Chronique du conspirationnisme

19 janvier 2018
Article publié dans L'Action Française 2000

Une enquête sur le complotisme a été réalisée par l'Ifop pour la Fondation Jean Jaurès et le site Conspiracy Watch. Les conclusions de ce sondage semblent effarantes : près d'un Français sur dix serait prêt à croire que la Terre est plate ! La méthodologie suivie inspire toutefois bien des réserves.

La propagation des fake news et des théories conspirationnistes qui les inspirent parfois semble susciter une inquiétude grandissante. Dans ce contexte, une « enquête sur le complotisme » vient d'être réalisée par l'Ifop pour la Fondation Jean Jaurès. Comme le rapporte Rudy Reichstadt, animateur du site Conspiracy Watch, « beaucoup s'alarment [..] de la menace que pourrait faire peser […] pour la démocratie la banalisation d'une culture dite de la "post-vérité" dans laquelle la prise en compte des réalités factuelles dans la détermination de l'intérêt général deviendrait secondaire ». Cependant, la démagogie n'est-elle pas aussi vieille que la démocratie, sinon plus encore ? Quoi qu'il en soit, le conspirationnisme relèverait d'un « phénomène social majeur » ; dans « sa forme la plus intense », il concernerait « pas moins d'un Français sur quatre ».

Des résultats effarants

Certains résultats du sondage apparaissent effarants. Par exemple, 32 % des personnes interrogées croient que « le virus du Sida a été créé en laboratoire et testé sur la population africaine avant de se répandre à travers le monde » ; 20 % des sondés s'imaginent que « certaines traînées blanches créées par le passage des avions dans le ciel sont composées de produits chimiques délibérément répandus pour des raisons tenues secrètes » ; 16 % d'entre eux prétendent que « les Américains ne sont jamais allés sur la Lune » et que « la Nasa a fabriqué de fausses preuves et de fausses images de l'atterrissage de la mission Apollo sur la Lune » ; enfin, 9 % jugent qu'« il est possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l'école ».

La formulation de ce ce dernier énoncé s'avère étonnement subtile : pourquoi demander aux sondés s'ils jugent « possible » que la Terre soit plate, et non s'ils considèrent qu'elle l'est effectivement ? D'autres ambiguïtés sont porteuses de biais potentiels. Interrogés sur l'immigration, les sondés étaient appelés à s'exprimer sur l'affirmation suivante : « C'est un projet politique de remplacement d'une civilisation par une autre organisé délibérément par nos élites politiques, intellectuelles et médiatiques et auquel il convient de mettre fin en renvoyant ces populations d'où elles viennent. » 48 % des sondés ont répondu qu'ils étaient « d'accord ». Mais d'accord avec quoi ? Avec la thèse selon laquelle l'immigration procéderait d'un phénomène bien orchestré, ou bien avec la conviction qu'il faudrait y mettre fin ? Bien évidemment, dès lors qu'on s'imagine que les flux migratoires sont canalisés à dessein, il apparaît d'autant plus réaliste de vouloir les inverser. Mais peut-être cela aura-t-il contribué à noircir le tableau brossé par ce sondage. D'autant que le traditionnel « ne se prononce pas » n'était pas proposé aux sondés, priés de trancher à chaque fois. « Comme il s'agissait de la première grande étude sur le sujet, des aspects sont sans doute perfectibles », a concédé Jérôme Fourquet, au nom de l'Ifop. C'est le moins que l'on puisse dire.

Obsolescence programmée

Qu'en est-il, par ailleurs, du choix des thèses soumises à l'approbation des sondés ? Rien ne permet de l'éclairer, que ce soit dans la publication de l'Ifop ou le commentaire mis en ligne par la Fondation Jean Jaurès. « La plupart des grandes théories du complot en circulation de nos jours ont été proposées à l'échantillon », se bornent à prétendre les commanditaires de l'enquête. Dans ces conditions, il était d'autant plus facile pour eux d'aboutir à la conclusion selon laquelle « le conspirationnisme est corrélé avec le vote populiste ». Ce constat n'aurait-il pas été plus nuancé si les sondés avaient été interrogés sur les déboires de François Fillon ou DSK, promis chacun à un destin présidentiel ? Le cas échéant, sans doute les sympathisants de droite et même les sociaux-démocrates se seraient-ils montrés plus enclins à cautionner des thèses complotistes… Quant aux électeurs d'Europe-Écologie-Les Verts, ne peut-on pas imaginer qu'ils soient tout particulièrement séduits par la thèse de l'obsolescence programmée ?

