29 décembre 2009
Depuis Dublin, un commissaire européen prononce un éloge
dithyrambique de la diplomatie française. Charlie McCreevy a-t-il perdu
la tête ?
Le président de la République n'a pas manqué de fanfaronner,
tandis qu'il venait d'obtenir pour la France le portefeuille de
commissaire européen en charge du Marché intérieur. Ce faisant, il
aurait « enterré une fois pour toutes le mythe selon lequel
les commissaires européens, et tout particulièrement les Français,
arrivant à Bruxelles, sont supposés laisser de côté les intérêts
nationaux ». C'est en tout cas l'opinion formulée le
18 décembre par le commissaire irlandais Charlie McCreevy,
auquel Michel Barnier doit justement succéder. Selon lui, l'influence de
la France à Bruxelles serait
« impressionnante » : « On oublie
que la bureaucratie de Bruxelles a été conçue par la France. [...] Au
fil des années, cela a donné aux Français un énorme avantage pour
savoir comment actionner les leviers de pouvoir. » En
conséquence, il a salué l'« habileté extraordinaire »
de la diplomatie française.
Publié dans Europe | Pas de commentaires
27 décembre 2009
L'AFE s'attaque au Père Noël ; nous prenons sa
défense ! Sans craindre la polémique, mais en rappelant à nos
petits camarades qu'elle peut stimuler les intelligences en marge de toute
inimitié. 😉
À l'approche de Noël, tandis que la joie gagne spontanément
bien des cœurs, quelques grincheux se manifestent parmi les
inconditionnels de la messe de minuit. Chantres d'une austérité que
récuseraient vraisemblablement des catholiques plus conséquents, ils
observent avec dédain la ferveur envahissant des foyers illuminés avec
faste par les « infidèles » (sic) : le
Christ, lui, s'était contenté d'une étable, nous rappellent-ils avec
véhémence.
L'AFE
leur a ouvert son blog, versant dans un obscurantisme
déplacé. « Athéisée », la fête de Noël se trouverait
réduite de ce fait à une « mascarade d'une vulgarité
abjecte » selon F. Magellan. Elle serait d'autant moins
porteuse de sens que l'humanité s'imaginerait « née d'un
enchainement de coups de bol chimiques ». Noël, propriété
créationniste ? Fichtre !
Ces outrances jettent le discrédit sur une critique du
consumérisme par ailleurs compréhensible, à laquelle nous aurions pu
souscrire en partie si elle avait été explicitée : qu'on juge
la valeur d'un cadeau à son prix nous désole ! Cela dit, c'est
moins le dévoiement de la fête que sa sécularisation qui incommode
notre gardien du temple. La tradition façonnée par l'Église se perpétue
dans une société déchristianisée ; avec vigueur
même ! C'est en ce sens qu'elle constituerait « le
comble du délire ».
En toute logique, les nostalgiques devraient se féliciter
d'une telle survivance : la France demeure ancrée dans son
passé chrétien, et si l'on s'affaire dans les magasins pendant l'avent,
c'est tout de même pour choyer ses proches ; c'est autre chose
que la frénésie des soldes ! Qu'importe aux yeux des nouveaux
croisés, jaloux de leur monopole, oublieux peut-être des enseignements
de leur propre religion : ils ne sauraient tolérer que le
profane cohabite avec le sacré.
Aussi dressent-ils le Père Noël contre
Leur-Seigneur-Jésus-Christ-agneau-de-Dieu, affublant le vieillard
ingénu de défauts insoupçonnés : il serait
l'« allégorie sublime de la goinfrerie consumériste, de la
pseudo-égalité destructrice [et] de l'iniquité démocratique
libérale ». Sans doute était-il trop convenu d'y voir un
symbole de l'amour filial... Son innocence l'a rendu consensuel. Une
tare inexcusable : ignorant ses aïeux chrétiens, ses
détracteurs le dénigrent avant tout par snobisme.
