Chronique enregistrée pour RFR le
vendredi 29 juillet 2011.
Une fois n'est pas coutume, l'assainissement budgétaire
s'annonce comme un thème majeur de la campagne présidentielle. Cela
suscite d'ailleurs un certain malaise à gauche. En revanche, les
souverainistes s'en donnent à cœur joie. Tandis que les gouvernements
semblent impuissants à résoudre la crise des dettes souveraines, ils
agitent une solution miracle, le retour aux monnaies nationales, et
proclament que l'histoire leur a donné raison – ce qui n'est pas
impossible.
« Sans doute eût-il mieux valu que la Grèce ne rentre
pas dans l'euro », reconnaît, par exemple, Alain Madelin.
« En conservant son drachme », explique-t-il,
« elle n'aurait pu s'endetter inconsidérément comme elle l'a
fait sous le parapluie de l'euro et la sous-compétitivité de son
économie aurait pu être corrigée par une dévaluation ». Oui
mais voilà : abandonner la monnaie unique, c'est autre chose
que de ne pas l'avoir adoptée. Aux yeux de l'ancien ministre de
l'Économie, il apparaît « impossible d'organiser une
conversion forcée de l'ancienne monnaie quand celle-ci continue d'avoir
cours comme ce serait le cas avec l'euro ». Pour s'imposer, en
effet, « le nouveau drachme [...] se devrait d'être plus
attractif que l'euro ». Concrètement, comment voudriez-vous
convaincre tout un chacun d'échanger ses euros contre des drachmes ou
des francs dont la valeur serait appelée à fondre sur le marché des
devises ? Toujours selon Alain Madelin, « le seul
exemple connu de sortie d'une zone monétaire par la
dévaluation » serait celui du Mali en 1962, « dont
l'échec fut piteux ». Voilà un précédent qui mériterait d'être
étudié avec la plus grande attention.
Outre la monnaie unique, Marine Le Pen et Nicolas
Dupont-Aignan pointent une réforme intervenue en 1973, qu'ils dénoncent
sous le nom de « loi Rotschild ». C'est une allusion
à la banque éponyme, qui fut l'employeur éphémère de Georges Pompidou,
dont celui-ci est accusé d'avoir servi les intérêts alors qu'il était
devenu président de la République. Par cette loi, l'État avait renoncé
à se financer directement auprès de la Banque de France ;
depuis lors, il doit compter avec les taux fixés par les marchés.
C'était une façon de lutter contre les dérives inflationnistes.
Mais selon ses détracteurs, tel Aristide Leucate s'exprimant
dans L'Action Française 2000 du
17 mars dernier, « on ne mesure pas à quel point
l'impuissance publique ayant résulté de cette funeste décision allait
conduire à la privatisation progressive de la chose
publique ». Jacques Bainville aurait-il partagé cette
analyse ? Il n'y a « rien de plus terrible que la
liberté donnée à l'État d'imprimer du papier-monnaie »,
écrivait-il dans L'Action Française du 2 novembre 1925. À ses
yeux, l'indépendance de la Banque de France constituait un
« garde-fou » grâce auquel avait été contenu
« le gaspillage financier, inhérent aux
démocraties ».
Bien que les circonstances aient changé, cela donne à
réfléchir et pose, à nouveau, la question du rapport du politique à
l'économique. Schématiquement, deux conceptions s'opposent :
l'une respecte l'indépendance de chacun des ordres, quand l'autre croit
pouvoir placer le second sous la tutelle du premier. On l'observe à
travers les réactions suscitées par la crise de la dette :
tandis que les uns appellent l'État à réduire ses besoins de
financement, les autres prônent la censure des agences de notation –
autrement dit, ils s'attaquent au thermomètre plutôt que de soigner la
fièvre... « Quand on n'a pas assez de bonne monnaie, et qu'on
est bien résolu à ne pas recourir à la fausse, quand on veut se
contenter de ce peu de bonne monnaie plutôt que d'aller à la ruine par
une richesse fictive, que faut-il faire ? » se
demandait Jacques Bainville, quelques mois plus tard, toujours dans les
colonnes du quotidien royaliste. « Se restreindre »,
répondait-il. Selon lui, « il n'y a pas d'autre système que
les économies ».
