De Bourlanges à Maurras

3 juin 2017
Article publié dans L'Action Française 2000

Qu'elle soit légitime ou non, force est de constater que la défiance suscitée par le Brexit nourrit la critique de la démocratie.

Le vote en faveur du Brexit a mis Londres dans l'embarras, suscitant les railleries de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne : « ce que je ne comprends pas », avait-il déclaré au lendemain du référendum, le 28 juin 2016, « c'est que ceux qui voulaient quitter l'UE sont incapables de nous dire ce qu'ils veulent » ; « je pensais […] qu'ils avaient un plan, un projet, une vision globale, mais ce n'est pas le cas ». Depuis, un livre blanc a certes été publié afin de tracer quelques perspectives ; mais « pour compter soixante-dix-sept pages », ce document « n'en forme pas moins un ensemble particulièrement creux et indigent », selon l'analyse de Jean-Louis Bourlanges publiée sur Telos.

Le peuple, vraiment ?

Force est de le constater : la construction européenne met la démocratie à l'épreuve. Du moins la défiance suscitée par l'annonce du Brexit contribue-t-elle à relativiser l'attachement que lui témoignent les détracteurs d'une sortie de l'Union européenne, à l'image d'Anthony Grayling, professeur de philosophie : « les 51,9 % qui ont voté pour la sortie de l'UE représentent 37 % de l'électorat total, et environ 26 % de la population totale », souligne-t-il dans un entretien à Euractiv ; « quand les gens utilisent des expressions comme "le peuple a parlé" ou "les Britanniques ont voté pour la sortie de l'UE" », poursuit-il, « cela n'a pas de sens ». Jean-Louis Bourlanges n'est pas en reste, tandis qu'il vante « la supériorité de la procédure parlementaire, à la fois souple et éclairée, sur la brutalité rigide et manichéenne du référendum » : « compétence et implication personnelles des décideurs, pluralité et non pas dualité des options à prendre en compte, flexibilité et réversibilité du processus décisionnel, aptitude de celui-ci à nourrir la négociation et à fabriquer des compromis » sont autant de qualités qu'il attribue à la sagesse des parlementaires – comme si ceux-ci constituaient une sorte d'aristocratie républicaine…

Il ne reste qu'un pas à franchir pour s'attaquer non pus à la démocratie référendaire, mais à la démocratie elle-même – ce dont Charles Maurras ne se privait pas, lui opposant les bienfaits de la monarchie. C'est en ces termes qu'il évoque le roi dans Mes Idées politiques : « Sa valeur, la valeur d'un homme, est incomparablement supérieure à celle de la résultante mécanique des forces, à l'expression d'une différence entre deux totaux. Quoi que vaillent son caractère ou son esprit, encore est il un caractère, un esprit, c'est une conscience, un cœur, une chair d'homme, et sa décision représentera de l'humanité, au lieu que le vote cinq contre deux ou quatre contre trois représente le conflit de cinq ou de quatre forces contre deux ou trois autres forces. Les forces peuvent être, en elles-mêmes, pensantes, mais le vote qui les exprime ne pense pas : par lui-même, il n'est pas une décision, un jugement, un acte cohérent et motivé tel que le développe et l'incarne le Pouvoir personnel d'une autorité consciente, nominative, responsable. Ce pouvoir juge en qualité. Il apprécie les témoignages au lieu de compter les témoins. Bien ou mal, c'est ainsi qu'il procède, et ce procédé est supérieur en soi au procédé de l'addition et de la soustraction. »

Un pari manqué

« Au total », comme le remarque Élie Cohen, encore sur Telos, « il est frappant de constater que la participation britannique à l'UE s'est jouée sur une opération politique de David Cameron visant à maintenir l'unité de son parti dans la perspective des législatives et que le hard Brexit sera engagé pareillement pour préserver l'unité du Parti après les résultats du référendum de 2016 ». Autrement dit, si le Royaume-Uni tire quelque bénéfice du Brexit, ce sera à la faveur d'un pari manqué. Cela n'est pas à l'honneur de la démocratie.