Cette posture infantile nous aurait arraché un sourire si elle n'avait pas été
teintée d'un si virulent sectarisme. Lequel met en cause nos valeurs, mais aussi
la "concorde sociale"... Politique d'abord, merde !
Publié dans Obscurantisme | 2 Commentaires
17 décembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
L'institution de la "parité" dans les conseils
d'administration est un vieux serpent de mer. Forte d'un soutien
inédit, une nouvelle proposition de loi plébiscitant les quotas a été
déposée à l'Assemblée nationale.
Les conseils d'administration des cinq cents premières
entreprises françaises compteraient 8 % de femmes. Situation
inacceptable aux yeux des élites féministes. Le mois dernier, le
ministre du Travail Xavier Darcos s'était autorisé à « poser
la question des quotas ». Dans la foulée, une proposition de
loi a été déposée à l'Assemblée nationale le 3 décembre afin
d'instituer en cinq ans la composition à parité des conseils
d'administration des sociétés cotées. Les entreprises récalcitrantes
s'exposeraient à des difficultés administratives, mais non à des
sanctions financières – à moins qu'un amendement soit adopté en ce sens.
Récidives
En 2006, déjà, le Parlement avait exigé que la proportion de
représentants de chaque sexe ne dépasse pas 80 %. Il s'était
heurté à l'opposition du Conseil constitutionnel, selon lequel on
« ne saurait [...] faire prévaloir la considération du sexe
sur celle des capacités et de l'utilité commune ». Mais la
Constitution a depuis été révisée, stipulant désormais que
« la loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes [...]
aux responsabilités professionnelles et sociales ».
Tandis que la crainte d'une nouvelle censure semble écartée,
« un consensus se dégage aujourd'hui sur la nécessité d'agir
de façon contraignante », observe Marie-Jo Zimmermann, le
président de la délégation de l'Assemblée nationale aux Droits des
femmes. En mars dernier, avec seize autres députés, elle avait proposé,
en vain, de fixer des quotas à 40 %. Quelques mois plus tard,
plus d'une centaine de collègues lui apportent leur soutien. Parmi les
signataires figurent Jean-François Copé, le président du groupe UMP à
l'Assemblée, mais aussi Hervé Gaymard, que l'on imaginait plus
réactionnaire.
« Sensibiliser »
« La loi ne peut tout résoudre »,
reconnaissent les auteurs de cette proposition, « mais elle
peut induire un changement dans les mentalités et les pratiques. [...]
On peut espérer que des conseils d'administration exemplaires
insuffleront une nouvelle sensibilité face aux questions d'égalité
salariale ou d'accès à la formation et que notre modèle social et
culturel permettra aux femmes de mieux concilier leur vie
personnelle et leur vie professionnelle. »
Mme Zimmermann affirme « la nécessité d'une action
volontariste ». Elle ne croit pas si bien dire : aux
antipodes de l'empirisme, sa démarche vise, au fond, à réorganiser la
cité non pas selon ses exigences intrinsèques – en tirant des
conséquences sociales de la différence des sexes –, mais au regard
d'une idéologie.