Certains s'y refusent néanmoins. Ce faisant, ils se fourvoient
dans le volontarisme. Par ce terme, je ne désigne pas le dirigisme,
mais un certain rationalisme : d'aucuns fantasment sur
l'économie comme d'autres planifiaient jadis le découpage administratif
de la France suivant des formes géométriques. Dans un article publié
par Causeur en mai dernier, Georges Kaplan
raconte comment s'est développé un véritable système monétaire dans la
cour d'école qu'il fréquentait à l'âge de dix ans, où il échangeait des
billes avec ses camarades. Preuve que l'organisation économique revêt
un caractère en partie spontané. Et qu'à l'inverse, la volonté pure ne
suffit pas à la transformer. La plupart des royalistes n'étant pas
abusés par le mythe du contrat social, ils devraient pourtant
l'admettre sans difficulté !
Selon la formule popularisée par Milton Friedman,
« il n'y a pas de repas gratuit ». Autrement dit, il
y a toujours un prix à payer. Peut-être la monétisation de la dette
présente-t-elle quelque vertu. Je ne me risquerai pas à en débattre,
mais je tiens à mettre en garde nos auditeurs contre l'illusion selon
laquelle l'ardoise pourrait être effacée d'un coup de baguette magique.
Hélas, le mensonge volontariste se trouve nourri par la
tentation populiste. De fait, on se targue de prendre le parti du
« peuple » contre l'« oligarchie »
ou quelque « super-classe mondiale ». Autant
revendiquer l'espoir de provoquer un sursaut en précipitant la
République vers l'abîme. Car galvaniser le mécontentement populaire,
c'est bien choisir la politique du pire. Le constat établi en 1926 par
Jacques Bainville demeure d'actualité : « Les neuf
dixièmes de la France ne comprennent rien à ce qui se passe. D'où la
difficulté de demander à la masse, représentée par ses élus, des
sacrifices dont la portée et la destination lui échappent. »
Selon l'historien d'AF, « dans toute la mesure où
elle était indépendante de l'élection, la Restauration a été économe.
Dans toute la mesure où elle dépendait de l'opinion publique, elle a
suscité un mécontentement et des rancunes que ne désarmait pas le
retour de la prospérité. "Grande et importante leçon", eussent dit nos
pères. Elle explique la lâche paresse avec laquelle nos gouvernements
démocratiques se sont laissé aller, comme la Révolution elle-même, sur
la pente facile des assignats et de l'inflation. »
Or, comme l'écrivait encore Jacques Bainville, en 1933 cette
fois-ci, « la foule comprend à la lueur des éclairs dans le
ciel, quand l'orage des changes commence à gronder. [...] Après quoi,
de nouveau, elle oublie tout. » Sous la
Ve République, la construction européenne et le carcan du
droit ont tempéré l'incurie monétaire, mais non le laxisme budgétaire.
L'opinion publique semble disposée à l'entendre plus qu'elle ne l'a
jamais été. C'est une opportunité à saisir.
Les citations de Jacques Bainville sont tirées de La Fortune
de la France, un recueil d'articles paru en 1937 et disponible
gratuitement dans la bibliothèque numérique des "Classiques
des sciences sociales".
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15 septembre 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
À la faveur de la crise, une formule chère à l'AF se trouve
remise à l'honneur. À tort ou a raison ? Le débat est ouvert.
Commentant sur son blog un éditorial de Libération,
où Nicolas Demorand appelait à « réarmer le pouvoir
politique » contre l'influence des marchés financiers,
Jean-Philippe Chauvin l'a jugé « maurrassien ».
