21 mai 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
L'Union européenne doit produire du vin rosé par mélange de blanc et de rouge ; tel est le vœu de la Commission de Bruxelles. Un rapport parlementaire lève une partie du voile sur un "scandale" se révélant beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Explications.
Nouveau symbole des méfaits de la technocratie bruxelloise, le
projet de règlement européen levant l'interdiction de produire le rosé
de table par coupage de blanc et de rouge est une bénédiction pour les
souverainistes en campagne : 87 % des Français y seraient hostiles (1).
Poursuivant le décryptage de cette affaire, nous nous appuyons cette
fois-ci sur le rapport (2) de Gérard César, sénateur UMP de la Gironde.
Pour lui, il est essentiel « de soutenir le ministre de l'Agriculture
et de la Pêche, qui négocie ce dossier à Bruxelles [...] afin de faire
entendre la voix particulière de notre pays et de tenter d'y rallier
certains de nos partenaires européens lors du vote du texte le 19 juin
prochain ».
OCM vin
En avril 2008, un règlement avait lancé la réforme de
l'Organisation commune du marché vitivinicole (OCM vin). En
conséquence, à l'automne dernier, la Commission européenne a proposé
deux textes d'application, sur les règles d'étiquetage et les pratiques
œnologiques, discutés, respectivement, au sein d'un comité de gestion
et d'un comité de réglementation. Dans ce cadre, le 27 janvier, lors
d'un vote indicatif autorisant la consultation de l'OMC, « compte tenu
des réponses positives apportées à ses autres demandes » selon Gérard
César, la France s'est prononcée en faveur d'un "paquet" incluant la
mesure controversée.
Introduite en 1999, l'interdiction de produire du rosé par
coupage s'appliquait seulement aux vins de table. Cela « se justifiait
par l'existence de régimes d'aides distincts pour la distillation de
crise des vins de table rouges et des vins de table blancs. Le silence
des textes communautaires sur les vins autres que ceux de table
signifiait qu'il était licite d'utiliser la technique du coupage pour
les vins d'appellation, afin notamment de prendre en compte les
spécificités d'élaboration du champagne rosé et de certains vins
rouges. »
Un train de retard
La Commission avait-elle caché son jeu ? « Dès les premières
discussions préparatoires », elle avait « fait part de ses doutes sur
la justification du maintien de l'interdiction du coupage ». Celui-ci
devenait à ses yeux « une "discrimination négative" à l'encontre des
producteurs communautaires [...] alors que la pratique du mélange
rouge-blanc est utilisée aux États-Unis ou en Australie et que ces
produits sont déjà sur le marché européen, sans indication sur les
étiquettes ». Autrement dit, ce n'est pas la commercialisation – déjà
autorisée ! - du rosé coupé qui est en cause, mais sa fabrication sur
le territoire des vingt-sept États membres de l'Union européenne.
Ces restrictions étaient-elles préjudiciables aux viticulteurs français ? La faiblesse
des échanges internationaux sur le marché des vins rosés relativise
cette crainte : « Environ 10 % seulement de la production est
commercialisée entre pays. L'absence de normalisation internationale du
produit pourrait l'expliquer. Contrairement aux vins rouge ou blanc, le
rosé est largement consommé dans son pays ou sa région de production.
La concurrence se fait donc, pour l'instant du moins, davantage au sein
des pays producteurs qu'entre ceux-ci. » Dès lors, faut-il s'attendre à
ce que la demande en rosé coupé soit stimulée par l'émergence d'une
offre française ?
Quoi qu'il en soit, le recours au coupage présenterait trois
inconvénients selon le sénateur de la Gironde : un risque de
standardisation, les producteurs étant susceptibles de recourir aux
cépages blancs les plus répandus ; un risque d'édulcoration, avec la
tentation de corriger des excès de dureté par l'ajout de sucre ; un
risque de confusion dans l'esprit des consommateurs, confrontés à des
produits impossibles à différencier à l'œil nu. Gérard César imagine la
réaction d'un acheteur déçu par un rosé coupé : la crainte d'un déficit
d'image se dessine, affectant les producteurs de rosé traditionnel,
voire l'ensemble de la filière vitivinicole.