Dans cette perspective, la priorité sera donnée à la lutte
contre les "stéréotypes". Un "groupe d'experts" de la Commission
européenne présente les pistes à suivre : « La
plupart des pays ayant les plus longues traditions en matière de
politiques de déségrégation [sic] – Danemark, Allemagne, Finlande,
Islande et Pays-Bas – montrent la volonté d'affronter la ségrégation à
un stade précoce de la vie en investissant dans des "événements
motivationnels" ou dans des programmes éducatifs conçus pour encourager
de façon positive les choix "atypiques" parmi les jeunes filles et
garçons, et de promouvoir de nouveaux modèles à imiter. [...] Un bon
exemple est celui des campagnes d'information parallèles intitulées Girls'
Day (journée des filles) et New Pathways for boys
(nouveaux parcours pour les garçons) en Allemagne. »
Ces velléités idéologiques se parent d'un alibi économique
dont les outrances tempèrent la crédibilité : « dans
un scénario optimal » échafaudé par la Commission européenne, « le
comblement de l'écart des taux d'emploi pourrait entraîner une hausse
du PIB de 15 % à 45 % en Europe » ;
rien de moins ! Quant à Xavier Darcos, il se montre
alarmiste : « La France ne peut se permettre de voir
son potentiel féminin quitter le pays, parce que nous n'aurons pas
agi. »
Équilibre
Selon le ministre, « il est clair que notre société,
pour son propre développement et propre équilibre, doit parvenir à
faire aboutir positivement ce sujet ». Tel n'est pas l'avis
d'Éric Zemmour, accusé de « justifier
l'injustifiable » dans un documentaire sorti en salles le
25 novembre. Le polémiste, qui juge sa pensée caricaturée, a
exigé par huissier l'arrêt d'exploitation du film. Fustigeant
« une époque de mixité totalitaire, castratrice », il
observe que « les mères célibataires n'ont jamais été aussi
nombreuses ; jamais aussi pauvres » et craint, à
terme, « des tsunamis politiques et sociaux »
provoqués par les transformations familiales. Il rappelle en outre
l'originalité de la tradition française :
« François Ier fut le premier roi d'Occident qui
accepta les femmes à sa cour. L'amour courtois fut inventé dans le
Sud-Ouest de la France. Les salons du XVIIIe siècle, tenus par
des femmes, furent une exclusivité française. » En plein débat
sur l'identité nationale, il était opportun de souligner « cet
équilibre subtil entre virilité dominante et féminité
influente » inventé par la France (1).
(1) Éric Zemmour : Le Premier Sexe ;
J'ai lu, 122 p., 4,80 euros.
Publié dans Féminisme & Genre, France | Pas de commentaires
16 décembre 2009
Le Premier ministre a prononcé un discours sur l'identité
nationale. Morceaux choisis.
Voilà qui tranche avec le "droit-de-l'hommisme " que
l'on croyait de mise : intervenant
dans le débat sur l'"identité nationale" le 4 décembre,
le Premier ministre a souligné le poids de l'histoire :
« être français, c'est d'abord appartenir à un très vieux pays
d'enracinement », a-t-il déclaré. « C'est habiter une
fresque historique où tout s'enchaîne : le Moyen Âge chrétien,
la Renaissance humaniste, la monarchie absolue, la Révolution citoyenne
[sic], l'Empire triomphant, les républiques progressistes... »
En conséquence, affirme François Fillon, si « la France est
laïque », elle « est tout naturellement traversée par
un vieil héritage chrétien qui ne saurait être ignoré par les autres
religions installées plus récemment sur notre sol ».
Entres autres personnalités citées au cours du discours figure
un historien d'Action française : « Bainville disait
que ce qui était remarquable chez Jeanne d'Arc, ce n'était pas d'avoir
délivré Orléans, mais d'avoir reconnu le dauphin et d'être tombée à
genoux devant lui. Je crois effectivement que l'identité française se
reconnaît à ce dialogue de l'orgueil et de l'abnégation, à cette
alternance entre les guerres intestines et les élans d'unité, à ce
tiraillement bien français, et finalement fécond, entre la passion du
"je" et la nécessité du "nous". »
« Nous sommes les héritiers d'une histoire
exceptionnelle dont nous n'avons pas à rougir. », proclame le
chef du gouvernement. « Est-ce qu'il faut négliger, [...]
balayer tout cela ? Et au profit de quoi ? [...] D'une Europe encore,
malgré les efforts qui sont faits, souvent plus technocratique que
politique ? [...] Vous savez que je n'ai jamais été de ceux qui pensent
que le temps des nations est révolu. [...] L'Europe politique que nous
voulons, c'est l'Europe des nations qui ont la volonté de se placer au
service d'un dessein collectif. Sans nations fortes, nous sommes
convaincus qu'il ne peut y avoir d'Europe forte ! »
Propos de bon sens, sur lesquels les souverainistes devraient
méditer au lieu de crier au délire schizophrénique. Selon François
Fillon, ce débat censé « raffermir nos repères historiques,
civiques et moraux » se justifie par la nécessité de revigorer
« l'énergie nationale » permettant à la France
« de tenir son rang dans la mondialisation ».