Lecteur d'une presse moins consensuelle, Aristide Leucate n'en retient
pas moins des considérations du même ordre. Dans L'Action
Française 2000 du 1er septembre, il a
relevé cette citation d'un confrère vaudois : « C'est
à l'État [...] qu'il appartient de cadrer (et non de régenter dans le
détail) l'activité économique, pour s'assurer qu'elle reste au service
du bien commun. » Suivait la reprise d'une formule chère à
l'AF : « Politique d'abord ! »
Monétiser la dette
Ces propos feraient l'unanimité s'ils n'étaient éclairés par
ceux de Marine Le Pen, pointant « notre dépendance de
plus en plus forte vis-à-vis des marchés ». « Parce
que c'est à eux exclusivement qu'on peut emprunter, parce qu'ils ont un
monopole et qu'ils peuvent nous imposer leurs conditions, nous imposer
des taux d'intérêt élevés », l'État devrait
« reprendre le contrôle de la politique monétaire, de la
politique budgétaire et de son financement », soutient
l'égérie populiste. Celle-ci vise une réforme remontant à 1973,
dénoncée sous le nom de « loi Rotschild » :
allusion à la banque éponyme, employeur éphémère de Georges Pompidou,
dont celui-ci est accusé d'avoir servi les intérêts devenu président de
la République. Par cette loi, l'État avait renoncé à se financer
directement auprès de la Banque de France ; depuis lors, il
doit compter avec les taux du marché. Ce faisant, il entendait se
prémunir des dérives inflationnistes.
Tandis que l'Occident peine à s'extraire de la spirale des
déficits, peut-être la perspective de monétiser la dette mérite-t-elle
d'être débattue. Mais en gardant à l'esprit qu'« il n'y a pas
de repas gratuit », selon l'expression popularisée par Milton
Friedman. Autrement dit, tout se paie d'une façon ou d'une autre. Or,
le coût s'avère d'autant plus élevé que l'on s'entête à faire
abstraction des forces à l'œuvre dans le système économique.
« Ce qui ne peut pas être refuse d'être », martelait
Charles Maurras dans La Politique naturelle. « Ce qui doit
être, ce que produit l'antécédent qu'on a posé, suit le cours de sa
conséquence », poursuivait-il, déplorant les méfaits des
« volontés mirifiques » : « On
annonçait l'abondance : il faut rogner la monnaie. Les
salaires ont monté, mais les prix aussi ; il faut que les
salaires montent encore : comment monteront-ils si l'on n'a
plus d'argent pour les payer ? » Les proclamations
selon lesquelles « la politique de la France ne se fait pas à
la corbeille », l'affirmation désinvolte que
« l'intendance suivra », les gargarismes en faveur
d'un « parti des politiques » sont autant
d'incantations procédant d'une conviction morale : la
politique apparaît plus noble que les activités économiques et
financières, puisqu'on lui prête, à tort ou à raison, la seule ambition
de servir le bien commun. De cela devrait découler une organisation
sociale retranscrivant formellement cette hiérarchie :
« politique d'abord », nous dit-on. Or, si l'on s'en
tient à Maurras, « quand nous disons "politique d'abord", nous
disons la politique la première, la première dans l'ordre du temps,
nullement dans l'ordre de la dignité ». Ni dans celui du droit.
Volontarisme
Aussi la formule nous paraît-elle galvaudée. Et même dévoyée,
étant donné qu'elle participe d'un volontarisme aux antipodes de
l'empirisme cher à l'AF : on nous promet de reconstruire la
société sur la base d'une abstraction, à la façon des révolutionnaires
envisageant le découpage administratif de la France suivant des formes
géométriques tracées au sommet de l'État. Dans ces conditions, comment
s'étonner que soit survenue la crise des subprimes ?