L'impasse multilatérale
Dans son ultime numéro, La Lettre de l'indépendance annonce
carrément « l'agonie des AOC ». Le rapport se veut plus nuancé : « Nul
ne peut anticiper aujourd'hui les conséquences économiques de
l'autorisation du vin rosé coupé sur la filière vitivinicole française,
mais ce sont peut-être les producteurs de vin rosé de table qui ont le
plus à craindre. [...] Les producteurs de vins rosés d'appellation
avaient la faculté [...] de recourir à la technique du coupage, mais
ils l'ont refusée dans leur cahier des charges. Compte tenu de la forte
fragmentation du marché du vin, certains observateurs optimistes
estiment que les vins rosés haut de gamme seront très faiblement
concurrencés par les vins rosés coupés à faible prix. »
Pressé par le temps, Bruxelles ne semble pas disposé à retirer
son texte. Or, « l'opposition au règlement sur les pratiques
œnologiques repose sur une alliance hétéroclite d'États membres que la
Commission européenne pourrait aisément briser en donnant satisfaction
aux revendications de certains pays pour isoler la France » (3). Et « si
d'aventure une minorité de blocage était réunie [...], il faudrait être
vigilant pour que les avancées qu'a obtenues le gouvernement lors des
négociations sur le nouveau règlement ne soient pas remises en cause ».
« Quant à une réglementation nouvelle au sein de l'OIV (4) (qui autorise
le coupage pour les vins) ou de l'OMC (qui interdit d'obliger les pays
tiers à indiquer sur leurs étiquettes si le vin rosé est issu de
coupage), elle est pour l'heure hors de portée. D'une part, la
modification des règles au sein de l'OIV nécessite le consensus des
États. D'autre part, les accords relatifs à la politique commerciale
communautaire doivent être conclus à la majorité qualifiée par le
Conseil "Affaires générales et Relations extérieures" (CAGRE). »
On le voit, « les marges de manœuvre du gouvernement sont très
faibles, tant au niveau communautaire qu'au niveau international ».
D'où l'intérêt des subtilités exposées ci-dessus : elles illustrent la
complexité des pratiques multilatérales, par ailleurs inintelligibles
pour le grand public. Voilà une affaire typiquement européenne.
(1) Selon un sondage Ifop pour Sud-Ouest Dimanche
et Midi Libre.
(2) N° 392, "annexe au procès-verbal de la séance du
6 mai 2009". Rapport de 32 pages disponible sur le site Internet du
Sénat.
(3) Avis aux connaisseurs : l'Allemagne et la Hongrie
n'apprécient pas la baisse du plafond autorisé de sulfites ; l'Italie
et la Grèce sont hostiles aux mesures relatives à la désalcoolisation.
(4) Organisation internationale de la vigne et du vin.
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17 mai 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
Rival des gouvernements représentés au Conseil des ministres, le Parlement européen apparaît également comme un relai potentiel d'influence nationale. Les députés français élus en juin prochain pourront-ils jouer un rôle à Strasbourg et Bruxelles ?
Simple assemblée consultative à l'origine, le Parlement
européen est devenu, aux côtés du Conseil des ministres et de la
Commission, un sommet incontournable du triangle institutionnel qui
pilote l'Union européenne. Investi d'une mission de contrôle, il
approuve la composition de la Commission et peut voter une motion de
censure à son encontre ; ses pouvoirs lui permettent d'amender ou
rejeter le budget européen ; il participe à l'élaboration de la
législation communautaire à différents degrés, dont le plus élevé – la
codécision – le place à égalité avec le Conseil.
Entre juin 2004 et février 2009, le Parlement européen a
statué « principalement dans les domaines de l'environnement et de la
protection des consommateurs, mais aussi du marché intérieur et de la
politique des transports » ; son accord fut sollicité pour 18 % des règlements et 71 % des directives adoptés par le Conseil durant
cette période, selon les observations d'Yves Bertoncini et Thierry
Chopin (1).
Motifs obscurs
Les déboires du "paquet télécom" ont illustré devant l'opinion
le "pouvoir de nuisance" acquis par cette assemblée : tandis que le
gouvernement français faisait voter la loi "Création et Internet" par
le parlement national, les députés au Parlement européen s'obstinaient,
contre l'avis du Conseil, à maintenir un amendement menaçant son
application. Le traité de Lisbonne multiplierait les occasions de jouer
un tel scénario. Les représentants des États membres l'ont pourtant
plébiscité ; quel intérêt avaient-ils à se dessaisir progressivement de
leurs monopoles ?
