Chronique enregistrée pour RFR le
vendredi 17 juin 2011.
À l'approche de l'élection présidentielle, c'était hélas
prévisible, le quinquennat part en quenouille. Je sais que tous les
royalistes ne sont pas sensibles aux nuances de la politique
républicaine. Cela dit, il y encore quelques mois, avec un peu
d'efforts, certes, on pouvait deviner un cap. En matière de politique
extérieure et de défense, par exemple, le président de la République
semblait décidé à rompre avec l'anti-américanisme de façade. Pourtant,
en novembre dernier, il a nommé un néo-gaulliste à l'Hôtel de Brienne,
avant de l'envoyer au Quai dOrsay.
C'est dans le domaine de la fiscalité que l'inconséquence
apparaît tout particulièrement patente. Philippe Mabille l'a souligné
dans La Tribune le mois dernier : « Le
quinquennat a commencé sur la valeur travail, le bouclier fiscal et
l'affirmation d'une fiscalité récompensant le mérite, l'effort et la
réussite. » Dorénavant, la majorité envisage une taxation
supplémentaire des hauts revenus, tandis que Xavier Bertrand propose
d'encadrer des rémunérations jugées
« extravagantes ». « Jamais la fiscalité
française n'a connu, sous un même gouvernement qui plus est, une telle
instabilité et un tel manque de cohérence stratégique »,
poursuit notre confrère.
Selon lui, « le projet de contribution sur les très
hauts revenus [...] est perçu comme un très mauvais signal par tous les
créateurs d'entreprise et tous les cadres supérieurs internationaux.
Nous sommes là, on l'a déjà vu avec les artistes (Johnny n'est jamais
revenu) et les joueurs de football, dans le cœur du réacteur de la
mondialisation : que cela plaise ou non, il y a une "élite"
française, très mobile, très réactive sur la question des impôts, qui
est prête à préférer l'exil plutôt que d'accepter de se voir tondre par
un pays que beaucoup considèrent comme foutu. Et voir même Nicolas
Sarkozy, celui en qui ils avaient placé en 2007 tous leurs espoirs de
rupture, céder, pour des raisons purement électoralistes, aux
tentations démagogiques, pour ne pas dire "gauchistes" de l'opinion
médiatique, les rend encore plus furieux... et inquiets, alors que la
perspective d'un nouveau tour de vis fiscal se précise pour
l'après-2012. » Fin de citation.
Le rétropédalage s'avère pire que l'immobilisme, en cela qu'il
sape la crédibilité du politique et participe d'un climat d'instabilité
peu propice à la croissance. La CGPME a identifié quarante priorités à
présenter au gouvernement. Quelle est la première d'entre elles, aux
yeux de son président Jean-François Roubaud ? « Ne pas changer
en permanence les règles du jeu. » C'est la réponse qu'il a
donnée aux Échos dans un entretien publié jeudi
dernier. À tort ou ou à raison, la fiscalité française est jugée peu
attractive par les chefs d'entreprise européens. La France arrive même
en queue du classement réalisé par Ipsos pour la Chambre de commerce et
d'industrie de Paris. La confusion entretenue par le gouvernement ne
contribuera pas à redorer cette image.
En revanche, peut-être cela fera-t-il évoluer celle du chef de
l'État, passant du président "bling-bling" à celui du pouvoir d'achat.
Cela nous ramène à cette mesure aberrante censée indexer une prime
salariale sur l'évolution des dividendes versés aux actionnaires. En
s'attaquant aux dividendes – à ne pas confondre avec les bénéfices ! –
l'exécutif prend le risque de dissuader les entreprises d'actionner un
levier propice à la fidélisation des actionnaires. Le capital étant
rendu plus volatil, il se trouvera d'autant plus facilement livré aux
spéculateurs. Des spéculateurs tout récemment érigés par Nicolas
Sarkozy en ennemis jurés ! Bonjour la cohérence.