Alain Minc dans les pas de Charles Maurras

1 juillet 2016

Un billet teinté d'ironie soufflé par le camarade Philippe.

Le vote "leave" l'a donc emporté le 23 juin 2016. « Ce référendum n'est pas la victoire des peuples sur les élites, mais des gens peu formés sur les gens éduqués », a commenté l'inénarrable Alain Minc, suscitant l'indignation de notre confrère Louis Hausalter. Dans la foulée, bien des "réinformateurs" auront dénoncé la condescendance prêtée au Pays légal. Celui-ci serait-il peuplé de nouveaux réactionnaires ?

De fait, les propos d'Alain Minc ne sont pas sans rappeler (dans une certaine mesure, n'est-ce pas ?) ceux tenus jadis par Charles Maurras. Le 28 juin 1941, dans les colonnes de L'Action Française, ce dernier se défendait du « reproche imprévu de mépriser le peuple », tandis qu'il lui refusait « le hochet d'une fausse souveraineté, qu'il ne peut même pas exercer et que l'on ne peut même pas concevoir ». Et d'expliquer : « Nous respectons trop le peuple pour aller lui dire : "Il suffit de compter les voix des incompétents, pour résoudre les questions d'intérêt très général qui exigent de longues années d'étude, de pratique ou de méditation. Il suffit de recueillir et d'additionner les suffrages des premiers venus pour réussir dans les choix les plus délicats." »

« Dire au peuple ce qui n'est pas serait lui manquer de respect », poursuivait-il ; « lui débiter des fables pernicieuses, c'est tantôt le haïr, tantôt le mal aimer » ; « profiter, pour lui faire ce mensonge, de la confiance naïve qu'il a voulu placer en vous, c'est abuser de lui, le trahir et vous dégrader vous-même ». Qu'on se le dise : au moins Alain Minc a-t-il préservé sa dignité !

NB – Les citations sont tirées du Dictionnaire politique et critique.

2017 : le FN n'y croit pas

8 mars 2016

La preuve par l'euro.

On croyait que le FN mettrait de l'eau dans son vin. Mais non. « Tout le monde au Front national est pour la fin de l'euro et la souveraineté monétaire », continue de marteler Florian Philippot, son vice-président. « Si nous arrivons au pouvoir », a-t-il prévenu dimanche dernier, 6 mars 2016, « il est certain qu'au bout de six mois maximum la France aura une monnaie nationale ».

Que les antifascistes se rassurent : ce faisant, Florian Philippot exclut manifestement toute perspective d'accession au pouvoir à court terme. Dans le cas contraire, c'est bien évident, il se garderait de susciter aussi délibérément la fuite des capitaux qui s'accentuerait au fur et à mesure que Marine Le Pen serait donnée gagnante dans les sondages.

Par souci de l'intérêt national, puisque c'est un patriote, comme chacun sait. Mais aussi par nécessaire calcul. S'il était coupable d'appauvrir la France avant même de prendre les rennes de l'État, le FN en compromettrait précisément la conquête.

Pour ne rien arranger, Florian Philippot promet un référendum sur l'euro ! Les ménages seront-ils privés d'argent liquide le temps que se déroule le nécessaire débat censé éclairer la conscience des citoyens ? La Grèce, voilà le modèle à suivre !

Déchéance de nationalité : la gauche fidèle à ses idéaux

3 décembre 2015

N'en déplaise à certains socialistes indignés, déchoir des Français de leur nationalité participerait d'une démarche typiquement progressiste.

À l'instant, sur France Info (Les Informés, émission animée par Jean-Mathieu Pernin, 3 décembre 2015), un certain nombre d'intervenants s'étonnent – et même s'émeuvent – qu'un pouvoir socialiste envisage de déchoir de leur nationalité des individus nés français. En effet, un projet de révision de la Constitution devrait être présenté prochainement en ce sens.