« Les raisons pour lesquels les gouvernements ont
"parlementarisé" l'Union restent en partie obscures » aux yeux de Paul
Magnette (2). « Sans doute certains gouvernements ont-ils été mus par des
calculs stratégiques », à l'exemple de l'Allemagne dont les députés
sont les plus nombreux. « D'autres gouvernements, nourrissant une
vieille méfiance à l'égard de la Commission, ont peut-être parié qu'en
renforçant le Parlement européen, ils affaibliraient à long terme le
collège des commissaires. » Mais ce choix relèverait aussi « d'une
forme de mimétisme institutionnel », ou plus simplement d'idéologie : «
Le formalisme qui irrigue les cadres mentaux du personnel politique
européen, conjugué au désir de répondre aux critiques du "déficit
démocratique" de l'Union, les conduit presque naturellement dans cette
voie. »
Néanmoins, « la tentation d'utiliser le Parlement européen
pour faire valoir des intérêts strictement nationaux » tendrait à se
renforcer depuis la fin des années quatre-vingt-dix : « Dans plusieurs
États membres, au Royaume-Uni et en Allemagne en particulier, les
partis de la majorité [...] tentent de faire de leurs élus à Strasbourg
les alliés du gouvernement. » À l'approche des élections européennes de
juin 2004, « le Premier ministre hongrois était allé jusqu'à proposer
que tous les partis hongrois forment une liste unique ». La même année,
le 29 avril, le président Chirac avait déploré que « l'influence de la
France au sein du Parlement européen » ne soit pas « à la hauteur des
enjeux pour notre pays » (3). Deux jours plus tard, l'UE allait
accueillir dix nouveaux États membres, diminuant d'autant le poids
relatif de la France, qui avait déjà perdu son second commissaire avec
le traité de Nice. Une réaction devenait d'autant plus pressante.
Le poids des groupes politiques
Au sein du Parlement européen, « les députés ont toujours
gardé leurs origines nationales à l'esprit, mais c'est à l'intérieur
des groupes partisans qu'ils ont formé leurs positions », si l'on en
croit Paul Magnette. Or, « la mise à disposition de moyens techniques
(collaborateurs, secrétariat, salle de réunion, budget pour des
publications, traductions) ainsi que le droit de parole et d'initiative
politique sont fonction de la taille du groupe » souligne Thierry
Chopin (4). « Il en va de même pour l'accession aux principaux postes de
responsabilités (vice-présidences et questure du Parlement européen,
présidences et vice-présidences des commissions et délégations,
rapporteurs et coordinateurs). » En conséquence, selon le directeur des
études de la Fondation Robert Schuman, « l'influence de la France se
mesure d'abord à la capacité de ses députés européens à se rassembler
au sein des groupes numériquement les plus importants, en particulier
le groupe PPE-DE, dominant depuis 1999, et le groupe socialiste ».
Coordination
Peu enclin à promouvoir l'hégémonie de ses collègues
pro-européens, Georges Berthu avait plaidé en mai 2004 pour une «
meilleure coordination des élus français sur les votes techniques, qui
est tout à fait possible, mais nécessiterait une meilleure organisation
au niveau français » ; il aurait même souhaité que les groupes
majoritaires acceptent « la formation en leur sein d'une composante non
fédéraliste » (5). Un vœu pieux : si l'on observe une moindre dispersion
des élus français au cours de la dernière législature, c'est en partie
en raison du nouveau mode de scrutin, divisant la France en huit
circonscriptions au détriment des petits partis, notamment
souverainistes. Yves Bertoncini observe avec satisfaction que la
majorité de nos députés (62,82 %) se concentrent au sein du PPE-DE et
du PSE : « Parmi les principaux États membres, [...] la France se place
ainsi en troisième position en termes de concentration après l'Espagne
et l'Allemagne [...]. En revanche, on note toujours une forte présence
française parmi les non-inscrits. »
Si la France se trouve mieux représentée aux postes
stratégiques, elle continue de reléguer les enjeux européens au second
plan. Tombée en disgrâce, Rachida Dati est envoyée à Strasbourg et
Bruxelles : c'est tout un symbole. « Les élections législatives
françaises de juin 2007 ont montré qu'un nombre non négligeable
d'eurodéputés français préféraient briguer un mandat national :
vingt-trois eurodéputés sur les soixante-dix-huit que compte la
délégation française avaient déposé leur candidature pour rejoindre
l'Assemblée nationale. » Avec Thierry Chopin, Yves Bertoncini précise
qu'« une douzaine de députés français élus en 2004 ont ainsi quitté le
Parlement européen depuis lors, contre seulement cinq parlementaires
allemands et cinq parlementaires anglais ».
