré. La réutilisation des carcasses répond, de plus, aux attentes de la société : le rechapage constitue « un maillon important de l'économie circulaire » ; en cela, a-t-il martelé, c'est « une excellente illustration de ce que prônent nos pouvoirs publics ».

Les menaces qui planent aujourd'hui sur les vieux manufacturiers s'abattront-elles demain sur les constructeurs automobiles les plus renommés ? « Les voitures ne voyagent pas autant que les pneumatiques », a souligné Bernard Jullien, économiste, maître de conférences à l'université de Bordeaux. L'inquiétude n'en est pas moins légitime : les constructeurs ont multiplié les partenariats dans l'empire du Milieu, mais « l'équilibre des pouvoirs dans les joint-ventures est en train de changer », a-t-il constaté ; autrement dit, les Chinois prennent le contrôle. Depuis quatre ans, la « sinisation » est en marche, a-t-il expliqué. Parallèlement, Pékin canalise l'automobilisation du pays, afin de préserver les terres agricoles ; en outre, il promeut les investissements à l'étranger et pousse au déclin du moteur thermique dans l'espoir de rebattre les cartes au profit de sa propre industrie : « sur l'électrique, tout le monde est à poil », s'est exclamé Bernard Jullien. Nous sommes prévenus.

L'animateur-philosophe, la philosophe-militante et l'obsolescence programmée

4 juin 2018

Lecture critique d'un article signé par une philosophe-militante, censé expliquer la logique à l'œuvre dans une stratégie d'obsolescence programmée déployée à grande échelle.

Ce sont les aléas du métier : Raphaël Enthoven s'est fait planter. Vendredi dernier, 1er juin 2018, alors qu'il s'apprêtait à enregistrer une émission pour Arte, l'animateur-philosophe a dû faire face à la défection d'un participant. En la personne de Jeanne Guien, il croyait avoir invité une philosophe ; mais c'est une militante qui lui a fait faux bond – et qui, surtout, a tenu à le faire savoir. « Immaturité du mouvement étudiant, misandrie des féministes, paresse des abstentionnistes, communautarisme des antiracistes ou encore antisémitisme des antisionistes : il n'est pas un seul des partis pris les plus réducteurs et abêtissants de la droite décomplexée auquel vous ne vous empressiez d'apporter votre soutien », lui a-t-elle reproché dans une lettre ouverte publiée sur Mediapart.

Cela étant, si nous avons eu vent de cette polémique, c'est parce que Jeanne Guien travaille sur un sujet qui nous intéresse : « la réduction de la durée de vie des objets ». Curieux de découvrir comment elle aborde une telle question, nous nous sommes empressé d'arpenter la Toile à la recherche de ses éventuelles publications. Bingo ! Voilà déjà quelques années, elle avait signé un article dans la revue Vivagora, repris par Up Magazine. En introduction, elle propose une définition de « l'obsolescence programmée » : « un procédé technique qui consiste à concevoir un objet en y intégrant le déclenchement de sa panne, de son usure, de sa défaillance définitive » ; dissipant toute confusion, elle précise qu'« il ne s'agit pas seulement de connaître le moment où l'objet deviendra inutilisable […] mais de le générer artificiellement ».

La durée de vie des produits systématiquement limitée ?

Selon Jeanne Guien, « les imprimantes, les ordinateurs, l'électroménager, les téléphones portables ou les lecteurs MP3 […] sont aujourd'hui, pour la plupart, conçus selon ce procédé ; mais aussi de nombreux ustensiles plus communs comme le mobilier, la vaisselle, les ampoules ». Incidemment, elle se montre plus radicale que les militants de l'association HOP (Halte à l'obsolescence programmée), dont la cofondatrice, Laëtitia Vasseur, juge ce phénomène « marginal » (selon la réponse donnée à une question que nous lui avons nous-même posée). Elle se distingue plus encore de Serge Latouche, certes chantre de la décroissance, mais selon lequel « les lobbies industriels […] n'ont pas tout à fait tort de prétendre que l'obsolescence programmée, entendue dans le sens d'un complot ou d'un sabotage, n'existe pas » (citation tirée d'une tribune publiée sur Mediapart au mois de mars). « Si l'usage de ces produits n'est pas "unique", il est artificiellement restreint », martèle Jeanne Guien, « de sorte que la durée de vie de ces produits (le temps durant lequel ils sont utilisables conformément à leur fin, et efficaces comme tel) peut être dite systématiquement limitée ».