D'autres préfèrent la fuir. Pour cette raison, ils revendiquent
l'exclusivité du patriotisme. Reprenant les mots du Premier ministre,
nous leur rétorquerons que si « notre nation c'est notre
protection », c'est aussi « notre tremplin ».
Publié dans France, Idées, Souverainisme | Pas de commentaires
3 décembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
Le gouvernement et les parlementaires de la majorité
promeuvent le développement de la finance islamique sur la place de
Paris. Aperçu des enjeux économiques et sociaux.
Le mois dernier, Bercy accueillit un colloque présentant les
« opportunités pour les entreprises françaises »
offertes par la finance islamique. Christine Lagarde a confirmé qu'elle
menait un « combat » en faveur de son développement
sur le territoire national. Par ce biais, le ministre de l'Économie
entend renforcer l'attractivité de la place de Paris et capter des
liquidités au volume croissant, issues de rentes pétrolières et
gazières.
Cinq principes
La finance islamique recouvre les activités censées respecter
les prescriptions du Coran. Elle repose sur cinq principes :
interdiction de l'intérêt versé selon le seul écoulement du
temps ; prohibition de la spéculation et de
l'incertitude ; exclusion des secteurs haram
(vente d'armes, d'alcool ou de porc, pornographie) ; partage
des profits et des pertes ; adossement à des actifs tangibles.
Des exigences mises en valeur par la Crise... Évalué à
700 milliards de dollars, ce marché devrait représenter
1 000 milliards d'euros à l'horizon 2020, selon Elyès
Jouini et Olivier Pastré, auteurs d'un rapport pour Paris Europlace.
« Soit [...] l'équivalent du tiers des fonds propres de
l'ensemble des banques mondiales en 2007 ou l'équivalent de la moitié
de la capitalisation boursière de la place financière de Paris
aujourd'hui. »
Les banques françaises n'ont pas manqué d'investir ce marché.
BNP-Paribas s'y emploie depuis les années quatre-vingt, principalement
dans le Golfe persique et en Asie du Sud-Est. Depuis 2003, le groupe
s'appuie sur une filiale basée à Bahrein. « Cette entité est
soumise aux mêmes contraintes et dispositions légales que BNP-Paribas,
notamment en matière de connaissance des clients, de lutte contre le
blanchiment d'argent, etc. Néanmoins, [...] elle dispose d'un comité de
charia composé de docteurs en théologie [...] chargés d'approuver
toutes les opérations mises en place », expliqua Maya
Boureghda lors d'une table ronde organisée au Sénat au printemps 2008.
Immigrations
Sur le territoire européen, le Royaume-Uni fait figure de
pionnier. Par rapport à lui, « la France a pris beaucoup de
retard dans le développement de son industrie financière
islamique », observe Zoubeir Ben Terdeyet, directeur
d'Isla-Invest. Peut-être parce que « en Grande-Bretagne, les
populations musulmanes sont constituées surtout de personnes
originaires du Pakistan, de l'Inde et du Golfe persique, soit des
régions où les banques islamiques sont très présentes. En France, en
revanche, la communauté musulmane est composée, en majorité, de gens
issus d'Afrique du Nord où la finance islamique est assez
inexistante. » Jean Arthuis, qui préside la commission des
Finances de la chambre haute, déplore l'« inertie
nationale », tout en martelant que peu d'aménagements légaux
seraient nécessaires pour y remédier. D'ailleurs, l'Autorité des
marchés financiers a déjà approuvé des OPCVM (organismes de placement
collectif en valeurs mobilières) compatibles avec la charia.
Outre-Rhin, le land de Saxe a émis une obligation islamique
– ou sukuk – qui lui a rapporté 100 millions
d'euros.