Autre travers national : le cumul des mandats, pratiqué par
deux tiers des élus. Georges Berthu constate en outre que nos députés
sont « toujours un peu novices ». Les collaborateurs de la Fondation
Robert Schuman le confirment : « Le nombre moyen de mandats exercés par
un parlementaire européen allemand est ainsi de 2,4, contre seulement
1,6 pour la France [...] ; mieux, près de la moitié (48 %) des
actuels eurodéputés allemands en sont au moins à leur troisième mandat
à Strasbourg, alors que ce chiffre est de 18 % pour les eurodéputés
français [...]. Cette différence de longévité est encore plus frappante
s'agissant des eurodéputés appartenant aux deux groupes les plus
influents : la proportion de députés allemands ayant trois mandats ou
plus est ainsi de 53 % dans le groupe PPE-DE et de 78 % dans le groupe
PSE, contre respectivement 17 % et 13 % pour les députés français. »
Nouveau statut des députés
Les chiffres sont révélateurs, mais « les transformations
nécessaires renvoient également à des difficultés plus profondes, en
particulier le choix traditionnel d'une logique de puissance au
détriment d'une véritable politique d'influence. Peu habitué à user de
son soft power, notre pays gagnerait sans doute à faire primer le
pouvoir réel sur les enjeux symboliques. » Yves Bertoncini encourage la
France à développer « une véritable stratégie d'influence », sans
négliger le lobbying. Approuverait-il les propositions de Georges
Berthu ?
En 2004, celui-ci réclamait, entres autres, une meilleure
articulation du travail parlementaire national et européen : « Certains
pays ont [...] systématisé cette symbiose en logeant les uns et les
autres dans des immeubles voisins, voire communicants. À Paris, on en
est encore à des années-lumière. » Les velléités du gouvernement
nourrissaient alors le pessimisme du député MPF : « Encore faudrait-il
aussi que les pouvoirs publics français n'alimentent pas eux-mêmes la
tendance la plus fédéraliste en soutenant des projets aberrants, comme
celui de statut unifié des députés européens. Par ce texte, [...] les
députés européens ne recevraient plus leur rémunération principale de
leurs pays respectifs, mais seraient entièrement payés sur le budget
communautaire. Or "qui paye commande" ! Comment peut-on vouloir à la
fois l'aboutissement de cette réforme, et une reprise en mains de la
défense des intérêts français ? » Cinq ans plus tard, le projet est en
passe d'aboutir. Bien que sa portée nous semble avant tout symbolique,
cette réforme est effectivement symptomatique des ambiguïtés
caractérisant l'édification d'une "fédération d'États-nations".
(1) Yves Bertoncini & Thierry Chopin : « Les
"élections européennes" en France : un triple choix » Questions
d'Europe, n° 135, 27 avril 2009. Disponible sur
www.robert-schuman.org
(2) Paul Magnette : Le Régime politique de l'Union
européenne. Presses de Sciences Po, 310 pages, septembre
2006, 15 euros.
(3) Conférence de presse retranscrite sur le site Internet du
ministère des Affaires étrangères.
(4) Thierry Chopin : « L'influence française
au Parlement européen : bilan et perspectives - Quels enjeux à
l'horizon des élections européennes de 2009 ? » Questions
d'Europe, n° 119-120, 8 décembre 2008. Disponible sur
www.robert-schuman.org
(5) Georges Berthu : « Améliorer l'efficacité
française au Parlement européen » Note du 20 mai 2004 publiée
sur le site http://fondationdeservicepolitique.com
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7 mai 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
À l'approche du scrutin du 7 juin, la campagne tarde à démarrer, y compris sur la Toile, où les "programmes politiques" ne sont pas légion. Aperçu des thématiques développées par l'Alliance royale, Debout la République, le Front national, Libertas, le MoDem, le PS et l'UMP.
À six semaines des élections européennes, nous avons arpenté
la Toile à la recherche des "manifestes politiques" de quelques partis.