Dans sont acception la plus courante aujourd'hui, celle-ci relève typiquement du conspirationnisme. Peu de confrères l'ont relevé dernièrement, à l'exception notable de Corentin Durand dans Numerama (11 janvier 2018). Commentant le discours de l'association HOP, qui vient de déposer une plainte contre Apple, il dénonce « un mélange peu digeste de vraies informations et de vrais délires » ; rappelant le vieillissement fatal des batteries équipant nos smartphones, il écrit par ailleurs : « Tout cela n'est que chimie. À moins que ce ne soit conspiration ? » C'est bien de cela qu'il s'agit, car une politique durable d'obsolescence programmée suppose une entente à très vaste échelle, mise en œuvre par des acteurs suffisamment puissants pour annihiler toute velléité de concurrence… C'est un fantasme dont les consommateurs s'accommodent d'autant mieux qu'il masque leur propre inconséquence. Et dont les politiques font parfois leur miel !

Macron complotiste

Sans doute ce conspirationnisme-là s'avère-t-il trop consensuel pour intéresser la Fondation Jean Jaurès et Conspiracy Watch. Comme l'explique Jérôme Fourquet, « le but de l'enquête était de disposer d'un état des lieux le plus exhaustif possible mais aussi de voir si l'adhésion à certaines thèses était corrélée […] avec l'approbation d'opinions sur des sujets très différents, relevant tous d'une grille de lecture alternative réfutant l'explication officielle et communément admise ». On se délecte de la popularité des théories les plus fantasques comme on rit de la malheureuse Nabilla faisant commerce d'une culture prise en défaut sur les plateaux de télévision : les idiots, ce sont les autres ! Incidemment, on ignore la banalité d'une phénomène particulièrement diffus, dont les populistes n'ont pas l'apanage. En novembre 2013, par exemple, SOS Racisme avait dénoncé la « stratégie globale de l'extrême droite » dans laquelle se serait inscrit le journal Minute, après avoir consacré une première page particulièrement controversée à Christiane Taubira.

Cédant à la même tentation, le président de la République a lui-même versé dans le conspirationnisme ordinaire tandis qu'il présentait ses vœux à la presse le 4 janvier dernier. Dénonçant la propagation des fake news, il a affirmé qu'il y avait là « une stratégie financée visant à entretenir le doute, à forger des vérités alternatives, à laisser penser que ce que disent les politiques et les médias est toujours plus ou moins mensonger ». Ce que contestent, d'une certaine façon… les Décodeurs du Monde. « Bien sûr, beaucoup de fausses informations sont publiées pour des raisons politiques ou idéologiques », avaient-ils souligné le 20 décembre ; « mais il y a également, dans énormément de cas, des motivations financières, avec tout un écosystème de sites et de pages Facebook qui ont poussé à l'extrême la logique des revenus publicitaires calculés aux clics ». Sans parler des méprises commises en marge de tout calcul ! Selon Emmanuel Macron, « entre le complotisme et le populisme, le combat est […] commun, il est de saper toute confiance dans le jeu démocratique, d'y faire apercevoir un jeu de dupe, une valse de faux-semblants […] au profit d'une propagande déterminée ». Profondément légitime à nos yeux, la dénonciation du conspirationnisme se prête inévitablement à des instrumentalisations politiques.

George Lucas et les Jedi à la lanterne !

6 janvier 2018
Article publié dans L'Action Française 2000

Petite revue de presse politique publiée après la sortie des Derniers Jedi.

Le nouveau Star Wars, Les Derniers Jedi, sorti en France le 13 décembre 2017, a reçu un accueil mitigé. Sur le site américain Rotten Tomatoes, par exemple, la majorité de nos confrères l'ont encensé, mais les spectateurs ont été nombreux à le critiquer avec virulence. Pas forcément pour des motifs d'ordre artistique.

Un film féministe ?

« Les femmes font leur entrée en grande pompe dans la mythologie Star Wars, et c'est peut-être la vraie bonne nouvelle de cette nouvelle trilogie », se félicite ainsi Gaudéric Grauby-Vermeil sur France Inter (14 décembre 2017), minimisant le rôle joué jadis par la princesse Leia… « Les dimensions mythique et archétypale » propres à La Guerre des étoiles « sont quasiment évincées par une idéologie féministe agressive », regrette Bishop Robert Barron, fondateur d'un mouvement catholique à Los Angeles, sur le site Yellow Hammer News (26 décembre 2017). Selon lui, les personnages masculins des Derniers Jedi seraient incompétents ou arrogants tandis que les femmes y apparaîtraient prudentes ou courageuses. Cet aspect-là du film, loin d'être flagrant à nos yeux, aurait nourri la défiance de militants plus ou moins associés à l'extrême droite américaine (Alt-right) – lesquels se seraient mobilisés pour en organiser le dénigrement sur la Toile ; c'est en tout cas ce que rapportent Bill Bradley et Matthew Jacobs dans l'édition américaine du Huffington Post (20 décembre 2017).

