19 novembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
La saison 7 de 24 Heures chrono
met en scène le débat sur la torture. La série en dit long sur le fossé
qui nous sépare des mentalités américaines.
La septième saison de 24 Heures chrono
est disponible en DVD depuis le 4 novembre. Référence en
matière de thriller, cette série met en scène
Jack Bauer, un agent fédéral aux méthodes musclées, prêt à perdre son
âme pour déjouer les complots terroristes fomentés contre les
États-Unis. Tournée plus ou moins à la façon d'un reportage, elle
prétend rapporter ses péripéties en temps réel, les vingt-quatre
épisodes d'une saison correspondant aux vingt-quatre heures d'une
journée riche en rebondissements.
Polémiques
Dans un pays marqué par le traumatisme du
11 Septembre, pointé du doigt après la proclamation du Patriot
Act, Twenty four s'est livré, avec une outrance
croissante, à une véritable apologie de la torture... pour la plus
grande satisfaction du public. Cela n'a pas manqué de susciter des
polémiques outre-Atlantique, voire « un certain
malaise » selon le Courrier International
du 14 février 2007 : « Pour preuve, "un groupe inhabituel
formé de militants des droits de l'homme, du doyen de l'académie
militaire américaine de West Point et des interrogateurs vétérans de
Saigon ou d'Abou Ghraib s'est réuni autour d'une table à la mi-novembre
2006." [...] En venant à la rencontre des créateurs de la série, ces
visiteurs n'avaient qu'un souhait : "Que les scènes de torture
soient plus authentiques. Cela ne veut pas dire plus sanglantes ou plus
sauvages." Au contraire, ils veulent qu'elles soient plus réalistes,
moins expéditives. Ce qui fait dire au Los Angeles Times
que "24 Heures chrono prend une leçon de torture de la part
d'experts". The Independant n'en revient pas lui
non plus. "L'armée américaine a fait appel aux producteurs [...] pour
modérer les scènes de torture à cause de l'impact qu'elles ont à la
fois sur les troupes sur le terrain et sur la réputation de l'Amérique
à l'étranger. »
Jack Bauer, héros damné
Loin de se repentir, les producteurs du "Jour 7" ont
pris le parti culotté de mettre en scène le débat. Le premier épisode
s'ouvre sur le procès orchestré par un sénateur contre Jack
Bauer, appelé à répondre à Washington de crimes qu'il assume
apparemment sans scrupule. Son audition est interrompue à la demande du
FBI, qui requiert son aide pour résoudre une enquête. Travaillant à ses
côtés pendant vingt-quatre heures, l'agent Renée Walker se laisse
convaincre du bien fondé de ses méthodes. Avec toutefois quelques
réticences, si bien que sa sensibilité contribue à "réhumaniser" le
héros damné.
En guise de prologue, le téléfilm Redemption
(disponible séparément) fustige l'impuissance – voire la lâcheté – des
Nations Unies, ainsi qu'un certain isolationnisme américain, lui
préférant manifestement l'ingérence humanitaire. Au fil des épisodes,
on relève une mise en garde contre le développement des armées privées
– largement utilisées en Irak – et le "retour à la foi" de Jack sous
l'influence d'un imam qu'il avait accusé à tort de protéger un
terroriste. Bien évidemment, la part belle est réservée au patriotisme
ainsi qu'au sens du devoir. Cela ne va pas sans déchirement dans la
famille du président – une femme...
Le suspens étant au rendez-vous les amateurs du genre seront
comblés. Tous nos lecteurs n'en sont pas, mais ils mesureront à travers
ces quelques lignes le fossé qui nous sépare des mentalités américaines.
24 Heures chrono,
saison 7 ; coffret six DVD, 24 x 41 minutes environ,
format 1.78, VF et VO en 5.1, Fox-FPE, 39,99 euros.
Publié dans Médias | Pas de commentaires
19 novembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
Le Conseil d'État reconnaît désormais "l'effet direct" des
directives européennes.
En 1975, Daniel Cohn-Bendit demanda l'abrogation de l'arrêté
d'expulsion dont il avait fait l'objet le 25 mai 1968. Confronté, dans
un premier temps, au refus du ministre de l'Intérieur, il fit valoir,
en vain, que sa décision était contraire à la directive adoptée par le
Conseil des Communautés européennes le 25 février 1964.