Certains sites de campagne reflètent le désintérêt suscité par
le scrutin : outre le nom de ses têtes de liste, le Front
national diffuse seulement quelques affiches. L'UMP publie des
actualités et met en valeur la "communauté" de ses sympathisants, sur
le modèle de Facebook, sans formaliser ses propositions, peut-être dans
l'attente d'un discours du président de la République ; les internautes
en quête d'un programme doivent se contenter d'un tract peu fourni, où
l'on remarque l'importance accordée à l'outre-mer.
Discours protectionnistes
L'heure n'est plus aux déclarations eurobéates. Certes, le PS
entretient le mythe selon lequel la construction européenne aurait «
garanti la paix » ; et le MoDem s'illusionne en croyant pouvoir
renverser la situation où, « depuis des années, chaque pays essaie de
marquer des points contre les autres ». Confrontés à la crise
économique, les partis préfèrent accompagner le retour médiatique du
politique. Dans la continuité du « succès de la présidence française de
l'Union », l'UMP martèle ce slogan : « Quand l'Europe veut, l'Europe
peut. » Réunis sous la bannière de Libertas, le MPF et CPNT exploitent
une thématique similaire : « Prenons l'Europe en main. »
Des appels de pied au protectionnisme sont lancés de toutes
parts : l'UMP nous encourage à voter « pour une Europe qui nous protège
» ; selon les socialistes, « le débat n'est pas tant de savoir si
nous serions des partisans ou des adversaires du
protectionnisme, mais bien de déterminer quels intérêts nous souhaitons
protéger ». La hantise du dumping illustre la nécessité d'une
harmonisation des fiscalités européennes aux yeux du PS et du MoDem.
Reste à convaincre nos partenaires, dans un domaine où l'unanimité
demeurerait la règle malgré l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne.
Le PS s'indigne d'« un budget européen réduit à moins de 1 %
de la richesse produite en Europe » ; le MoDem lui fait écho, proposant
« un budget européen dont le volume serait décidé par le Parlement
européen et alimenté par un impôt unique sur l'ensemble des pays de
l'Union ». Autre suggestion du parti centriste : la nomination d'« un
procureur européen avec autorité sur les polices ». De retour au
pouvoir, ces fédéralistes se montreront-ils aussi disposés à dépouiller
l'État de ses prérogatives ?
L'Alliance royale plébiscite la création de deux commissariats
européens, « pour la coordination de la sécurité des pays européens »
d'une part, « pour l'environnement et la sécurité sanitaire » d'autre
part. Quels rapports entretiendraient-ils avec les directions générales
de la Commission, le Centre de suivi et d'information en charge de la
protection civile, l'Agence européenne pour l'Environnement ? On
l'ignore, mais ces propositions témoignent de la volonté largement partagée d'envisager
l'Europe indépendamment du marché unique. François Bayrou souhaiterait
que « l'exigence sociale, démocratique et écologique soit placée au
même niveau que la concurrence ». Pourquoi pas au-dessus ? De toute
façon, la concurrence n'est qu'un instrument censé servir la
prospérité, dont l'efficacité inspire une circonspection stimulée par
la crise.
Le PS feint d'offrir à l'Europe « le droit à l'alternance » :
« Il y a aujourd'hui la possibilité de donner sa place à la politique
au cœur de l'Europe et d'assumer jusqu'au bout le clivage avec la
droite en faisant échec à une candidature Barroso et, nous le
souhaitons, en ayant un candidat commun issu du PSE pour la présidence
de la Commission. » C'est mal parti. D'autant qu'en dépit de leur
affiliation à gauche, les gouvernements britannique, espagnol et
portugais devraient appuyer la reconduction de José Manuel Barroso.
Vœu pieux
Autre vœu pieux : la constitution d'« une Europe forte avec
une vraie défense européenne ». Cela « n'est pas aujourd'hui crédible »
rétorque l'Alliance royale. Prenant le risque de froisser ses
sympathisants, celle-ci considère même « que la France doit se
maintenir dans l'Otan, [...] la seule organisation militaire capable de
répondre aux besoins de sécurité dans nos zones d'intérêts stratégiques
». Debout la République prétend qu'« avec le traité de Lisbonne
(article 27-7), la France n'aurait pas pu faire entendre sa voix sur la
guerre en Irak ». Le texte incriminé - qui n'est pas stricto sensu un
article du traité de Lisbonne - introduit une clause de défense
mutuelle et rappelle la compatibilité des politiques de l'UE avec les
engagements souscrits dans le cadre de l'Otan. Or cela n'est pas
nouveau et ne concerne pas directement l'intervention en Irak, décidée
en dehors des structures atlantiques.