À défaut de rompre avec un patriarcat fantasmé, Les Derniers Jedi semblent vouloir se libérer du passé (parfois pour mieux s'y enfermer cependant, car cela ne va pas sans ambiguïtés). Le personnage de Yoda, censé incarner la sagesse, commande lui-même à la foudre de s'abattre sur la mémoire ancestrale de l'ordre Jedi, dont l'existence n'a plus lieu d'être : la maîtrise de la Force ne requiert plus vraiment d'apprentissage, comme en témoignent les prouesses de Rey. Dans un galaxie lointaine, comme chez nous en fait, la spiritualité et ses expériences propres à chacun se substituent à la religion placée sous l'égide d'une Église, constate Chaim Saiman dans The Atlantic (27 décembre 2017). Selon Jack Kerwick, professeur de philosophie, le film suggérerait même que « c'est de la civilisation, de ses traditions et de ses institutions que naît la corruption ». Aussi érige-t-il Rey en « héroïne rousseausite » dans une analyse publiée sur le site américain Beliefnet (1er janvier 2018).

En finir avec les sang bleu

Il lui serait d'autant plus facile de faire table rase du passé qu'elle n'est affublée d'aucun patronyme. Cela réjouira notre confrère Steve Rose : dans le Guardian (4 décembre 2017), avant la sortie du film, il s'était attaqué aux « sang bleu », exprimant l'espoir que l'héroïne de la nouvelle trilogie soit issue d'une famille anonyme ; de son point de vue « ce serait le signe que la mobilité sociale n'est pas éteinte après tout ». Les Skywalker à la lanterne ! Voilà un slogan que ne renieraient pas les militants de la « Force insoumise », pour reprendre un titre utilisé par Libération (12 décembre 2017). « On pourrait […] dire que le seul vrai sujet du film, par-delà ceux scolairement répétés des volets précédents, est le dégagisme », écrivent nos confrères Didier Péron et Olivier Lamm, risquant un parallèle avec la vie politique française : « rien à foutre du sabre-laser, à la casse le casque intégral du bébé Vador, expédié sans ménagement le grand méchant en robe de chambre lamé or et dents avariées ».

Faut-il y voir comme une mise en abyme ? Incidemment, Disney et ses sbires semblent exprimer la volonté de rompre avec l'héritage de George Lucas, qui leur a abandonné la destinée de son œuvre il y a cinq ans. « Ce n'était pas toujours facile de travailler avec George », raconte Ben Burtt, auquel on doit d'avoir façonné l'univers sonore de la saga Star Wars, cité par Star Wars Underworld (16 décembre 2017). Cependant, poursuit-il, « vous pouviez attirer son attention, avoir votre mot à dire, présenter quelque chose et obtenir un oui ou un non ». Tel n'aurait pas été le cas s'il avait travaillé sur Les Derniers Jedi, a-t-il regretté. Autrement dit : c'était mieux avant… du temps de la monarchie.

Honoré d'Estienne d'Orves en bande dessinée

21 décembre 2017
Article publié dans L'Action Française 2000

Rencontre en images avec un officier de Marine pionnier de la Résistance.

Issu d'une famille royaliste, Honoré d'Estienne d'Orves (1901-1941) fut un pionnier de la Résistance. « Libre dans ses idées, il refuse de se soumettre face à la défaite, à contre-courant de l'opinion dominante », souligne son petits-fils, Augustin, en introduction d'une bande dessinée qui lui est consacrée. Au fil des pages, le lecteur est ballotté d'une période à l'autre, au risque, parfois, de s'y perdre un peu. Le héros nous livre lui-même ses souvenirs, accompagnant des images souvent sans dialogue.

Éduqué dans la foi

« Je reçois une éducation qui fait la part belle à la famille, à la France, à la foi, mais aussi aux arts et à la curiosité intellectuelle », raconte-t-il notamment. Formé à l'école Polytechnique, il entre dans la Marine en 1923. Quand sonne le glas de l'armistice, tandis qu'il sert en Égypte, la flotte n'est-elle pas intacte ? Du moins l'était-elle jusqu'au drame de Mers el-Kebir… « Après ce massacre, je ne pouvais plus accepter de rallier l'armée anglaise », explique-t-il. Quelques mois plus tard, cependant, il est accueilli à Londres par l'amiral Muselier, chef des Forces navales françaises libres. En décembre 1940, il revient en France, où il installe une liaison radio. Trahi, il est arrêté et condamné à mort, suscitant le respect de ses juges. Le 29 août 1941, à l'heure de son exécution, il donne l'accolade à un officier allemand :« nous avons fait tous les deux notre devoir », lui dit-il devant des soldats ébahis.

Nécessaire pédagogie ?