Mardi dernier, lors d'une conférence sur les matières
premières, le président de la République a tacle un José Manuel Barroso
jugé trop timoré. Le président de la Commission européenne a pourtant
posé de bonnes questions. « Une meilleure régulation est sans
aucun doute nécessaire », a-t-il déclaré. « Mais dans
quelle mesure faut-il plus ou moins de
régulation ? », s'est-il demandé. « Comment
s'assurer que la régulation permette effectivement le bon
fonctionnement des marchés, avec suffisamment de liquidités, la
transparence nécessaire pour un mécanisme de formation des prix
efficace, une allocation optimale des risques et, en bon français, un
"level playing field" afin que les participants ne soient pas tentés
d'aller vers des zones moins régulées du marché ? »
Peut-être faudrait-il songer à tirer quelque enseignements de
la crise. Le président de la République flatte l'opinion en agitant la
régulation à tout va. Encore faut-il l'appliquer à bon escient. On en
mesure la perversité potentielle, par exemple, avec les mécanismes
pro-cycliques à l'œuvre dans la crise des dettes souveraines. En effet,
l'influence excessive des agences de notation résulte directement des
règles édictées par les gouvernements. Reste qu'un consensus
transpartisan semble le taire. Alors que le "politique d'abord" demeure
d'actualité, son ignorance s'annonce comme un biais majeur des débats
de la campagne présidentielle.
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En route pour 2012, l'UMP se penche « sur la place
des femmes dans la société ». Inspirées par une idéologie
grotesque, ses propositions nourrissent une inquiétude grandissante,
tant la folie semble gagner les élites politiques.
À l'approche des élections de 2012, l'UMP s'est fixé
« un rendez-vous avec la modernité ».
« Depuis 2007 », affirme-t-elle, « le
gouvernement et les parlementaires de la majorité [...] ont été très
actifs pour défendre et promouvoir l'égalité entre les
sexes ». Sans doute cela n'aura-t-il pas suffi aux yeux de
Jean-François Copé, chantre notoire de la parité, dont le parti verse
délibérément dans la surenchère féministe.
En témoignent les
vingt-six propositions présentées lundi dernier (20 juin
2011) « pour arriver enfin à l"égalité ». On y relève
quelque écho au
récent rapport de l'IGAS sur « sur l'égal accès des
femmes et des hommes aux responsabilités familiales dans le monde du
travail ». En effet, selon l'UMP, « les femmes
pourront pleinement investir le marché du travail quand notre vision de
la parentalité aura évolué ». Autrement dit,
« l'entreprise ne doit plus voir en ses salariés simplement
des femmes et des hommes mais plutôt une majorité de mères et de pères
[...], tous également susceptibles [...] de prendre un congé
parental ».
On nous annonce une profusion de quotas. Afin, par exemple,
d'« obliger les administrations à employer 40 % de cadres
supérieurs de l'un ou de l'autre sexe d'ici 2015 ». L'UMP
envisage même d'ériger la parité en obligation constitutionnelle !
Affichant la volonté de « changer inexorablement les
mentalités », elle appelle, sans surprise, à lutter contre les
« stéréotypes », accusés de « contrarier les
talents et le potentiel de chacune et chacun ». Comme si les
personnalités se construisaient sans référence à aucun repère social...
Et de pointer les médias, coupables de mettre en scène « un
monde binaire, voire archaïque » – rien de moins !
Faudra-t-il interdire d'antenne les femmes racontant leur grossesse
avec enthousiasme ? Dans un premier temps, c'est la publicité
qu'il conviendrait de mettre sous surveillance, avec « un
examen systématique » des campagnes d'affichage.
La proposition la plus effarante vise à « introduire,
dès la maternelle, des séances consacrées à la mixité et au respect
hommes-femmes ». Avec, pour objectif explicite,
« d'amener les enfants à se sentir autorisés à adopter des
conduites non stéréotypées ». Autrement dit, à s'émanciper de
leur identité sexuelle – de leur nature même ! On nage en
plein délire.
16 juin 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Un rapport officiel promeut l'égalité dans les ménages, avec,
pour mesure phare, l'incitation des pères à profiter d'un "congé
d'accueil de l'enfant".
En janvier dernier, Mme Roselyne Bachelot, ministre
des Solidarités et de la Cohésion sociale, avait confié à l'Inspection
générale des Affaires sociales (IGAS) une mission « sur l'égal
accès des femmes et des hommes aux responsabilités familiales dans le
monde du travail ». Celle-ci vient de lui remettre son
rapport, établi par Brigitte Grésy, qui avait signé, il y a deux ans,
un « manuel de résistance » contre le
« sexisme ordinaire », selon les termes de son
éditeur. Cela plante le décor.