Un exemple à suivre ? Probablement aux yeux du
sénateur UMP Philippe Marini, auteur d'un amendement à la proposition
de loi « tendant à favoriser l'accès au crédit des petites et
moyennes entreprises ». Adopté définitivement par le
Parlement, après avis favorable du gouvernement, son texte prévoyait la
modification du Code civil sur la fiducie (transfert temporaire de
propriété), afin que le détenteur de sukuk
puisse se prévaloir d'un
droit de propriété des actifs supports. Saisi par l'opposition, le
Conseil constitutionnel a censuré cet amendement le 14 octobre
dernier, pour un motif de forme. Scandalisé, le député PS Henri
Emmanuelli avait dénoncé une atteinte à la laïcité par
« l'introduction de la charia dans le droit
français ». Une accusation récusée par sa collègue UMP Chantal
Brunéi : « Nous n'ajoutons ici qu'un instrument
d'investissement supplémentaire dans la boîte à outils – un parmi
beaucoup d'autres, et que personne n'est obligé
d'utiliser ! »
Communautarisme
Sans doute eût-il été plus opportun d'agiter l'épouvantail du
communautarisme. L'année dernière, Jean Arthuis avait regretté que
« la réflexion présentement engagée soit essentiellement
tournée vers la banque d'investissement et de financement au détriment
de la banque de détail ». La demande des particuliers
n'apparaît pas manifeste, mais Zoubeir Ben Terdeyet veut croire en son
émergence : « Lorsque la viande halal est apparue en France, presque personne n'en achetait. [...]
Beaucoup de musulmans qui ne consommaient
pas de viande halal,
par effet de mimétisme, font maintenant comme
leurs voisins en s'en procurant. Le même phénomène pourrait avoir lieu
concernant les produits de finance islamique. » Leur
développement s'accompagnerait d'un « effet
intégrateur potentiel » selon Jean Arthuis ; ce
serait un signal positif envoyé à la communauté musulmane nationale,
une sorte de reconnaissance.... Dans le débat qui anime la rédaction de
L'Action Française 2000 et qui oppose, plus ou moins,
les partisans de l'assimilation à ceux de l'intégration communautaire,
l'ancien ministre de l'Économie soutiendrait vraisemblablement les
seconds.
Publié dans France, Islam | Pas de commentaires
3 décembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
Les commentaires vont bon train depuis la désignation du
premier président "stable" du Conseil européen. On en fait volontiers
le président « de l'Union européenne ». Un simple
abus de langage ?
Les Vingt-Sept se sont accordés pour désigner le Belge Herman
Van Rompuy à la tête du Conseil européen. « Cela s'est passé
relativement facilement, en tout cas rapidement », selon le
témoignage du président de la République. Rappelons que le Conseil
européen réunit les chefs d'État ou de gouvernement des États membres
de l'UE. Selon les traités, il « donne à l'Union les
impulsions nécessaires à son développement et en définit les
orientations et les priorités politiques générales ». Il en
est devenu une institution à part entière avec l'entrée en vigueur du
traité de Lisbonne le 1er décembre. Cette consécration nourrit
d'ailleurs quelque inquiétude en l'exposant au contrôle de la Cour de
Justice de Luxembourg.
Quels pouvoirs ?
Évoquant le Premier ministre belge sortant, nombre de nos
confrères se sont empressés d'en faire le président non pas du Conseil
européen, mais de « l'Union européenne » tout
entière. C'est méconnaître ses responsabilités. Officiellement, il
« préside et anime les travaux du Conseil européen ;
assure la préparation et la continuité des travaux du Conseil européen
en coopération avec le président de la Commission, et sur la base des
travaux du Conseil des Affaires générales ; œuvre pour
faciliter la cohésion et le consensus au sein du Conseil
européen ; présente au Parlement européen un rapport à la
suite de chacune des réunions du Conseil européen ».