Le dessin n'est pas des plus détaillé. Quant à la police utilisée, elle n'est pas particulièrement lisible. Par ailleurs, était-il bien nécessaire de préciser dans une note de bas de page ce que furent la Grande Guerre ou la bataille d'Angleterre ? Peut-être cette BD est-elle destinée aux plus jeunes… On regrettera que l'amiral Darlan y soit présenté comme le chef d'un gouvernement « collaborationniste » ; la plupart des historiens ne parlent-ils pas plutôt de « collaboration » ? Ces réserves mises à part, la publication de cette BD relève d'une heureuse initiative.

La crèche, un symbole dévoyé

21 décembre 2017
Article publié dans L'Action Française 2000

Un laïcisme obtus transforme la crèche en symbole identitaire.

La justice s'acharne contre les crèches ! Celle installée dernièrement par Robert Ménard vient d'en faire les frais. Hélas ! Une suspicion plane toutefois sur le maire de Béziers – comme sur tous les édiles bravant une laïcité dévoyée : trouveraient-ils le même intérêt à mettre en scène la Nativité s'ils ne risquaient pas d'être traînés devant les tribunaux ? La polémique aidant, ils apparaissent comme les hérauts d'autant plus méritants de traditions attaquées de toutes parts.

La magie de Noël !

Sans doute la légitimité prêtée à leur combat tient-elle à la hantise suscitée par l'immigration et l'islam ; que va-t-il advenir de l'identité nationale ? Dans le cas des crèches, cependant, il faut le rappeler, c'est à l'initiative de « libres penseurs » que des interdictions sont prononcées. Quant à nos compatriotes musulmans, ils ne semblent pas indisposés par cet héritage religieux. Dans une boulangerie du Val-de-Marne, en pleine effervescence au moment du Ramadan, on n'a certes pas installé de crèche ces jours-ci, mais on a tout de même planté un sapin, avec, entre autres décorations, un bonnet de père Noël – cousin pas si lointain de saint Nicolas, une figure chrétienne donc, dont on s'étonne d'ailleurs qu'elle soit encore tolérée dans des édifices publics… À l'approche du réveillon, voilà déjà quelques années (en 2009), nos confrères des Échos avaient remarqué que « chapons, foie gras et dinde farcie halal [avaient] fait leur apparition dans les rayons des épiceries spécialisées ». De ce point de vue, la fête de la Nativité conserve de beaux restes, tant elle s'avère encore fédératrice. C'est la magie de Noël !

Qu'en sera-t-il demain ? Peut-être les crèches vont-elles continuer à refleurir. Des cochons pourraient y être substitués aux moutons. Pour décorer un intérieur en toute saison, à côté d'une représentation de la bataille de Poitiers. Cela, au fond, avec la bénédiction des institutions républicaines, dont le laïcisme obtus contribue directement à dévoyer la crèche en étendard du combat identitaire. Les croyants n'ont pas lieu de s'en réjouir. Les profanes non plus.

Elle a tué Marius Plateau

12 octobre 2017
Article publié dans L'Action Française 2000

France Culture a consacré une émission à Germaine Berton, qui assassina Marius Plateau, chef des camelots du Roi, en janvier 1923.

Le chant des camelots du Roi a retenti sur France Culture le 29 août 2017. Sa diffusion ponctuait une émission de cinquante-deux minutes mettant à l'honneur Germaine Berton, l'assassin de Marius Plateau. Militante anarchiste, elle avait seulement vingt ans quand elle commit son crime (mais elle avait déjà tenté de se donner la mort). Sans doute avait-elle été inspirée par un imaginaire forgé dès l'enfance : à l'école, elle s'était amusée à mettre en scène le procès de Louis XVI, allant jusqu'à reconstituer sa décapitation. Quant aux horreurs de la guerre, elles avaient nourri son anti-militarisme.

Redoutable adversaire

En ce début d'année 1923, Germaine Berton prend d'abord pour cible Léon Daudet – « l'ennemi le plus acharné de la classe ouvrière et aussi l'ennemi de la République, », selon ses propres dires. « Elle lui en veut énormément de soutenir l'idée d'occuper la Ruhr à nouveau, donc de rallumer finalement le conflit avec l'Allemagne », explique Anne Steiner ; en outre, « elle le rend responsable de l'assassinat de Jaurès ». Finalement, c'est vers Marius Plateau qu'elle va braquer son arme. Ce faisant, explique Olivier Dard, Germaine Berton pense « qu'au fond elle exécute un deuxième couteau, mais en réalité elle porte un coup très important à l'Action française ». Celle-ci est alors « à son apogée », souligne-t-il ; « elle pèse énormément à la fois dans le monde intellectuel, dans le monde littéraire également, mais aussi dans le monde politique » – cela en dépit d'une assise parlementaire très étroite. Or, poursuit l'historien, Marius Plateau s'attachait à la structurer « pour en faire une véritable organisation politique ». Chef des camelots du roi, il était « le plus redoutable des adversaires », selon le témoignage donné jadis par Victor Méric, un journaliste d'extrême gauche ; « il cognait tout le temps ; la matraque lui tenait lieu de doctrine », affirmait ce dernier. « Il y a effectivement une violence physique qui s'exerce à l'occasion des manifestations », confirme Olivier Dard ; mais cela « aussi bien à l'Action française que chez les syndicalistes, des socialistes, etc. ». Selon ses camarades, placardant des affiches appelant à lui rendre hommage, Marius Plateau aurait été « assassiné sur l'ordre de Berlin » ; cela « dit beaucoup de l'interprétation de l'Action française sur ce crime », remarque Frédéric Lavignette.