« La lune ! On n'a qu'à demander la lune »,
clamait Maurras. « Des mains dociles iront la cueillir dans le
ciel », comme d'autres, responsables politiques en tête, ont
annoncé aux ménages américains qu'ils pourraient se porter acquéreurs
de leur logement quel que soit leur niveau de revenus. « Mais,
peu à peu, les évidences se font jour. »
Justifiant la baisse d'un cran de la note souveraine des
États-Unis, Standard & Poor's a invoqué « la profonde
division politique » observée outre-Atlantique. Cela
« mène à une impasse et a empêché un règlement réel du
problème de la dérive budgétaire fédérale », selon Jean-Michel
Six, le chef économiste Europe de l'agence de notation, interrogé par Les Échos.
Sur le Vieux-Continent, les calculs politiciens nourrissent la
cacophonie diplomatique, rendant d'autant plus hasardeux le
rétablissement de la confiance. Preuve que, dans son acception
maurrassienne, le "politique d'abord" demeure d'actualité. Ne nous y
trompons pas : fustiger les agences de rating,
les traders et autres spéculateurs, c'est
témoigner d'une sollicitude déplacée à l'égard du personnel politique,
que l'on dédouane de ses responsabilités par la désignation d'un bouc
émissaire.
La France compte suffisamment de démagogues s'attaquant aux
magnats du capitalisme, ennemis à bien des égards imaginaires, tant
doit être relativisé le poids des individus et de leur cupidité dans le
système financier. Derrière les fonds de pension, n'y a-t-il pas de
modestes retraités ? Les royalistes ont mieux à faire que de
noyer leurs voix parmi celles des néo-marxistes au discours convenu.
Dans ce contexte, il leur appartient plutôt de dénoncer l'accumulation
des déficits aux dépens des générations futures, une fiscalité rendue
illisible par les atermoiements politiciens, l'interférence des
calendriers électoraux dans les négociations internationales...
Autrement dit, l'incurie républicaine – celle des institutions.
Politique d'abord !
15 septembre 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Quand le Parlement européen se fait taper sur les doigts par
les juges de Luxembourg.
En vertu de l'immunité dont ils bénéficient, les députés au
Parlement européen ne peuvent être recherchés, détenus ou poursuivis
pour des opinions exprimées dans l'exercice de leurs fonctions.
On se souvient que cela n'avait été d'aucun secours à Bruno
Gollnisch, tandis qu'il était trainé en justice par quelque ligue de
vertu, avec la bénédiction de l'assemblée. Il y a deux ans, celle-ci
s'était montrée plus solidaire à l'égard de l'Italien Aldo Patriciello,
mis en cause pour dénonciation calomnieuse.
L'intérêt général vu par les eurodéputés
Au cours d'une altercation sur un parking public, ce dernier
aurait accusé un agent de police de falsifier des procès-verbaux, aux
dépens des automobilistes donc. Ce faisant, à en croire la majorité de
ses collègues eurodéputés, il aurait agi dans l'intérêt général de son
électorat. Cela n'a pas convaincu la Cour de Justice de l'Union
européenne (CJUE). En effet, les déclarations de
M. Patriciello lui sont apparues « relativement
éloignées de ses fonctions de membre du Parlement européen ».
Or, dans son arrêt rendu le 6 septembre, la Cour
« considère que l'immunité peut être accordée seulement
lorsque le lien entre l'opinion exprimée et les fonctions
parlementaires est direct et évident ».
Ce principe étant posé, c'est toutefois aux juridictions
nationales qu'il appartient de l'appliquer. Et cela indépendamment de
l'opinion exprimée par le Parlement européen, dont la Cour souligne que
« la décision de défense de l'immunité [...] constitue
uniquement un avis sans aucun effet contraignant à l'égard des
juridictions nationales ».
15 septembre 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Le navire européen prend l'eau de toutes parts. En dépit du
zèle manifesté par le Parlement français, la mise en œuvre du "plan de
sauvetage" de la Grèce, arrêté en juillet dernier, n'est pas assurée.