Tandis que le Front national fait passer « ma retraite, ma
famille, mon emploi... avant l'Europe », d'autres souverainistes ont
adopté une posture plus nuancée, "eurocompatible" selon l'expression du
"sécessionniste" Reinelde Maes (afe-blog.com, 26/04/09) : « Osons une
Europe différente » lance Nicolas Dupont-Aignan ; c'est « une dimension
nécessaire de notre avenir » confirme Libertas. Tout en revendiquant sa
« prudence » à l'égard de la construction européenne, l'Alliance royale
observe que « certains secteurs industriels ont [...] besoin d'une
masse critique suffisante pour être concurrentiels dans un contexte de
mondialisation : aéronautique, espace, défense, énergie, pharmacie,
etc. » Selon l'AR, l'Europe est « une zone relativement homogène en
matière stratégique. Beaucoup d'enjeux concernant la France [...] sont
aussi en même temps européens : terrorisme, accès aux ressources
d'énergie, sécurité maritime, etc. »
L'Alliance royale esquisse « un aménagement de ce qui existe
déjà : un conseil européen représentant les États, une assemblée, des
commissions exécutives et des instances juridictionnelles, chacune
agissant dans le strict cadre des coopérations auxquelles les États
membres auront bien voulu souscrire ». Exit la « Grosse Kommission »
fustigée régulièrement par Les Manants du Roi, éclatée en diverses
entités. L'AR plébiscite une communauté où « nul État européen ne peut
être contraint d'appliquer des directives ou des lois européennes sur
son territoire s'il ne les a pas lui-même ratifiées. Nulle institution
européenne ne peut exercer de coercition de droit sur les États membres
en dehors de traités librement et préalablement consentis par eux. »
Qu'adviendrait-il du droit communautaire dérivé ? L'Alliance laisse
planer une certaine ambiguïté. Elle se préoccupe en tout cas de la
réversibilité des engagements : de son point de vue, « l'adoption de la
monnaie unique apparaît comme imprudente, non pas nécessairement pour
ses conséquences économiques, mais parce qu'elle lie la France de façon
trop forte ».
Référendum
Imaginant eux aussi un nouveau traité, les gaullistes de DLR
voudraient qu'il soit « approuvé par référendum le même jour dans tous
les pays de l'Union ». On mesure l'irréalisme de la proposition à la
vue du laborieux processus de ratification du traité de Lisbonne. Cela
supposerait en outre de chambouler des traditions, voire des
dispositions constitutionnelles, puisque la Loi fondamentale allemande
circonscrit l'usage du référendum à la réorganisation du territoire
fédéral. Maladroitement, Nicolas Dupont-Aignan en vient à promouvoir «
l'uniformisation » qu'il dénonce ! L'"identité" est d'ailleurs un thème
jugé porteur, y compris par le MoDem : « Nous défendrons l'Europe qui
garantit les identités, les modes de vie, les langues et les cultures
sur son sol et dans le monde. » Mais les développeurs de Libertas ont
négligé la traduction des termes anglais apparaissant sur la version
imprimable de chaque page du site Internet ; un comble !
Ne négligeons pas la France !
« Les querelles institutionnelles ne sont plus de saison »
affirme le PS, « car l'ordre du jour de la nouvelle administration est
économique et social. Le traité de Lisbonne est une donnée, mais ne
saurait borner l'ambition des socialistes pour l'Europe. » Ni celle des
autres ! Or, « pour réorienter l'Europe », faut-il « d'abord envoyer au
parlement de Strasbourg une majorité de députés de gauche » ou d'une
quelconque sensibilité ? Cela n'a rien d'évident, car l'UE n'est pas
émancipée de l'influence des exécutifs nationaux. Le MoDem s'en
offusque implicitement en voulant changer une situation où « les
gouvernants de notre pays et les dirigeants européens préparent toutes
les décisions entre eux, dans le secret ». Beaucoup dépend de nous.
C'est pourquoi « l'Alliance royale estime qu'une coopération à
l'échelle de l'Europe n'est possible que par le renforcement des
institutions françaises ». Qu'elle suscite espoirs ou inquiétudes,
l'Union européenne reflète à bien des égard nos propres ambitions, nos
propres frustrations. Ne négligeons pas la France !
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