À la différence des règlements, rappelons que les directives
requièrent une "transposition" par les autorités nationales.
À l'époque, le Conseil d'État considéra que les États membres
étaient les seuls destinataires des directives, et que celles-ci
« ne sauraient être invoquées par [leurs] ressortissants [...]
à l'appui d'un recours dirigé contre un acte administratif
individuel ». Sa position tranchait avec celle de la Cour de
Justice de Luxembourg, dont il se rapprocha toutefois en pratique par
la suite, jusqu'à revenir sur cette jurisprudence le 30 octobre dernier.
Un revirement
Appelé à statuer sur une affaire de discrimination,
l'Assemblée du contentieux – la formation juridictionnelle la plus
élevée du Conseil d'État – a jugé, suivant les termes du communiqué
officiel, « que tout justiciable [pouvait] se prévaloir, à
l'appui d'un recours dirigé contre un acte administratif même non
réglementaire, des dispositions précises et inconditionnelles d'une
directive lorsque l'État n'a pas pris, dans les délais impartis par
elle, les mesures de transposition nécessaires. » "L'effet
direct" des directives européennes se trouve ainsi reconnu. Et la
prégnance du droit communautaire confirmée, bien que son primat fût
admis de longue date : depuis 1984, par exemple, le Conseil d'État
pouvait annuler les dispositions de tout acte réglementaire contraire à
une directive.
Pour expliquer son revirement, la juridiction administrative
invoque l'« obligation constitutionnelle » que
revêtirait désormais la transposition en droit interne des directive
communautaires. Depuis 1992, en effet, la constitution de la
Ve République affirme la participation de la France aux
Communautés et à l'Union européennes, dans les conditions fixées par
les traités européens successifs. Aux yeux des juristes, l'influence
des normes communautaires puise donc sa légitimité dans notre propre
constitution.
Publié dans Europe, France | Pas de commentaires
19 novembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
Souverainistes et européistes s'offusquent de l'opacité des
négociations européennes.
Les tractations allaient bon train à l'approche du Conseil
européen du 19 novembre, où les chefs d'État et de
gouvernement devaient désigner celui qui présiderait leurs réunions
pendant deux ans et demi, en application du traité de Lisbonne.
Les candidats potentiels à ce genre de poste n'ont pas
l'habitude de se déclarer. Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du
Luxembourg, a certes rompu avec la tradition ; gageons que c'était
moins dans l'espoir de satisfaire ses ambitions qu'afin de faire échec
à Tony Blair.
Quoi qu'il en soit, le président du Conseil européen reste
désigné sous l'empire de négociations diplomatiques. Pour les
européistes, cela témoigne de l'empreinte insupportable que les États
continuent d'imprimer sur l'UE. « Ces tractations secrètes
donnent des arguments à ceux qui plaident pour l'élection au suffrage
universel d'un "président de l'Union" », clame Jean Quatremer (Coulisses
de Bruxelles, 11/11/2009). C'est le cas de Ségolène Royal,
qui renouvelle son vœu de « créer les États-Unis
d'Europe » dans un entretien accordé à La Tribune
le 10 novembre. Sans doute aurait-elle mieux fait de se
taire : l'utopie apparaît selon nous trop manifeste pour
berner l'électeur moyen en quête d'un projet mobilisateur.
Comme en URSS...
De son côté, Yves Daoudal a fait écho aux déclarations de Mme Vike-Freiberga, dont le nom était parfois avancé pour prendre la tête
du Conseil européen. L'ancien président de la Lettonie fustige les
nominations décidées « comme toujours dans l'obscurité,
derrière des portes closes » : « Il y en a
assez que l'Union européenne fonctionne comme l'ancienne Union
soviétique. » Le Salon Beige a lui aussi
relayé ses propos, qui semblent réjouir les souverainistes. La
comparaison puise ses racines dans l'histoire, comme le rappelle
L'Encyclopédie de l'Agora : « En 1985, Mikhaïl
Gorbatchev, alors premier secrétaire du Parti communiste au pouvoir en
Union soviétique, fit l'annonce d'une nouvelle politique fondée sur la
Glasnost, mot que l'on traduisit par transparence en français. C'est
ainsi que l'on put connaître les faits sur les grandes purges de
Staline et le massacre de Katyn... »
Cela dit, la blogosphère réactionnaire se fourvoie en versant
apparemment dans l'apologie de la "transparence". En effet, sa
revendication participe d'un libéralisme forcené, tandis que son
application revêt une incontestable dimension totalitaire.