Un timide soulagement s'est emparé des capitales européennes
dans la matinée du 7 septembre. Ce jour-là, le tribunal
constitutionnel allemand a validé (entre autres) la création du Fonds
européen de stabilité financière (FESF) – le principal instrument dont
se sont dotés les États européens pour combattre la crise des dettes
souveraines. « Andreas Vobkuhle, le président de la
cour de Karlsruhe [...] a toutefois insisté sur la nécessité pour le
Bundestag d'exercer l'entièreté de ses compétences budgétaires, et de
ne jamais y renoncer », rapportent Les Échos.
« Il a précisé que le gouvernement doit solliciter
l'approbation de la commission budgétaire du Bundestag pour toute
nouvelle aide. »
Calendes grecques
Cette inclination à protéger les prérogatives d'un parlement
national est volontiers montrée en exemple par les souverainistes
républicains : ils y voient, naturellement, un garde-fou
contre les velléités fédéralistes de l'Union européenne. Mais c'est
aussi un frein à l'action du gouvernement, dont les marges de manœuvre
se trouvent réduites dans les négociations internationales. De fait,
les considérations de politique intérieure pourraient ruiner le travail
des diplomates qui s'évertuant, bon an, mal an, à échafauder le
"sauvetage" de la Grèce. Outre la volte-face d'Helsinki, on signalera
la défiance de Bratislava, tout disposé à reporter aux calendes
grecques, justement, le renforcement du FESF : la Slovaquie
sera le dernier État de la zone euro à voter le nouveau plan d'aide à
Athènes, a annoncé le Premier ministre Iveta Radicová.
Ce projet, dévoilé le 21 juillet, sera-t-il jamais
ratifié par chacune des parties ? Le cas échéant, l'impact à
court terme sera limité pour les finances publiques de la France. En
effet, sa contribution ne se fera pas sous forme de liquidités, mais
par un apport de garanties au FESF, en charge d'émettre les obligations
qui lui permettront, ensuite, de prêter lui-même à la Grèce. Toutefois,
expliquent Les Échos, « la dette
publique brute de la France sera augmentée à mesure des émissions du
FESF, ce qui représentera près de 15 milliards d'ici à 2014
(0,7 % de PIB), auxquels il faut ajouter le premier plan
d'aide ainsi que les émissions au bénéfice de l'Irlande et du
Portugal ». Au total, l'aide apportée aux pays en difficulté
devrait représenter 40 milliards d'euros, soit 2 % du
PIB, selon le député UMP Gilles Carrez, rapporteur du collectif
budgétaire.
Un cap impossible
Outre la volonté idéologique de "sauver l'euro", celle
d'éviter un "saut dans l'inconnu" peut motiver cette démarche. D'autant
que les banques françaises sont parmi les plus exposées à la dette
hellène. Mais encore faudrait-il s'accorder sur un cap à moyen terme,
sans quoi la confiance sera bien difficile à rétablir, quelles que
soient les sommes déversées dans le tonneau des Danaïdes. Étant donné
la prégnance du fait national et l'interférence des échéances
électorales, peut-être cela s'avère-t-il impossible ? Telle
est la conviction qui pourrait bien gagner l'Europe. En tout cas,
certains tabous sont en passe d'être brisés : le gouvernement
allemand étudierait désormais l'hypothèse d'un retour au drachme,
affirment nos confrères du Spiegel.
Peut-être s'agit-il d'une rumeur délibérément diffusée afin
d'exercer une pression sur Athènes. Quoique les circonstances y
suffiraient vraisemblablement : la Grèce pourrait se trouver à
court de liquidités dès le mois prochain. On devine la tension qui doit
animer les discussions avec la BCE et la Commission européenne,
suspendues quelques jours durant à l'occasion d'un différend... Des
dissensions se font jour de toutes parts – jusque dans les couloirs
feutrés de la Banque centrale européenne ! Alors que les
ministres des Affaires européennes des Vingt-Sept se réunissaient à
Bruxelles lundi dernier, 12 septembre, les représentants de
sept États sont montés au créneau pour dénoncer leur mise à l'écart des
négociations portant sur la réforme de l'Union économique et monétaire.