François Hollande et son gouvernement ne sont pas animés par des motivations idéologiques, mais politiques : il s'agit de flatter une opinion publique xénophobe, donner l'illusion d'une action résolue contre le terrorisme, couper l'herbe sous le pied de l'opposition, etc. Cependant, n'est-est-ce pas à gauche, un peu plus qu'ailleurs, qu'on nous explique qu'être français, ce serait, précisément, adhérer à des "valeurs", en l'occurrence celles de la République ?

Dans cette perspective, la participation à l'organisation d'un attentat exprimant manifestement leur reniement, c'est tout naturellement qu'elle devrait se traduire, juridiquement, par la déchéance de nationalité. Autrement dit, il s'agirait de prendre acte d'un choix délibéré, en application d'une conception volontariste de la nationalité.

Ce serait donc une mesure progressiste, émancipant l'individu d'un héritage imposé par sa naissance. Tout comme la lutte contre les "stéréotypes" est censée l'affranchir de déterminismes sociaux, voire biologiques, par exemple.

De notre point de vue, cela n'est pas à son honneur, mais force est de le constater : sous la houlette de François Hollande, la gauche demeure fidèle à ses idéaux.

Les abeilles du FN mettent le PS et LR au pied du mur

18 octobre 2015

Menacés par la percée du Front national, les eurodéputés socialistes et Les Républicains cultivent sans vergogne le sectarisme partisan. Cependant, leurs rivaux populistes ne trouvent pas davantage grâce à nos yeux.

Voilà que le Front national appelle l'Union européenne à s'aligner sur les États-Unis ! En cause : l'autorisation donnée par la Commission européenne, en juillet dernier, à la commercialisation du Sulfoxaflor, un pesticide accusé de nuire aux abeilles, interdit outre-Atlantique.

Sylvie Goddyn, député français au Parlement européen, explique avoir « engagé une procédure d'urgence pour faire obstacle à ce produit ». À tort ou à raison, la plupart de ses collègues partagent apparemment sa défiance à l'égard du Sulfoxaflor. Mais il se trouve que Mme Goddyn a été élue sous les couleurs du Front national... Or, « pour les socialistes français », rapporte notre consœur Aline Robert, « la ligne de conduite est très claire : pas question de voter le moindre amendement FN ou de négocier le moindre compromis ». D'ailleurs, loin de s'arrêter en si bon chemin, « le groupe socialiste et démocrate planche [...] sur l'établissement d'une position commune pour éviter qu'un élu de sa formation ne soutienne des amendements du groupe » où siègent les eurodéputés du Front national. « La même initiative a été prise à droite au PPE, où Alain Lamassoure et Françoise Grossetête [...] veulent aussi mettre le sujet sur la table. Il s'agit de convaincre leurs collègues [...] de ne pas voter les amendements FN. »

« Nous ne pouvons pas soutenir des gens qui veulent détruire l'Europe », se justifie le socialiste Guillaume Balas, cité par Euactiv. Comme si le Front national la menaçait en quoi que ce soit... Comme l'expliquait un collaborateur de Contrepoints, « la présence de ces députés opposés à l'UE n'a jamais altéré le fonctionnement de l'UE mais elle leur permet de bénéficier des largesses financières de l'Union européenne » – ainsi que d'une tribune, dont Marine Le Pen a fait un usage particulièrement médiatisé le 7 octobre dernier.

Ce jour-là, on s'en souvient, alors que le président de la République venait de s'exprimer devant le Parlement européen aux côtés du chancelier allemand, la présidente du Front national l'avait affublé du tire de « vice-chancelier administrateur de la province France », l'accusant de « se soumettre aveuglement à une politique décidée à Berlin, Bruxelles ou Washington ». Des propos éminemment grotesques : si l'Élysée était effectivement une antenne de la Maison-Blanche, sans doute Paris investirait-il davantage dans sa défense, conformément aux recommandations de l'Otan, par exemple ; et si Bercy rendait des comptes à Berlin, ce n'est pas un tel laxisme qui gouvernerait le budget de l'État !

