18 juin 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
Lecture d'un "album secret" signé Jean-Claude Martinez.
Député au Parlement européen de 1989 à 2009, Jean-Claude
Martinez se propose de révéler les secrets de cette institution.
S'appuyant sur les illustrations de Norma Caballero, il convie le
lecteur à la rencontre de six mille habitants, évoluant sur cinquante
hectares répartis dans trois villes : Strasbourg, le siège officiel du
Parlement, où les couloirs seraient un vrai cauchemar ; Bruxelles, qui
supplante peu à peu la capitale alsacienne ; Luxembourg, qui héberge
l'administration. En Belgique, étant donné l'étendue des surfaces à
couvrir, les rondes des agents de sécurité prennent entre six et huit
heures.
On découvre des lieux parfois insolites : la banque ING,
classée centième sur les 4 800 agences que compte le groupe dans le
Plat pays ; un bar dévalisé le soir du 13 juillet 2004, où le Parlement
accueillait les représentants de dix nouveaux États-membres ; une salle
de prières à Strasbourg ; un centre d'épilation à Bruxelles...
L'hémicycle constitue « une PME de cent personnes ». Les votes y sont
expéditifs : les députés disposent de quelques secondes pour presser la
bonne touche de leur machine électronique. Et quand ils prennent la
parole, c'est pour une ou deux minutes, trois tout au plus. Alors
s'affairent les interprètes, censés jongler avec 506 combinaisons
linguistiques possibles !
Soulignant « l'impérialisme de l'anglais », Jean-Claude
Matrinez rapporte cette mésaventure de Jacques Barrot : « Un député
voulait la lecture officielle de la position de la Commission
européenne. Mais ce texte officiel était en anglais. Le commissaire
français un peu juste dans cette langue ne se voyait pas en train de
lire un long texte en anglais. Il a donc fait le sourd en dépit de la
demande répétée de plusieurs députés et de la cruauté complice du
président, ajoutant goguenard : "Le commissaire ne souhaite pas lire." »
Précarité sociale du personnel
Le Parlement européen apparaît sous un jour plus humain qu'à
l'accoutumée. Ce qui n'est pas toujours flatteur. L'auteur s'indigne
des conditions de travail imposées au personnel de la restauration ;
employé par un prestataire externe, il est même privé de badge et de
parking, ceux-ci étant apparemment réservés aux fonctionnaires.
Conséquence des "privatisations", cette précarité illustre les méfaits
du libéralisme économique aux yeux de Jean-Claude Martinez, qui a
incarné une sensibilité "altermondialiste" au sein du Front national.
Issu d'une formation politique marginalisée, il dénonce les
privilèges des groupes majoritaires, ainsi qu'une procédure douteuse
qui l'aurait privé d'une vice-présidence du Parlement Europe-Amérique
latine (Eurolat). Le ton partisan de l'ouvrage procède d'un choix
discutable : des commentaires superflus agaceront peut-être les
sympathisants, et rebuteront sans aucun doute tous les autres.
Jean-Claude Martinez s'autorise même des piques répétées contre « la
fille Le Pen ». On regrette également les insuffisances de la mise en
page, ainsi que la rédaction hasardeuse du texte, où les redondances
sont légion. Si elle permet de glaner ici ou là des informations
précieuses, la lecture s'avère de ce fait décevante, voire frustrante.
Un essai à transformer !
Jean-Claude Martinez, Norma Caballero : L'Album
secret du Parlement européen. Édité par La Maison de la Vie
et des Libertés, 13 rue Durand, 34000 Montpellier ; 200 pages,
59,50 euros franco (chèque à l'ordre de La Maison de la Vie) ;
www.martinezlavie.com
4 juin 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
Un nouveau groupe eurosceptique va se former à Strasbourg. Le Parlement européen n'en restera pas moins une "assemblée de consensus", dont les partis majoritaires continueront de se partager la présidence...
Quelle que soit l'issue des élections, quelques changements
sont déjà annoncés à Strasbourg et Bruxelles. L'euroscepticisme devrait
bénéficier d'une visibilité inédite. À la fin de la législature
1999-2004, les conservateurs britanniques avaient obtenu un "droit de
tendance" au sein de leur groupe, qui les autorisait à se désolidariser
de leurs collègues plus fédéralistes dans les discussions portant sur
l'avenir institutionnel de l'Union. Désormais, les Tories sont résolus
à quitter le PPE-DE, où siègent notamment les députés UMP ;
suivis par les Tchèques de l'ODS, ils devraient former avec eux le
"noyau dur" d'un nouveau groupe politique.
Arrangement technique
Seront-il rejoints par des souverainistes plus marginalisés ?
En tout cas, les "petits partis" souffriront d'une réforme du règlement
intérieur de l'assemblée adoptée en juillet dernier : pour constituer
un groupe, il faudra réunir au moins vingt-cinq députés issus de sept
États membres, contre vingt issus de six pays aujourd'hui.
Le Parlement européen demeurera gouverné par le "consensus"
des formations majoritaires, qui en partagent la présidence en vertu
d'un "arrangement technique". Rappelons ce chiffres agité au cours la
campagne, du NPA jusqu'au Front national : lors des 535 votes finaux
par appel nominal intervenus en 2008, droite et gauche se seraient
exprimées à l'unisson dans 97 % des cas. « Un score digne de la Douma
de l'ex-Union soviétique » commente L'Observatoire de l'Europe !