Publié dans Europe, Souverainisme | Pas de commentaires
10 novembre 2009
Le Sénat a donné son feu vert au changement de statut de La Poste.
Un nouveau pas vers la liquidation du "service
public" ? Pas forcément. Aperçu de quelques dispositions
légales encadrant les activités postales.
Le Sénat a adopté hier soir, 9 novembre, le projet de
loi « relatif à l'entreprise publique La Poste et aux
activités postales ». Au préalable, Pierre Hérisson s'en était
saisi au nom de la commission de l'Économie de la chambre haute. Son
rapport, dont nous avons lu l'exposé général, nous a réservé
quelques surprises. En effet, nous ignorions l'existence des barrières
érigées par le législateur contre le "tout libéral", y compris au
niveau européen.
« La Poste imprègne notre univers quotidien et notre
imaginaire collectif », souligne le sénateur. « Le
bureau de poste symbolise la vie communale, au même titre que la mairie
ou l'église, et traduit l'ancrage territorial de l'entreprise. La
figure du facteur, immortalisée par le septième art et plébiscitée par
nos compatriotes, constitue un lien de proximité et de sociabilité
central jusque dans les zones les plus reculées. Les fonctions
assurées, porteuses d'une dimension universelle – relier les hommes,
faire circuler l'information, transmettre des biens –, méritent au
premier chef la qualification de service public. » En
conséquence, la loi définit quatre missions faisant l'objet d'un
contrat entre l'État et La Poste : le service public
des envois postaux et le service universel postal ; le service
public du transport et de la distribution de la presse ; la
mission d'accessibilité bancaire ; la mission d'aménagement du
territoire.
Service universel
Une directive européenne de 1997 impose au prestataire du
service universel de « garantir, tous les jours ouvrables et
pas moins de cinq jours par semaine, au minimum une levée et une
distribution au domicile de chaque personne physique ou morale. En
France, la loi du 20 mai 2005 [...] met à la charge
de La Poste [...] des obligations qui vont au-delà [...] et
fait de la France l'un des pays européens bénéficiant du service
universel le plus large. [...] Il comprend ainsi, notamment, un service
de levée et de distribution six jours sur sept, des envois de colis
postaux jusqu'à 20 kg, des envois recommandés et des envois à
valeur déclarée ainsi que des envois de journaux et imprimés
périodiques pesant au plus 2 kg. Les critères d'accessibilité
au réseau de points de contact [...] prévoient "qu'au moins
99 % de la population nationale et au moins 95 % de
la population de chaque département soit à moins de 10 km d'un
point de contact et [que] toutes les communes de plus de
10 000 habitants disposent d'au moins un point de
contact par tranche de 20 000 habitants". »
La loi du 2 juillet 1990 « dispose
que "La Poste contribue [...] à l'aménagement et au
développement du territoire national". [...] Le réseau de
La Poste se compose, pour ce faire, de 17 091 points
de contact répartis dans environ 14 000
communes [...] : 10 778 bureaux de
poste détenus en propre par La Poste, dont 4 000 dans
des communes de moins de 2 000 habitants ;
4 446 agences postales communales et intercommunales,
situées dans des mairies, un demi-emploi étant financé par
La Poste ; 1 758 relais Poste chez des
commerçants, ces derniers étant rémunérés par La Poste au
moyen d'un forfait et d'une commission sur les activités. Au titre de
sa mission d'aménagement du territoire, La Poste entretient un
réseau de points de contact dans les zones dites
"prioritaires" : zones de revitalisation rurale, zones
montagneuses, zones urbaines sensibles et départements
d'outre-mer. »
« Le surcoût occasionné par ce réseau est estimé, en
tenant compte des efforts engagés par La Poste en termes de
productivité et d'adaptation de son réseau, à 250 millions
d'euros environ. [...] Or, La Poste, désormais soumise à la
pression concurrentielle sur la totalité de son domaine d'activité, ne
pourra pas contribuer de manière indéfinie au financement d'une mission
qui ne pèse pas sur ses concurrents, notamment les grands
établissements postaux européens, chargés seulement de la mission de
service universel. Votre rapporteur souligne en conséquence qu'il est
temps de trouver une solution de financement à la mission d'aménagement
du territoire de La Poste et que l'État [...] ne saurait en
être absent. »
La peur de la liberté ?