En tout cas, cela tranche avec l'attitude d'une Marie-France Garaud, qui disait s'interdire de critiquer la politique de son pays hors de ses frontières (1)... C'est à Strasbourg que Marine Le Pen s'est illustrée, nous rétorquera-t-on. Strasbourg, qui se trouve toujours en France donc. Certes, mais qu'est-ce que le Parlement européen ? La représentation plus ou moins légitime de vingt-huit États, ou bien celle d'un improbable peuple européen ? Aux yeux de Paris, rappelons-le, la participation de la France à l'UE relève encore, à bien des égards, de la politique étrangère, comme en témoigne la tutelle du ministre des Affaires étrangères sous laquelle est toujours placé le secrétaire d'État aux Affaires européennes.

Paradoxalement, Marine Le Pen semble vouloir nous faire croire le contraire, se faisant complice d'une propagande européiste. Pas la peine de l'accabler, cependant : elle n'est que le rouage, certes complaisant, d'un système institutionnel qui la dépasse ; de toute façon, un nouvel acteur la remplacerait vraisemblablement dans son rôle si elle avait la décence d'y renoncer... Il n'empêche : si le souverainisme était conséquent, ses tenants n'applaudiraient pas la prestation de l'égérie populiste ; ils dénonceraient plutôt l'existence même du Parlement européen, ou du moins son mode de fonctionnement, où un pareil affrontement, opposant, devant l'Europe entière, la première délégation nationale au chef de l'État, devrait leur paraître insupportable. Mais avec des "si"...

(1) Nous nous souvenons l'avoir entendue revendiquer une telle conduite lors d'un entretien à la radio. En toute rigueur, cependant, sans doute conviendrait-il d'examiner ses interventions au Parlement européen.... Avis aux historiens !

Macron président !

26 septembre 2015

Des citoyens de gauche comme de droite, issus de toute la France, désireux non pas de battre un parti au profit d'un autre, mais de servir leur pays, s'engagent pour le redressement national.

Pour le redressement national, Macron président !

Trop, c'est trop : ras-le-bol de l'immobilisme et du sectarisme ! De déclarations en déclarations, Emmanuel Macron est devenu le héraut inespéré d'une politique de redressement national.

Il s'en est pris au carcan des trente-cinq heures, et le voilà qui propose d'assouplir les rigidités du marché du travail.

Il ouvre, en fait, la voie vers une société de libertés : accroissement des responsabilités offertes à chacun, réhabilitation de la négociation au sein des entreprisses, nouvelles perspectives d'emploi...

Faut-il énumérer, outre les trois cent huit articles de sa loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, les plus notables de ses déclarations rompant avec l'immobilisme et le sectarisme ?

En octobre 2013, dans un entretien à Mediapart, il invite à « revisiter un des réflexes de la gauche, selon lequel l'entreprise est le lieu de la lutte des classes et d'un désalignement profond d'intérêts » ; constant que « la société statutaire où tout sera prévu va inexorablement disparaître », il appelle à réagir en conséquence, afin de donner « la possibilité aux individus de faire face, même aux coups durs ».

En janvier 2015, dans un entretien aux Échos, tandis que les professionnels de la politique se satisfont manifestement du chômage de masse, incitant la population à la résignation, il déclare qu'« il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires ».

En juillet 2015, dans un entretien à l'hebdomadaire Le 1, il observe qu'« il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent » ; « dans la politique française », explique-t-il, « cet absent est la figure du roi » dont il « pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort ».

Sans parler de sa dernière sortie, aussi courageuse qu'inattendue, sur le statut de la fonction publique...

Bravo, mille fois bravo ! Des ministres ont été écartés pour bien moins que cela. La démagogie passéiste n'est plus supportable. Si l'on veut sauver la France du désastre, il faut s'appuyer sur Macron. Si l'on veut dépasser les clivages partisans, cela peut se faire avec l'aide de Macron.

Nous appelons à ce qu'il reste au gouvernement, qu'il en prenne même la direction, puis qu'il succède au président de la République à la tête de l'État. Ce serait "le" signal positif, indispensable, pour enfin changer durablement de cap, revenir à des positions saines pour toute la France.

Pour la France, Macron président !

Source : www.macron-president.fr (il s'agit d'une réponse au manifeste appelant à la démission d'Emmanuel Macron apparu quelques heures plus tôt).