Le procès de l'Action française

Quoi qu'il en soit, Germaine Berton n'exprime aucun regret. Bien au contraire : « elle est extrêmement fière de ce qu'elle a fait, elle aurait même voulu faire plus », selon Fanny Bugnon. « Ce n'est pas rien de tuer un homme », confesse-t-elle. Elle n'en assume pas moins son geste tout au long de son procès. Cela « a désarmé l'accusation », rapporte Francis Démier. À l'époque, rappelle-t-il, « toute une partie de l'opinion […] s'inquiète de la radicalisation de la droite ». « Comment peut-on condamner Germaine Berton alors qu'on a acquitté l'assassin de Jaurès ? » Telle est, en substance la question posée par Henry Torrès. Avocat « remarquable », ce dernier mobilise la gauche pour défendre Germaine Berton. Léon Blum figure parmi les témoins. « En fait c'est le procès des républicains contre l'Action française », résume Fanny Bugnon. La Justice qui tranche est bien celle de la République : à la veille de Noël, Germaine Berton est acquittée. Celle-ci « ne reste pas vraiment dans les mémoires », constate Fanny Bugnon ; « elle est très peu célébrée », semble-t-elle regretter, tandis que Marius Plateau « est plus connu ».

Études de genre

Pourquoi ? « Parce qu'on est dans une période où les femmes ne sont pas des sujets politique », répond-elle, manifestement inspirée par les études de genre ; « elles sont des citoyennes sans citoyenneté », poursuit-elle. Cela justifierait l'intérêt porté aujourd'hui à Germaine Berton, selon l'explication donnée par Séverine Liatard en introduction de l'émission : « En transgressant ainsi violemment l'ordre social et sexué, le personnage interroge et fascine. » Germaine Berton s'éteignit en 1942, à l'âge de quarante ans, à l'issue d'une énième tentative de suicide, réussie cette fois-ci.

L'ombre du comte de Chambord plane sur le Palais-Bourbon

12 octobre 2017

Voilà qu'on reparle du drapeau blanc ! Un député a proposé qu'il soit présent dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.

Faut-il retirer le drapeau européen de l'Assemblée nationale, comme le réclament Jean-Luc Mélenchon et ses camarades de la France insoumise ? À cette question, Mme Marie-France Lorho, député du Vaucluse, apporte une réponse iconoclaste.

De son point de vue, certes, « l'Europe de Bruxelles n'est pas très aimable ». Toutefois, estime-t-elle, « l'addition est plus souhaitable que la soustraction ». C'est pourquoi elle propose qu'« un drapeau blanc, symbole de la construction nationale précédant la Révolution française », puisse « être présent dans l'hémicycle avec le drapeau tricolore ». Ce serait « la formidable occasion d'une union mémorielle », a-t-elle expliqué. Un amendement a donc été déposé à cet effet.

« J'avoue ne pas bien saisir le sens de votre demande », lui a rétorqué Mme Yaël Braun-Pivet, rapporteur ; « il me semble que l'hémicycle est un lieu emblématique de l'élaboration de la loi républicaine », a-t-elle poursuivi, ne voyant pas « ce que le drapeau blanc de la Restauration viendrait y faire ».

Malheureusement, la retranscription officielle des débats permet difficilement d'en mesurer toutes l'ironie…

Regard historique sur la bataille de Dunkerque

21 septembre 2017
Article publié dans L'Action Française 2000

Alors que s'achevait l'opération Dynamo, Charles Maurras célébrait à la une de L'Action Française l'amitié franco-britannique. Et puis…