Cela soulève des inquiétudes légitimes. Cependant, on s'étonne
des réflexes "étatistes" animant certains royalistes. Leur réaction
tranche avec les partis pris de Maurras, fustigeant jadis
« l'État français qui se mêle de tout [...], même de faire des
écoles et de vendre des allumettes ». Pourquoi faudrait-il,
par principe, s'en remettre à lui pour livrer des gadgets high tech
commandés sur la Toile ? La distribution des lettres relève
certes davantage du "service public". Mais « l'avenir du
marché "courrier" ne semble pas porter à l'optimisme. [...] Les
spécialistes auditionnés par la commission Ailleret ont évoqué des
réductions de volume de l'ordre de 20 à 40 % à l'horizon
2020. » Si « des opportunités de
croissance » existent, elles sont « recelées par
l'ère numérique »
Aussi La Poste est-elle « confrontée à un
bouleversement majeur de son environnement rendant son avenir
incertain ». Elle se trouve « acculée dans une
impasse », estime Pierre Hérisson :
« l'insuffisance de ses fonds propres l'empêche de procéder
aux investissements nécessaires pour affronter ses concurrents les plus
directs. [...] Or, son statut actuel d'établissement public ne
l'autorise pas à accéder à des sources de financement élargies. Pour y
remédier [...], une modification de sa forme juridique est
aujourd'hui indispensable. C'est l'objet principal du présent projet de
loi, qui donne explicitement à La Poste le statut de société
anonyme. » « S'il existe un risque en toute
chose », poursuit le sénateur, « le pire risque
serait aujourd'hui de ne rien faire ».
La tentation de l'immobilisme apparaît pourtant manifeste. Il
est vrai que La Poste est le premier employeur de France après
l'État... Nos compatriotes seraient-ils effrayés par la
liberté ? C'est l'hypothèse
avancée par Yves Daoudal, qui dénonce le tabou du "service
public à la française" : « Peut-être faudrait-il se
demander s'il ne s'agit pas plutôt de services publics "à la
soviétique", expression traduite par les communistes par "à la
française" et imposée comme telle aux Français au moment où le Parti
communiste avait une très grande influence. Ainsi la SNCF a-t-elle été
créée par le Front populaire, EDF-GDF et la Sécurité sociale en 1946.
Certes, La Poste, quant à elle, est devenue monopole d'État en
1793. Mais c'est aussi une date de dictature d'extrême
gauche. » Voilà qui pourrait interpeler ces royalistes
devenus des chantres de l'État-providence !
Publié dans France | Pas de commentaires
5 novembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
La loi sera aménagée pour préserver la retraite des mères de famille
et se conformer à la jurisprudence. Cela en application d'un principe
égalitaire que nous récusons.
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour
2010 comporte un article réformant la majoration de durée d'assurance
(MDA) pour enfant accordée aux mères relevant du régime général. Dans
un rapport d'information rédigé au nom de la délégation "aux droits des
femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes", Mme
Marie-Jo Zimmermann, député de la Moselle, rappelle que « ces
majorations sont aujourd'hui de huit trimestres par enfant élevé. Elles
bénéficient à la quasi-totalité des mères et comptent pour une part
très importante (de l'ordre de 20 %) dans les montants des
retraites des femmes, montant qui demeure malgré ces effets correctifs
bien inférieur à celui des pensions des hommes. »
Les statistiques sont édifiantes : en 2004, les
femmes recevaient une retraite inférieure en moyenne de 38 % à
celle des hommes, au montant d'autant plus faible qu'elles avaient eu
d'enfants. Ceux-ci affectent évidemment leur carrière professionnelle
(82 % des travailleurs à temps partiel sont des
femmes) ; en revanche, leur présence « peut même
avoir plutôt un effet positif [sur celle des hommes] par l'image de
responsabilité qu'elle confère au père ».