Vincent Lambert doit mourir... pour l'amour de la République !

27 juillet 2015

Vincent Lambert doit mourir, tout comme le capitaine Dreyfus devait être jugé coupable : tel est, en substance, le message délivré par notre confrère Bruno Roger-Petit.

La situation de Vincent Lambert relève-t-elle de la fin de vie ou bien du grand handicap ? Tandis que sa famille se déchire sous le regard obscène des médias (dont nous sommes), son destin n'en finit pas d'être balloté au gré des procédures judiciaires. « Face à cette tragédie, l'humilité est de rigueur », soutient Bruno Roger-Petit. Sur ce point, au moins, nous sommes d'accord !

Mais alors, que faire ? Faut-il mettre un terme à ses souffrances, comme le demande sa femme ? Ou bien le placer durablement dans un établissement plus adapté, comme le réclament ses parents ? Certainement pas ! « La première des urgences », martèle notre confrère, « c'est [...] de faire en sorte que le destin de Vincent Lambert ne soit plus pris en otage par des militants intégristes ».

Car « à la fin », explique-t-il dans Challenges, « il y a le droit ». Or, poursuit-il, « le droit s'est prononcé de telle façon qu'il a reconnu que, dans le cadre de la loi française, il était possible, si besoin était, de prendre la décision d'arrêter ce qui est médicalement vain » ; « et le droit qui a été dit doit être respecté par tous et partout, y compris quand il peut déplaire à une conscience subjective » – « y compris celle de croyants intégristes qui placent leur foi au-dessus du droit, donc de la République. » Nous y voilà ! « De ce point de vue », souligne-t-il, « c'est devenu une affaire de principe ».

Dans ces conditions, peu importe le destin d'un malheureux individu. De toute façon, « personne ne peut dire quelle est la juste solution à l'écrasant problème que pose la situation de Vincent Lambert », remarque Bruno Roger-Petit. Autrement dit, puisqu'il est impossible de résoudre l'affaire Lambert d'un point de vue moral, autant l'exploiter dans une perspective partisane. Pour un certain nombre de « militants intégristes », déplore notre confrère, Vincent Lambert serait devenu « un objet de communication destiné à populariser leur combat "pour la vie" ». Certes. Mais loin de soustraire Vincent Lambert à ceux qui se le seraient approprié, Bruno Roger-Petit le réduit à la querelle dont il est précisément l'otage. Quel est, en substance, le message délivré par notre confrère ? Selon lui, Vincent Lambert doit mourir, non parce qu'il serait juste d'interrompre les soins dont il bénéficie, mais parce que c'est légal, et surtout parce que sa disparition indisposerait « des militants intégristes » exécrés.

À certains égards, on se croirait en pleine affaire Dreyfus ! À l'époque, déjà, c'était une « affaire de principe », comme dirait Bruno Roger Petit. Maurras l'avait lui-même revendiqué, comme en témoignent ses propos rapportés par François Huguenin : « Mon premier avis là-dessus avait été que, si Dreyfus était innocent, il fallait le nommer maréchal de France, mais fusiller une douzaine de ses principaux défenseurs pour le triple tort qu'ils faisaient à la France, à la paix et à la raison. » Autrement dit, ce n'était pas la responsabilité du pauvre capitaine qui importait, mais l'identité de ses défenseurs – et l'honneur de l'Armée à laquelle ceux-ci se seraient attaqué en prenant son parti.

Aujourd'hui, ce ne sont plus l'Armée et la sécurité nationale qui sont menacés, mais la République et l'État de droit, nous dit Bruno Roger-Petit. Ils le sont par « des militants intégristes » que l'on sait aux protes du pouvoir. Des gens dont la foi n'est souvent que le paravent d'une orgueil détestable, à l'image des pharisiens vilipendés dans l'Évangile, mais qui ne dérangent vraiment que ceux qui en font une obsession... À l'image de Bruno Roger-Petit, donc, qui semble virer anti-dreyfusard par hantise de l'extrême droite – un comble !