« Nous sommes insatisfaits de la rencontre Merkel-Sarkozy et
de ses effets », a même déclaré Donald Tusk, le chef du
gouvernement polonais, qui attendait – « et attend
toujours » – « des décisions beaucoup plus
fermes ».
Serait-il déçu par la règle d'or promise par le président de
la République ? D'autres ont déjà manifesté leur scepticisme à
ce propos, tel Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen.
Fidèle à la mission que lui assigne son mandat, il exhorte néanmoins
les responsables européens à serrer les rangs. En vain. Reste la
proposition de l'Allemand Günther Oettinger, commissaire européen en
charge de l'Énergie : selon lui, il conviendrait de mettre en
berne, à l'abord des édifices communautaires, les drapeaux des États
sortant des clous du Pacte de stabilité. Voilà qui devrait nous tirer
d'affaire.
Causeur a publié jeudi dernier,
8 septembre 2011, une
contribution de Georges Kaplan que nous serions prêt à signer
pratiquement sans réserve. Extrait.
« La question n'est pas de savoir si l'État peut ou
ne peut pas légiférer, contrôler, inciter et contraindre ; ça
n'a jamais été le problème. Le vrai problème, tel qu'il a toujours été,
consiste à comprendre et à anticiper les conséquences des législations,
des contrôles, des incitations et des contraintes. [...] Le discours
politique, à de très rares exceptions près, ne restera jamais rien
d'autre qu'une suite de mots mis bout à bout par un politicien qui
cherche à nous vendre du rêve contre notre suffrage. Chaque politique
volontariste est une nouvelle rustine destinée à colmater les fuites
provoquées par les politiques volontaristes précédentes et qui
provoquerons bientôt elle-même de nouvelles fuites que nous devrons à
leur tout colmater avec de nouvelles politiques volontaristes. C'est le
cycle sans fin d'autojustification de l'intervention publique qui
déclenche des crises, les attribue au marché et recommence. N'en
déplaise aux apôtres de la toute puissance de l'État, la réalité c'est
le marché. Même en Union soviétique, le marché existait toujours et ses
lois continuaient à s'imposer au planificateur. La raison en est très
simple : c'est que le marché, voyez vous, c'est
nous ; le marché c'est le produit de nos réflexions, de nos
raisonnements et de nos actions. Tant que les êtres humains disposeront
d'une volonté propre et seront disposés à coopérer pacifiquement entre
eux, aucune politique, aussi volontariste et coordonnée soit-elle, ne
pourra jamais réussir à s'affranchir de cette réalité. »
1 septembre 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Soumis aux pressions des opinions publiques, les gouvernements
européens se montrent incapables de parler d'une seule voix, révélant
la fragilité d'une illusoire solidarité budgétaire.
L'euro a-t-il été créé dans la précipitation ? C'est,
apparemment, l'opinion du président de la République. Le
16 aout , à l'issue d'une rencontre avec le chancelier
allemand, il a déploré que la monnaie unique ait été établie
« sans prévoir au préalable l'harmonisation des
compétitivités » – tâche à laquelle il prétend désormais
s'atteler. À moyen terme, un impôt sur les sociétés harmonisé de part
et d'autre du Rhin pourrait symboliser la convergence accrue des
économies européennes.