Mme Grésy observe que les hommes et les femmes
« font l'objet, depuis l'enfance, d'assignations différentes
en matière de rôles parentaux ». Lesquelles susciteraient,
pour chaque sexe, « enfermement et résistances ». Et
de citer les appellations "heure des mamans", "école maternelle",
"assistantes maternelles", accusées d'assigner les femmes à la petite
enfance. Or, prévient le rapporteur, « l'égalité
professionnelle entre les femmes et les hommes, et, dans son sillage,
l'égalité sociale, ne peut être atteinte tant qu'il y aura inégal
partage des responsabilités domestiques et familiales ». Dans
ces conditions, « un effort sans précédent » devrait
être porté « sur tous les lieux de production et reproduction
des stéréotypes sexués, que ce soit les lieux d'accueil collectifs de
la petite enfance, l'école ou encore les médias ».
Mme Grésy se fait l'apôtre d'une double
émancipation : « émancipation de la sphère privée
pour les femmes », mais aussi « émancipation de la
sphère publique pour les hommes ». En conséquence, elle
formule vingt-cinq propositions, à commencer par la création d'un
« congé d'accueil de l'enfant ». S'ajoutant au congé
de maternité de douze semaines, il comprendrait huit semaines
« à partager également entre les deux parents, non
transférables, devant être pris à la suite du congé de maternité, avec
un bonus d'une semaine, en cas de prise intégrale de son congé par le
père, à prendre indifféremment entre les deux parents jusqu'au un an de
l'enfant ». « Pour mieux associer les pères au
déroulement de la grossesse de leur conjointe », il est
proposé également « de leur ouvrir le droit de l'accompagner,
lors des examens médicaux obligatoires ».
« Jouer sur les congés pour les pères est un élément
central, en effet, de ce changement de paradigme » appelé par
Mme Grésy. « Des études montrent ainsi que la prise
de congés par les pères, à la naissance, dans les pays du Nord de
l'Europe, a un impact fort, par la suite, sur la redéfinition et la
redistribution des tâches domestiques et parentales. » Ce
faisant, s'agit-il de répondre aux aspirations des femmes ?
Bien qu'elle fustige « une injustice ménagère »,
Mme Grésy constate que celle-ci n'est pas « ressentie
comme telle ». D'ailleurs, souligne-t-elle, le partage des
tâches « souhaité dans le dire des femmes [...] est pourtant
fragilisé par la toute-puissance de la compétence
maternelle ». Et d'évoquer « la bataille autour de
l'allaitement maternel et l'assignation, parfois abusive, faite aux
jeunes mères de s'y conformer » qui « renforce ce
lien d'exclusivité ». S'agit-il alors de répondre aux besoins
des enfants ? Pas vraiment. « Les analyses sont, ici,
délicates, non seulement parce qu'elles relèvent de champs variés des
sciences humaines mais aussi parce que la valorisation du rôle du père
auprès des enfants, aux côtés de la mère, risque de porter en elle une
vision normative et ne saurait délégitimer d'autres formes d'éducation
parentale. » Manifestement, ce rapport promeut
l'instrumentalisation des mesures sociales en vue de remodeler les
mœurs familiales suivant les canons d'une idéologie égalitariste. Le
rapporteur pose « la question d'une immixtion peut-être trop
importante de l'entreprise dans la vie privée des individus ».
Sans doute devrait-il s'interroger sur celle des pouvoirs publics.
S'ils suivaient ses recommandations, ceux-ci
parviendraient-ils au résultat escompté ? L'IGAS nous fournit
quelques indices qui permettent d'en douter. La répartition du travail
ménager serait caractérisée par « une remarquable stabilité en
termes d'investissement temporel ». En outre, « dans
les couples où les pères sont au foyer, les femmes qui occupent le rôle
de pourvoyeuse de revenu n'abandonnent pas la responsabilité et la
charge mentale relatives à la vie domestique et continuent en réalité
de gérer une multiplicité de contraintes familiales et professionnelles
[...] et les clivages traditionnels persistent ». Comme
l'observe Mme Grésy, « l'entrée de la petite enfance
dans la culture de la paternité est très récente à l'échelle de
l'histoire et fait partie des bouleversements qui modifient les
représentations les plus profondes ». Raison pour laquelle on
préférera s'en remettre, plutôt qu'au volontarisme idéologique, à la
sagesse de l'empirisme organisateur.