Le 12 novembre, Herman Van Rompuy se serait paraît-il
prononcé « lors de la réunion du groupe Bilderberg, à
Bruxelles, pour un fédéralisme européen sur le modèle de celui des
États-Unis » ; il aurait « plaidé en faveur
d'un financement direct du budget européen par l'impôt, en l'occurrence
une taxe environnementale » (Coulisses de Bruxelles,
29/11/2009). Tout juste désigné à la tête du Conseil européen, il a
prononcé une déclaration bien plus consensuelle :
« Je veillerai à respecter les sensibilités et les intérêts de
tout un chacun. [...] Chaque pays a son histoire, sa culture et sa
façon de faire. Sans respect pour notre diversité, nous ne
constituerons jamais notre unité. Ce principe sera toujours présent
dans mon esprit. »
Son influence dépendra de l'habileté avec laquelle il
dessinera les contours de sa fonction. Mais il ne saurait convoiter un
pouvoir exécutif. « Il ne s'agissait pas d'élire George
Washington à la tête des États-Unis d'Amérique », proclame
Pierre Lellouche, le secrétaire d'État en charge des Affaires
européennes : « Son rôle sera non pas de faire de la
représentation et de donner des conférences de presse, mais d'être
capable de poser les bonnes questions au Conseil européen, puis, une
fois qu'un accord aura été dégagé, d'en assurer le suivi. »
Jacques Delors balaie lui aussi les utopies giscardiennes :
« Il n'a jamais été question [...] d'avoir une personne qui
serait président de l'Europe, les États ne l'auraient pas supporté.
[...] Au bout de six mois, les tensions entre les différentes
institutions auraient été telles que tout aurait été
paralysé. » (Le Monde, 30/11/2009)
Un vrai ministre
Haut Représentant pour les Affaires étrangères et la Politique
de sécurité, la Britannique Catherine Ashton est quant à elle promue
« ministre des Affaires étrangères » par certains
journalistes, qui empruntent l'expression au défunt traité établissant
une constitution pour l'Europe. Ce titre apparaît moins usurpé que le
précédent : Mme Ashton présidera le Conseil des
ministres des Affaires étrangères ; elle s'appuiera à terme
sur le Service européen pour l'Action extérieure qu'il lui appartient
de mettre en place. Aussi Paul-Marie Coûteaux annonce-t-il d'ores et
déjà la « suppression » des ambassades nationales.
Avant d'en arriver là, l'UE devra unifier son embryon de diplomatie,
scindée entre ses piliers communautaire et intergouvernementaux. À
titre d'exemple, elle a entrepris il y a seulement quelques mois
d'unifier sa représentation en Afghanistan, où le délégué du Conseil
cohabitait avec celui de la Commission ; ainsi, bien sûr, qu'avec les
représentants des États membres maintenus à leur poste.
Cristal opaque
La nationalité du Haut Représentant pourrait en outre tempérer
l'inquiétude des souverainistes. « C'est assez intéressant de
prendre [...] une femme qui vient d'un pays qui a parfois plus de
difficultés avec l'Europe », souligne Nicolas Sarkozy. Sans
doute sera-t-elle confrontée à quelques tiraillements. Parmi les
premiers dossiers qu'elle aura à traiter figure ainsi le déploiement,
en Ouganda, d'un dispositif européen de formation des soldats
somaliens ; une opération dont les préparatifs sont accueillis
avec réticence par le Royaume-Uni.
Les approximations sémantiques observées dans la presse
s'expliquent par des motifs idéologiques. Elles illustrent également ce
travers par lequel des schémas institutionnels nationaux sont calqués
sur la réalité européenne, où ils s'avèrent inopérants. La mise en
œuvre du traité de Lisbonne rendra-t-elle le fonctionnement de l'UE
plus intelligible aux yeux des profanes ? La présidence de la
Commission n'est pas subordonnée à celle du Conseil européen, et celle,
tournante, du Conseil des ministres est maintenue... Tandis qu'on lui
demandait quel était désormais le visage de l'"Europe", le président de
la République lâcha cet aveu : « Tout n'est pas d'une
pureté de cristal. »
Publié dans Europe | Pas de commentaires