Une intégration ambiguë
Chantre de l'"intégration", Nicolas Sarkozy se défend
néanmoins de toute velléité fédéraliste : « L'Europe
des vingt-sept et bientôt des trente [...] ira de plus en plus vers la
confédération », a-t-il annoncé. La nature du futur
« gouvernement économique » de la zone euro pourrait
le confirmer – du moins formellement : selon le vœu de Paris
et Berlin, en effet, cette responsabilité ne serait pas confiée à la
Commission européenne, mais à la réunion des chefs d'État ou de
gouvernement. Quant à la mutualisation des dettes publiques, elle
apparaît pour l'heure exclue. « Cela consisterait à garantir
par [notre] triple A la dette de tous les pays de la zone
euro », a expliqué le chef de l'État. « Cela voudrait
donc dire que nous garantirions la totalité de la dette sans avoir la
maîtrise de la dépense et de la création de la dette », a-t-il
prévenu.
Or la priorité est donnée au respect de la discipline
budgétaire, que serait censée garantir l'adoption, d'ici l'été 2012,
d'une "règle d'or" par les dix-sept États membres de la zone euro. En
vertu d'une telle disposition, les lois de finance annuelles seraient
soumises à un objectif de retour à l'équilibre budgétaire.
« Cela ne dépend pas que du droit européen », a
souligné Angela Merkel. « Inscrire cela dans son droit
national, c'est la meilleure façon de nous engager », a-t-elle
déclaré. D'autant qu'en cas de manquement « la plus grande
sanction ne viendrait pas [...] de la Commission mais de
l'intérieur ».
Hochet présidentiel
Un consensus transpartisan vient d'être négocié en Espagne
afin de modifier la constitution en ce sens. En France, « un
certain nombre de personnalités qui n'appartiennent pas à la majorité
ont déjà fait savoir qu'[elles] étaient favorables à l'adoption de
cette règle », a assuré le président de la République.
Peut-être se feront-elles davantage entendre après la primaire
socialiste ? À l'approche de l'élection présidentielle, la
tentation est d'autant plus grande d'instrumentaliser le débat. Y
compris à droite, où l'on pourrait fort bien s'accommoder de
l'opposition socialiste, censée souligner, par contraste, le sens des
responsabilités propre à l'UMP.
C'est dire combien les calendriers électoraux et autres
calculs politiciens interfèrent dans les négociations internationales.
Au risque de faire capoter les tentatives de résolution de la crise des
dettes souveraines. « Devoir mettre la main à la poche pour
sauver la Grèce endettée ne semble faire ni chaud ni froid aux
Français », constatait le Courrier international
en juillet dernier. En fait, ils feraient « rarement le lien
entre l'argent du gouvernement et leur impôt », selon The Economist.
Quoi qu'il en soit, comme le rappelait le magazine britannique,
« chez tous les autres pays créditeurs de la zone euro [...],
le coût de ces sauvetages a fait l'objet de débats animés ».
Confronté à la pression des Vrais Finlandais, Helsinki s'est distingué
en exigeant d'Athènes des garanties bilatérales en échange de sa
participation au plan de soutien présenté le 21 juillet.
« Dès le lundi 22 août, Moody's a expliqué que
"l'accord entre la Grèce et la Finlande, en lui-même de faible ampleur,
n'en est pas moins très significatif" », rapporte Euractiv.
« La solidarité européenne ne serait ainsi pas sans
faille. » En dépit de l'interdépendance des économies, autant
dire qu'elle repose sur du sable !
Controverse à Francfort
Alors que les emprunts d'État rachetés par la Banque centrale
européenne dépassent désormais les 100 milliards d'euros, La
Tribune signale que le président de la République fédérale
d'Allemagne, Christian Wulff, a fustigé une pratique
« contestable juridiquement ». Quant à la Bundesbank,
si l'on en croit Les Échos, elle aurait
critiqué « avec une ardeur peu commune » l'esquisse
d'une solidarité budgétaire européenne. Celle-ci est accusée
d'affaiblir « les fondements de la responsabilité budgétaire
en zone euro et la discipline des marchés de capitaux, sans qu'en
contrepartie les possibilités de contrôle et d'influence sur les
politiques financières nationales aient été sensiblement
renforcées ». La cacophonie aidant, les tensions semblent
appelées à durer sur les marchés obligataires.