Dans son article, elle se garde bien d'étayer ses accusations. Il est vrai que l'exercice eût été difficile, aucun cas délictueux d'obsolescence programmée n'ayant jamais été avéré. Cela en dépit des soupçons régulièrement colportés par des « médias dominants » dont notre philosophe-militante semble pourtant se méfier… Récemment, ces derniers se sont tout particulièrement illustrés en véhiculant des fantasmes à propos des collants. Un seul exemple nous est donné par Jeanne Guien : « Apple a ainsi fait l'objet d'un procès (s'achevant sur un accord à l'amiable…) pour avoir conçu les batteries de ses Ipod selon la technique de l'obsolescence programmée (celles-ci se révélant défaillantes au bout de dix-huit mois). »

Le fantasme d'une économie sous contrôle

Un « procès » s'est-il vraiment tenu à ce sujet ? Nous n'en sommes pas certain, mais nous ne l'avons pas vérifié. Quoi qu'il en soit, la procédure s'est effectivement conclue non par une condamnation d'Apple, mais par un accord avec ses clients qui s'estimaient lésés. À notre connaissance, cependant, la conception des batteries n'était pas en cause. Cela n'aurait eu aucun sens : en dépit des recherches en cours et des progrès d'ores et déjà accomplis, nul ne sait encore produire des batteries inusables ; la technologie nécessaire nous est encore inconnue ! Plus exactement, c'est l'intégration des batteries qui a suscité la polémique, celles-ci étant, paraît-il, impossibles à changer. Simple nuance ? Peut-être. Mais puisque Jeanne Guien prétend être attachée à « la définition et la conceptualisation rigoureuses », nous la prenons au mot ! Reste surtout qu'en l'espèce, l'obsolescence programmée, telle qu'elle la définit elle-même, n'est pas démontrée. En effet, qu'en est-il des arbitrages ayant présidé à la conception du produit incriminé ? Peut-être la priorité a-t-elle été donnée à la baisse des coûts ou bien au design aux dépens de la durabilité, par exemple ; le cas échéant, il ne s'agirait pas d'un sabotage délibéré.

« L'obsolescence programmée permet […] de s'assurer du renouvellement de la demande, de réamorcer un cycle de vie du produit, a priori à l'infini », explique Jeanne Guien. Et de poursuivre : « En faisant advenir de manière prévisible (et prévue) la défaillance de l'objet, elle permet d'organiser ce renouvellement ; et donc de maîtriser, de répartir, l'état de la demande. Elle offre ainsi l'espoir d'un marché toujours ouvert et dynamique ; surtout, d'un marché maîtrisable en ses phases et ses caprices, c'est-à-dire manipulable en son rythme. Elle ouvre sur une maîtrise a priori de l'écoulement des stocks, grâce à cette mainmise sur le rythme même du marché. […] On atteint là comme un idéal du capitalisme marchand : s'assurer l'écoulement du stock, mais aussi la possibilité d'accélérer et de décélérer cet écoulement, par la réduction ou l'allongement de la durée de vie des objets ; maintenir ou accélérer le taux de croissance, en faisant se succéder les objets, et donc les actes de rachat, de plus en plus vite, au moyen d'une durée de vie de plus en plus restreinte. »

Philosophie, militantisme et complotisme

On nage en plein délire constructiviste, sinon conspirationniste ! Jeanne Guien nous donne l'impression de prêter au capitalisme non pas seulement une logique, mais aussi une volonté. Une volonté à laquelle les acteurs du système économique seraient apparemment contraints de se plier. Pour quelle raison ? La question est éludée. Peut-être s'agit-il de répondre à « la seule exigence de croissance ». Cette préoccupation pourrait éventuellement être celle des pouvoirs publics, à supposer qu'ils négligent les "coûts d'opportunité" mis en lumière notamment par Frédéric Bastiat (sophisme de la vitre cassée) ; les primes à la casse censées accélérer le renouvellement du parc automobile s'inscrivent d'ailleurs dans cette logique. Mais qu'en est-il des entreprises, soumises à la pression de la concurrence ? Celles-ci n'ont aucune assurance que leurs clients leur restent fidèles quand survient la nécessité d'un nouvel achat. Si la possibilité leur est offerte de proposer une garantie plus longue, sans réduire leurs marges ni sacrifier aucune fonctionnalité d'un produit mis en vente, elles cédèront fatalement à la tentation, dans l'espoir des gagner des parts de marché. Ce dont la croissance ne pâtira pas forcément, soit dit en passant. Florent Menegaux, nouveau patron de Michelin, vient de le rappeler dans un entretien accordé à L'Usine nouvelle : « Lorsque nous avons lancé le pneu radial, on a crié au fou ! Les gens pensaient qu'en créant un pneu deux fois plus résistant, on allait diviser le marché par deux. Mais non ! À cette période, la mobilité s'est considérablement accrue. La technologie a permis de développer le marché. »

Cinq ou six ans se sont écoulés depuis la publication de cet article, qui remonte à 2012. Peut-être son auteur a-t-il changé d'avis. Ou peut-être pas… À voir la façon dont elle s'adresse aujourd'hui à Raphaël Enthoven, il semblerait que Jeanne Guien soit loin d'avoir renié ses démons complotistes. Dénonçant la dérision avec laquelle ce dernier a évoqué la rumeur de Tolbiac, elle soutient que « la vérité sur cette affaire n'a toujours pas été faite ». Sans doute ne le sera-t-elle jamais, en effet. « Le blessé de Tolbiac est un pur produit de l'esprit complotiste et, dans une théorie de ce type, aucune page ne se tourne jamais », comme l'expliquait Marylin Maeso sur le site Conspiracy Watch ; « c'est un livre qui se réécrit inlassablement pour plier à toute force le réel à ce qu'il entend démontrer ». C'est vraisemblablement le genre de livre que Jeanne Guien signerait volontiers.