16 juin 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Le nucléaire pourrait s'inviter au cœur de la campagne
présidentielle. Or, la politique énergétique suppose des arbitrages
difficiles. D'autant qu'il faut compter avec l'émotion et le "principe
de précaution".
La Suisse et l'Allemagne avaient ouvert la voie ;
l'Italie les a suivies : à l'occasion d'un référendum organisé
les 12 et 13 juin, elle a exclu de revenir au nucléaire civil,
à la faveur de 94 % des voix. Ce résultat, typique d'une
république soviétique, souligne combien les démocraties occidentales
sont sensibles à l'émotion – sinon soumises à sa dictature.
Pas de moratoire
En France, la catastrophe de Fukushima a ravivé la défiance à
l'égard de l'atome, quoique celle-ci demeure bien moindre que chez nos
voisins. Pour Nicolas Sarkozy, c'est l'occasion de revêtir ses nouveaux
habits d'homme d'État : « Nous sommes les héritiers
d'une histoire qui ne nous appartient pas », a-t-il déclaré le
mardi 7 juin. « Je n'ai pas été élu pour détruire une
filière industrielle qui crée de l'emploi, de la compétitivité et de
l'indépendance énergétique. Il est extrêmement important d'avoir du
sang-froid en toute chose. » (Les Échos,
08/06/2011)
De fait, aucun moratoire ne devrait interrompre la
construction de deux EPR dans l'Hexagone. Anne Lauvergeon, le P-DG
d'Areva, affiche un optimisme mesuré : « les projets
de réacteurs nucléaires en cours d'examen seront retardés de six à neuf
mois environ », a-t-elle prévenu (BFM Business,
30/05/2011). À moyen terme, peut-être son groupe profitera-t-il
d'exigences de sécurité renforcées de part le monde. Paris milite de
longue date en ce sens. Il l'a confirmé le 7 juin, en
accueillant, dans la foulée du G8 de Deauville, un séminaire
ministériel sur la sûreté nucléaire, où trente-trois pays étaient
représentés. On parle, notamment, de développer les revues périodiques
par les pairs. Étant donné les difficultés rencontrées par les
Européens pour s'accorder sur des "tests de résistance", peut-être ce
projet réclamera-t-il quelque habileté diplomatique pour être mis en
œuvre.
Modèle français
Dominique Louis, président du directoire d'Assystem France,
soutient que l'industrie « doit s'appuyer sur une autorité de
sûreté nucléaire très forte, sur le modèle français ou américain, ainsi
que sur un nombre limité d'opérateurs nucléaires pérennes et
transparents » (Les Échos,
24/05/2011). Il établit une comparaison saisissante : «
En France, les cinquante-huit réacteurs sont opérés par un
seul exploitant – EDF – autour de procédures de sécurité communes et
partagées par l'ensemble des centrales. Un incident sur un réacteur
fera l'objet d'une procédure de sécurité sur l'ensemble des autres
réacteurs du même type. Le Japon, pour cinquante-quatre réacteurs,
dénombre pas moins de onze exploitants, disposant chacun de ses propres
procédures. [...] Par ailleurs, les récentes annonces de Tepco nous
permettent de sérieusement douter de la solidité capitalistique, de la
gouvernance et de la pérennité industrielle des opérateurs nucléaires
japonais. Ces difficultés structurelles se reflètent dans la
disponibilité du parc nucléaire japonais. Depuis 1998, elle a
constamment chuté jusqu'à atteindre en 2009 moins de 60 % du
potentiel de production, à comparer à une disponibilité supérieure à
75 % en France et 80 % aux États-Unis ou en
Allemagne. »
Avant d'être submergée par un raz-de-marée, la centrale de
Fukushima-Daiichi a résisté à un séisme d'une magnitude exceptionnelle.
Cela ne manquera pas de nourrir la confiance des plus optimistes. Mais
nul ne peut assurer avec une absolue certitude qu'aucune catastrophe
nucléaire ne surviendra jamais en France. Reste à en évaluer le risque
et les conséquences potentielles, puis à les mettre en perspective.