1 septembre 2011 Article publié dans L'Action Française 2000
Mis à l'honneur dans la presse, Bainville se trouve par
ailleurs invoqué dans le débat économique.
Jacques Bainville a fait l'objet d'un éloge dans les colonnes
de L'Express. « L'historien et
journaliste monarchiste avait tout pour lui : lucidité, brio,
maîtrise de tous les genres », lit-on en introduction d'un
article publié le 12 août sur le site Internet de
l'hebdomadaire. Outre « l'aptitude de Bainville à la
prophétie », qu'il juge « époustouflante »,
Emmanuel Hecht souligne la distance qui le séparait de Charles Maurras
et Léon Daudet. Une concession au "politiquement correct" au demeurant
nuancée, d'autant que notre confrère invoque une « question de
tempérament ». De fait, « les coups de poing [...],
la crudité et la violence du langage [...], l'antisémitisme,
répugnaient au distingué Jacques Bainville ».
Rigueur budgétaire
Par ailleurs, on relèvera quelque écho à l'actualité en
relisant les articles économiques de l'illustre journaliste.
« Rien de plus terrible que la liberté donnée à l'État
d'imprimer du papier-monnaie », écrivait-il dans L'Action Française
du 2 novembre 1925. À ses yeux, l'indépendance de la Banque de
France constituait un « garde-fou » grâce auquel
avait été contenu « le gaspillage financier, inhérent aux
démocraties ». Cela nourrira la discussion, au moment où l'on
envisage de monétiser la dette publique en autorisant de nouveau l'État
à se financer directement auprès de la banque centrale, en marge de la
pression des marchés. « Quand on n'a pas assez de bonne
monnaie, et qu'on est bien résolu à ne pas recourir à la fausse, quand
on veut se contenter de ce peu de bonne monnaie plutôt que d'aller à la
ruine par une richesse fictive, que faut-il faire ? »
se demandait Jacques Bainville, quelques mois plus tard, toujours dans
les colonnes du quotidien royaliste. « Se
restreindre », répondait-il. Selon lui, « il n'y a
pas d'autre système que les économies ».
Peut-être les circonstances ont-elles changé – l'heure n'est
plus à l'inflation galopante. Et peut-être nos lecteurs partageront-ils
l'aversion de Maurras pour certaines théorisations... « Il n'y
a pas de protectionnisme, il n'y a pas de libre échange qui
tienne », affirmait-il. « Il y a la vigilance et
l'incurie, il y a l'organisation intelligente des tarifs ou la
résignation à leur jeu automatique et mécanique, lequel ne peut être
que désastreux comme toute résignation humaine aux caprices de la
nature. »
Quoi qu'il en soit, ce constat établi en 1926 par Jacques
Bainville nous semble toujours d'actualité : « Les
neuf dixièmes de la France ne comprennent rien à ce qui se passe. D'où
la difficulté de demander à la masse, représentée par ses élus, des
sacrifices dont la portée et la destination lui échappent. »
Or, selon l'historien d'AF, « dans toute la mesure où elle
était indépendante de l'élection, la Restauration a été économe. Dans
toute la mesure où elle dépendait de l'opinion publique, elle a suscité
un mécontentement et des rancunes que ne désarmait pas le retour de la
prospérité. "Grande et importante leçon", eussent dit nos pères. Elle
explique la lâche paresse avec laquelle nos gouvernements démocratiques
se sont laissé aller, comme la Révolution elle-même, sur la pente
facile des assignats et de l'inflation. » Ainsi que sur celle
des déficits...
Les citations de Jacques Bainville sont tirées de La Fortune
de la France, un recueil d'articles paru en 1937 et
disponible gratuitement dans la bibliothèque numérique des "Classiques
des sciences sociales" : http://classiques.uqac.ca/