Au lendemain de l'évacuation de Dunkerque, la solidarité franco-britannique s'affichait toujours à la une des journaux. Y compris dans les colonnes de L'Action Française. Comme le rapportait Thierry Maulnier, dans l'édition du 5 juin 1940, « les deux opérations de la retraite et de l'embarquement paraissaient l'une et l'autre impossibles » ; or « elles ont été l'une et l'autre réussies », pouvait-il se féliciter. Certes, poursuivait-il, « une partie de l'héroïque arrière-garde […] a succombé sous le nombre », tandis qu'« un certain nombre d'unités navales légères, françaises et anglaises, se sont vaillamment sacrifiées pour assurer le salut de l'armée », « mais le résultat constitue un exploit inoubliable ». « Quand les commandements anglais et français ont décidé l'évacuation des troupes retraitant de Belgique […], on n'espérait pas rapatrier la moitié des hommes que nous avons pu sauver », rappelait, dans le même numéro, M. Picot de Plédran. Et d'ajouter : « La résistance de Dunkerque demeurera l'une des pages les plus éclatantes de notre armée et de notre Marine. »

Un nœud spirituel

Charles Maurras n'était pas en reste. « Il était sans précédent qu'une opération aussi compliquée eût été menée à bien par un seul État », écrivait-il à la une du quotidien royaliste ; « or, deux États s'en sont tirés », poursuivait-il ; « c'est le comble de la coopération unitaire dans la dualité la plus complète ». Ce faisant, expliquait-il, « le nœud spirituel de la coalition […] vient d'affirmer sa force ». Aussi formulait-il le vœu suivant : « que cela tienne, que cela dure et se développe ». Nul ne semblait imaginer qu'un armistice serait sollicité quelques jours plus tard…

Maurras gaulliste !

Envisageant toutefois le pire des scénarios, Winston Churchill avait annoncé que si son pays était envahi, il poursuivrait la lutte, réfugié dans quelque partie de l'empire britannique. « Nous avons, nous aussi, de belles portes de sortie du côté de l'Algérie et de toute l'Afrique du Nord », réagissait Charles Maurras, dont les propos auraient pu inspirer l'appel du 18 juin ! Cela étant, demandait-il, « comment peut-on penser que l'on en puisse venir là » ? Et de marteler : « Tout le monde est résolu à se défendre. Personne ne se rendra. Personne n'acceptera aucune paix des Boches. »

On connaît la suite. Un mois plus tard, le ton avait radicalement changé. Il n'était plus question de galvaniser les troupes. De plus, l'attaque des navires mouillant dans le port de Mers el-Kébir, le 3 juillet 1940, avait nourri le ressentiment à l'égard de l'allié d'hier. Dans le numéro du 19 juillet, Charles Maurras soulignait « la misérable faiblesse du concours donné par l'Anglais à notre défense ». Il dénonçait, en outre, « la retraite soudaine des corps britanniques et la honteuse opposition faite dans les eaux de Dunkerque par la Marine anglaise à l'embarquement des nôtres sur ses vaisseaux qu'elle se réservait très strictement ». Et de constater : « Tristement et par force, nous sommes réduits au rôle de spectateurs. » « La faute n'en est pas à nous », poursuivait-il ; « elle est l'œuvre de l'Angleterre ». Dont acte.

Macron sacré par la presse

2 août 2017
Article publié dans L'Action Française 2000

Emmanuel Macron sera-t-il sacré à Reims ? Nos confrères n’ont pas été loin de le suggérer, en France comme à l’étranger. Mais on commence à déchanter. Revue de presse.

En visite à l'Élysée, le 26 juin 2017, le président ukrainien, Petro Porochenko, a salué l'accueil que lui avait réservé son homologue français, à savoir non pas Emmanuel Macron, mais « Emmanuel de France ». Ce lapsus était-il le fait de l'interprète ? En tout cas, il est révélateur du « petit vent monarchique » qui souffle alors sur la France, comme l'avait relevé France 24 quelques jours plus tôt. La presse étrangère fait ce constat sans véritable malveillance. Outre-Rhin, par exemple, le Süddeutsche Zeitung annonce la restauration « d'une monarchie parlementaire comme le pays n'en avait pas connu depuis la "régence" de Charles de Gaulle ».

Choisis ton roi !

Le nouveau locataire de l'Élysée inscrirait-il ses pas dans ceux d'un roi capétien ? « Peut-être est-il ce Louis XI dont la France a besoin, ayant ourdi dans l'obscurité des trames dont les révélations ne sont fulgurantes que parce qu'on les ignorait », suggère Hubert Champrun (le plus excellent de tous nos confrères) dans Monde et Vie. Emmanuel Macron rappelle Henri IV à son ami Stéphane Bern ; répondant aux questions du Parisien, ce dernier évoque la figure du « roi pacificateur et rassembleur, celui qui oublie les querelles passées et essaie de chercher des points de convergence ». Quant au Financial Times, il le place sous le patronage du Roi-Soleil. Tout comme Éric Letty dans Monde et Vie, aux yeux duquel « Macron se présente en héritier de Louis XIV et du Grand Siècle qui porta au pinacle le prestige de la France ». De fait, poursuit-il, « le nouveau président […] a depuis longtemps mesuré le danger de se présenter comme un "président normal" » ; « c'est ce que signifiait déjà sa présence aux fêtes johanniques d'Orléans et sa visite au Puy-du-Fou – une manière de s'approprier l'histoire de France ». Cela doit-il nous étonner ? De toute façon, « les Français sont monarchistes », comme le rappelle Éric Zemmour dans Le Figaro !