Berlin aurait abandonné l'atome en marge de toute concertation
européenne. Quoique sa décision soit vraisemblablement dictée par un
calcul électoral, cette désinvolture peut sembler significative d'une
matière où les arbitrages apparaissent authentiquement politiques.
Le social s'en mêle
L'expertise et la technocratie ne sauraient suffire quand sont
en jeu, tout à la fois, l'indépendance du pays, la santé de ses
habitants, la compétitivité de son économie. Aux méfaits potentiels des
radiations, il convient de confronter les conséquences avérées de la
pollution atmosphérique ; au risque de mettre en friche un
territoire sinistré, on opposera la crainte de fragiliser l'emploi...
« Depuis le début du débat sur la sortie rapide du nucléaire,
le prix du kilowatt-heure à la bourse de l'électricité a augmenté de
10 % et celui des certificats d'émissions de CO2 de
2 euros la tonne », souligne Utz Tillmann, directeur
de la fédération allemande de la chimie (Les Échos,
31/05/2011). « Notre industrie ne peut répercuter ces hausses
sur ses produits », a-t-il prévenu. « À terme, si
notre politique d'innovation ne peut déboucher sur la mise sur le
marché de produits à des prix concurrentiels, l'industrie devra se
poser la question de rester ou non sur le sol allemand. »
Reste que le nucléaire suscite un effroi tout
particulier. Parce qu'il touche à l'intimité de la matière,
que ses méfaits s'enracinent durablement dans l'environnement, qu'il
suscite un danger invisible... Agitant à tout va le principe de
précaution, la société feint de croire qu'elle va bannir le risque.
Tout au plus le rendra-t-elle plus diffus. Quitte à restreindre les
marges de manœuvre du politique.
3 juin 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Tous les mois, une pluie de remontrances en provenance de
Bruxelles s'abat sur les États membres de l'UE. Parmi les communiqués
diffusés le 19 mai par la Commission européenne, six
concernaient la France.
Ainsi Paris est-il suspecté de ne pas avoir transposé une
directive portant sur la gestion des déchets. Ou de mettre en œuvre des
projets d'infrastructures sans procéder aux évaluations nécessaires
portant sur la sécurité routière. Il négligerait par ailleurs la
qualité de l'air, alors que le taux de particules en suspension
dépasserait les valeurs limites dans seize zones du territoire
national. Bruxelles pointe également les cagoules des sapeurs-pompiers,
pour lesquelles Paris exige des conditions de sécurité étrangères aux
dispositions communautaire – au risque d'« entraîner une
distorsion sur le marché intérieur ». En outre, il est
reproché à la France de restreindre l'accès à son marché du lait de
brebis, du lait de chèvre et de leurs produits dérivés, et d'invoquer à
cet effet un prétexte fallacieux, la crainte de la tremblante
(l'équivalent, chez les ovins et les caprins, de la "maladie de la
vache folle") étant jugée déplacée.
Fiscalité et "libre circulation"
La fiscalité n'est pas en reste. Elle se heurte, à nouveau, au
principe de "libre circulation", dont on sait que l'acception
européenne est très large. En cause : le code général des
impôts, affectant d'une retenue à la source les dividendes versés à
l'étranger. « Du fait de cette discrimination, les fonds de
pension et d'investissement établis dans d'autres pays de l'UE [...]
sont désavantagés par rapport à leurs contreparties établies en France,
et les clients français risquent donc de bénéficier d'un choix de fonds
de pension et d'investissement moins important », soutient la
Commission. L'année dernière, la France aurait introduit de nouvelles
dispositions en vertu desquelles les revenus d'actions distribués aux
organismes sans but lucratif (y compris les fonds de pension), qu'ils
soient ou non établis en France, seraient imposés au taux forfaitaire
de 15 %. Toutefois, relève Bruxelles, « il semble
qu'en l'absence de modalités d'exécution administratives plus
détaillées, ces changements n'aient pas été appliqués dans la
pratique ».
Enfin, la profession de notaire pourra désormais être exercée
par des ressortissants étrangers. Ainsi en a décidé la Cour de Justice
de l'Union européenne le 24 mai, au motif que cette activité
ne relève pas, selon son interprétation, de « l'exercice de
l'autorité publique ». Le cas échéant, l'Union européenne
consent tout de même à s'accommoder de quelque préférence nationale.