Prenant en compte le vote des amendements, Jean Quatremer dessine une
réalité plus complexe : « Le PPE et le PSE ne votent au final ensemble
que dans 69,70 % des cas (mais seulement 56 % dans les
affaires sociales et 52,5 % dans le domaine économique). Les
villiéristes votent avec les socialistes dans 40 % des cas alors que
les communistes votent avec le PPE dans 42 % des cas et avec les
villiéristes dans 40,90 % des cas... » (1)
Apolitisme ?
Des subtilités qui ne sauraient gommer une caractéristique
essentielle du Parlement européen, « condamné à gouverner au centre »
selon Paul Magnette (2). Aucune majorité suffisante ne se dégage dans
cette assemblée façonnée par la diversité des paysages politiques
nationaux. La fréquence des votes techniques et les incursions limitées
de l'Union dans les politiques de redistribution sociale tempèrent la
prégnance du clivage gauche-droite, mêlé aux divergences nationales et
institutionnelles.
Négociation
L'obtention du consensus serait même facilitée par l'examen
préalable des textes dans les groupes politiques, où ils font déjà
l'objet d'un compromis. À la différence des partis nationaux, maîtres
des investitures, les groupes européens n'ont pas les moyens d'exercer
une forte pression sur leurs membres. Les consignes de vote sont donc
le fruit d'une négociation, dont les députés seraient enclins à
respecter les conclusions dans la mesure où ils y participent.
L'entrée en vigueur du traité de Lisbonne changerait-elle la
donne ? L'accroissement des pouvoirs du Parlement européen donnerait au
"réflexe majoritaire" de nouvelles occasions de s'exprimer. C'est en
tout cas l'espoir des européistes, ravis de combler un "déficit
démocratique" au détriment des exécutifs. D'autres institutions, telles
la Commission et la Cour de Justice des Communautés européennes (CJCE),
ont au moins le mérite de veiller au respect réciproque des engagements
souscrits par les États. Or, aux yeux des gouvernements, que peut
représenter un rassemblement international de parlementaires, sinon un
pouvoir de nuisance ?
Nouveau statut
Le traité modificatif affecte le statut des députés, qui ne
seraient plus censés représenter les « peuples des États réunis dans la
Communauté », mais les « citoyens de l'Union ». Corolaire symbolique
des nouvelles modalités d'indemnisation appliquées dès juillet,
conformément à une décision remontant à septembre 2005.
« Jusqu'à présent, chaque eurodéputé était rémunéré par son
assemblée ou son gouvernement en fonction du salaire des députés
nationaux », explique Célia Sampol (3). « D'où les
grandes diversités existant entre un Bulgare qui gagnait à peine plus
de 9 000 euros par an, pendant qu'un Italien touchait 134 000 euros
annuels. Le nouveau statut met un terme à ces disparités et prévoit un
salaire mensuel égal pour tous de 7 412,69 euros avant impôts, soit 5
607,24 euros nets. Ce qui correspond à 38,5 % du traitement de base
d'un juge de la Cour de Justice européenne. Le financement des
rémunérations sera assuré par le budget de l'UE et non plus par les
budgets nationaux. »
Imbroglio
Les députés réélus cette année pourront conserver
définitivement leur indemnité nationale s'ils le souhaitent, de façon à
ne pas perdre au change... Quant aux États, ils pourront imposer le
statu quo à leurs élus pendant deux ans, craignant peut-être un
décalage avec la moyenne des rémunérations nationales.
Organisées sous l'égide du traité de Nice, les élections
européennes désigneront cette année 736 députés, Un nombre qui serait
porté à 750 plus le président avec l'application de Lisbonne... et même
754 dans une phase transitoire. Les sièges réservés aux Allemands étant
réduits de 99 à 96, il serait paraît-il délicat de renvoyer au pays les
trois élus en surnombre. Mais il faudra également désigner dix-huit
nouveaux députés, dont deux pour la France. On ignore encore par quel
"micmac institutionnel" sera résolu cet imbroglio juridique.
(1) Jean Quatremer : « Parlement européen :
des alliances politiques surprenantes » Coulisses
de Bruxelles, 22 mai 2008. (D'après les statistiques de
votewatch.eu)
(2) Paul Magnette : Le Régime politique de l'Union
européenne. Presses de Sciences Po, 310 pages, sept.2006, 15
euros.
(3) Europolitique, supplément au n°
3749, 8 mai 2009.
4 juin 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
Jérome Rivière voit trouble dans l'affaire du rosé coupé.
Dans un entretien audio diffusé par Novopress (20/05/09),
Jérôme Rivière, directeur de campagne de Libertas France, s'insurge
contre le projet de règlement européen autorisant la production de vin
rosé par coupage de blanc et de rouge : la Commission voudrait réviser
les pratiques œnologiques « pour que demain on puisse importer les vins
d'Australie, de Nouvelle-Zélande et d'Afrique du Sud ». Or,
selon le rapport du sénateur Gérard César, les vins coupés australiens seraient déjà sur le marché
européen, sans indication sur les étiquettes ! Étant donné l'intérêt du
dossier pour la campagne des souverainistes, une argumentation plus
rigoureuse aurait été la bienvenue.