Beaucoup s'en offusquent cependant. Y compris à droite. Évoquant à la réforme du Code du travail, Valeurs actuelles dénonce « une façon de renouer avec les ordonnances royales de l'Ancien Régime ». Mais si « Macron Ier » apparaît à la une de l'hebdomadaire, c'est sous les traits d'un empereur, et non d'un roi. Ce faisant, nos confrères s'inquiètent des « dangers des pleins pouvoirs ». En cela, c'est un comble, ils rejoignent Alain Badiou, jadis chantre du maoïsme : « la France a le triste privilège […] du consentement à des régimes autoritaires dont le monde des affaires apprécie la servilité, de Napoléon le Petit à Macron le Très Petit », regrette-t-il dans les colonnes du Monde.

Une vraie réflexion ?

Pendant la campagne électorale, quelques observateurs avaient relevé les signes annonciateurs du "royalisme" cultivé par Emmanuel Macron. Comme Frédéric Says au micro de France Culture. Celui-ci s'était étonné de la volonté de candidat « en marche » de recréer les chasses présidentielles, « cette lointaine tradition royale qui renvoie à François Ier » ; « tout cela s'inscrit au contraire dans une réflexion historique et politique très construite », avait-il prévenu. François Sureaux ne l'aurait pas démenti sur ce point. Qu'on relise son analyse publiée au printemps dans La Croix : « Emmanuel Macron me paraît être le seul parmi nos hommes politiques récents qui se soit interrogé sur le problème que pose la Révolution française à notre pratique du pouvoir, dans la mesure où elle combine le régicide fondateur et une conception de la souveraineté populaire qui s'incarne tantôt dans le gouvernement d'assemblée, tantôt dans l'émeute. Il n'est pas interdit de penser, par exemple, que les propos "ouverts" qu'il tient sur la société et l'intégration viennent de son goût inavoué pour une construction politique où, le sacré s'incarnant dans la personne du roi et non dans le peuple, celui-ci admet plus facilement des différences, de langues, d'origines ou de religion, qui ne remettent pas en cause la solidité, la cohérence de la société politique. »

Sombres perspectives

Cela étant, la relative bienveillance dont bénéficie Emmanuel Macron depuis son investiture ne manquera pas de se dissiper. « Aux éloges dithyrambiques qui entourent tout hôte de l'Élysée à ses débuts peut vite succéder la hargne », annonce Le Figaro. Selon Xavier Charpentier, nos présidents de la République pourraient devenir des rois celtes, « élus par leurs pairs […] puis destitués, longuement suppliciés et exécutés ». Reste un dernier rapprochement à esquisser, non plus avec un roi, mais avec un président de la République, le maréchal de Mac Mahon, jadis porté au pouvoir par les royalistes. « Je rayerai du tableau d'avancement tout officier dont je verrai le nom sur une couverture », déclara un jour ce dernier, selon une citation exhumée par Laurent Lagneau, animateur du blog Zone militaire. Des propos que n'auraient pas renié Emmanuel Macron – le général de Villiers vient de l'apprendre à ses dépens ! Or, on sait quelle déception suscita l'élection de son lointain prédécesseur.

Libre Journal de la réaction : la voiture électrique, c'est moche !

30 juillet 2017

Au programme de l'émission : la voiture électrique, la « France périphérique » et les abeilles.

Mardi dernier, 25 juillet 2017, Philippe Mesnard animait comme tous les quinze jours sur Radio Courtoisie le Libre Journal de la réaction. À son micro, votre serviteur a exprimé les réserves que lui inspire la voiture électrique. Des réserves que reflétaient déjà nos derniers partages de liens, dont certains visaient précisément à préparer cette émission… Autres sujets abordés : la « France périphérique » de Christophe Guilluy, dont Louise Demange a présenté une relecture critique, insistant sur ses implications en termes de stratégie électorale ; et les abeilles, dont Gersende Bessède nous a expliqué qu'elles étaient sauvées par le capitalisme, quoique au prix d'un certain déracinement.

Qwant : Astérix contre Google

24 juillet 2017
Article publié dans L'Action Française 2000

Qwant, c'est le petit moteur de recherche qui monte, qui monte. Un concurrent français de Google qui s'honore de respecter la vie privée de ses utilisateurs. Succès garanti ?

Il n'y a pas d'alternative à Google, a-t-on entendu dernièrement à l'antenne de France Info (12 juillet 2017). C'est pourtant loin d'être le cas. Certains de ses concurrents sont même développés en France. C'est le cas d'Exalead, qui a bénéficié du soutien des pouvoirs publics sous la présidence de Jacques Chirac : « face à la croissance exponentielle de l'industrie des moteurs de recherche, il fallait que la France, avec ses partenaires allemands et demain, je l'espère, européens, soit à la hauteur de cet enjeu majeur », avait déclaré le chef de l'État au printemps 2006. Devenu la propriété de Dassault Systèmes, Exalead a poursuivi son chemin en direction des entreprises.

Plus récemment, au printemps 2015, alors qu'il était ministre de l'Économie, Emmanuel Macron avait salué sur Twitter « un Google français en marche » : Qwant, dont l'ambition est effectivement d'« offrir la première alternative européenne crédible face aux grandes plate-formes américaines qui dominent les services sur Internet ». Lancé en 2013 par une société créée deux ans plus tôt, il serait devenu, en 2016, le quatre-vingt-seizième site le plus visité en France. Ses équipes sont installées à Paris, Nice et Rouen. « De soixante environ en ce début 2017, le nombre d'employés devrait passer à cent cinquante en fin d'année et à deux cent cinquante en 2018 », précise L'Usine digitale.

On a testé pour vous

Qu'en es-il à l'usage ? La pertinence des résultats s'avère parfois prise en défaut. Aucun service de cartographie n'est encore intégré : c'est une lacune criante qui devrait être prochainement comblée. Mais on s'y retrouve très bien le plus souvent. Soucieux de « décloisonner les sources d'information et refléter toute la richesse du Web », Qwant propose une interface qui tranche avec le minimalisme de Google : les liens les plus classiques, les actualités mais aussi les résultats tirés des réseaux sociaux y sont présentés sur un pied d'égalité. C'est déroutant. Mais pas inintéressant.

« Né de la vision d'entrepreneurs privés », comme se plaisent à le rappeler ses fondateurs, Qwant a ouvert son capital au groupe allemand Axel Springer ainsi qu'à la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Il bénéficie également du soutien de la Banque européenne d'investissement (BEI), laquelle y voit la preuve de « l'excellente coopération entre institutions publiques et privées, tant au niveau national qu'européen ». L'Éducation nationale promeut elle-même la déclinaison du moteur de recherche destinée aux plus jeunes – une version sécurisée, en quelque sorte, voire bridée… De quoi frustrer les internautes en herbe ? En tout cas, les dizaines de milliers d'ordinateurs mis à la disposition des fonctionnaires ne semblent pas concernés par cette publicité. [En fait, si, certains le sont bel et bien, selon un témoignage recueilli après la rédaction de cet article, mais dans quelles proportions ?]

Servitude volontaire

Le succès grandissant de Qwant se nourrit vraisemblablement de la défiance qu'inspirent les GAFA – à commencer par Google évidemment. Pour affronter ce dernier, Qwant a pactisé avec Microsoft, dont les résultats du moteur de recherche (Bing) pallient parfois ses propres insuffisances en toute transparence. Cela étant, « contrairement aux autres moteurs de recherche », Qwant s'honore de fonctionner « sans collecter de données personnelles de ses utilisateurs ». Concrètement, « il n'y a aucun dispositif de traçage ou cookie permettant d'afficher des publicités selon votre profil ». Par conséquent, « la sélection et l'affichage des publicités s'appuient exclusivement sur les mots clefs de la recherche de l'utilisateur ». Aux dires de ses promoteurs, ce modèle économique serait « efficace sans être intrusif ». D'autres le jugeraient dépassé. Les internautes trancheront ! Parallèlement, la neutralité des résultats leur est garantie : « Qwant ne modifie pas les réponses selon l'internaute. Tous les utilisateurs d'une même région ont les mêmes réponses, ce qui évite d'enfermer les individus dans des bulles de filtres qui les confortent de plus en plus dans leurs opinions […] ou qui leur proposent uniquement les produits adaptés à leur pouvoir d'achat supposé. »

Tant mieux ? C'est bien notre avis. Mais force est de constater que les utilisateurs de Facebook s'en remettent volontiers aux algorithmes développés sous la houlette de Mark Zuckerberg pour ordonner leur fil d'actualité, bien qu'ils n'y soient pas toujours contraints. Par ailleurs, en 2009, les usagers du métro parisien détenteurs d'une carte Navigo standard étaient presque neuf fois plus nombreux que ceux ayant préféré la carte "découverte", censée préserver leur anonymat. Qu'en est-il aujourd'hui ? Aucune réponse ne nous a été apportée par la RATP. Mais il n'est pas certain que ces proportions aient beaucoup évolué. « Les libertés ne s'octroient pas, elles se prennent », est-il souvent rappelé dans les colonnes de L'Action Française 2000. Encore faut-il avoir la volonté de les saisir, fussent-elles à portée de clic.