Discrimination
Dans ces conditions, remarque Mme Zimmermann, « la
majoration de durée d'assurance apparaît bien comme un élément
essentiel pour préserver une particularité française, la conjugaison
d'un fort taux d'activité féminine avec une fécondité [relativement...]
dynamique ». Une majorité de parlementaires partagent sans
aucun doute son point de vue. Mais le législateur doit compter avec la
Cour de cassation, dont l'arrêt du 19 février dernier imposait
d'étendre aux hommes le bénéfice des MDA. Une perspective évidemment
insupportable pour les finances publiques. À l'avenir, l'essentiel des
majorations pourra donc être attribué à la mère ou au père, ou bien
partagé entre eux. Outre des conflits entre les parents, le député
craint « le risque d'entraîner des choix d'opportunité sans
lien avec la finalité de la majoration et qui se révèleront pénalisants
pour les mères ».
Un nouveau mensonge
Au moins le dispositif sera-t-il sauvegardé. Solution bancale
apportée à un problème strictement juridique ? Pas tout à
fait, car l'évolution de la jurisprudence n'est pas hermétique à celle
des mentalités. L'entrée en vigueur de la Convention européenne des
droits de l'homme, sur laquelle s'est appuyée la Cour de cassation, ne
remonte-t-elle pas à 1953 ? Si le rapport fustige
« une vision étroite du principe d'égalité », il n'en
conteste pas les fondements. Selon Mme Zimmermann, en effet,
« les majorations de durée d'assurance, comme les autres
droits familiaux, ont pour objectif de corriger les effets sur les
pensions de retraite des inégalités professionnelles subies par les
femmes. Elles ont donc, en principe, vocation à disparaître au fur à
mesure que la situation des hommes et des femmes se
rapprochera. »
Or, au regard du bien commun, il ne convient pas seulement de
"compenser" les sacrifices consentis par les mères, mais aussi
d'encourager l'accueil des enfants. Sans quoi, homme ou femme, chacun
devra s'accommoder demain d'une retraite de clopinettes ! En
réalité, « l'égalité ne peut régner nulle part »,
observait Charles Maurras, « mais son obsession, son désir,
établissent un esprit politique directement contraire aux besoins
vitaux d'un pays » (Mes Idées politiques).
Peut-être faut-il le rappeler ? Les hommes ne portent
pas d'enfants... ; le bon sens voudrait qu'on en tire quelque
conséquence. « Dans un État puissant, vaste, riche et complexe
comme le nôtre, chacun assurément doit avoir le plus de droits
possible », poursuit le maître de l'AF ;
« mais il ne dépend de personne de faire que ces droits soient
égaux quand ils correspondent à des situations naturellement inégales.
Quand donc, en un tel cas, la loi vient proclamer cette égalité, la loi
ment, et les faits quotidiens mettent ce mensonge en
lumière. » Mme Zimmermann juge
« indispensable de fixer un pourcentage minimum de
membres du sexe sous-représenté au sein des conseils d'administration
et des conseils de surveillance pour les sociétés cotées en
bourse » ; ces quotas ne seraient qu'un nouveau
mensonge.
Publié dans Féminisme & Genre, France | Pas de commentaires
5 novembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
Privé du soutien de la cour constitutionnelle tchèque, Vaclav
Klaus jette l'éponge. Le traité de Lisbonne pourrait entrer en vigueur
dès le 1er décembre. D'ici là, les Vingt-Sept devront
s'accorder sur les nominations aux postes clefs.
Les derniers espoirs des nonistes s'évanouissent :
mardi 3 novembre, la cour constitutionnelle tchèque a rejeté
l'ultime recours déposé contre le traité de Lisbonne. Résigné, le
président Vaclav Klaus considère que « sa probable entrée en
vigueur ne va pas être la fin de l'histoire » (Coulisses
de Bruxelles, 17/10/2009). A-t-il vraiment envisagé de lui
faire obstacle ? Un rappel de ses responsabilités passées
permet d'en douter : il dirigeait le gouvernement tchèque
quand celui-ci déposa sa demande d'adhésion à l'UE ; élu chef
de l'État en février 2003, il assista depuis à l'entrée de son pays
dans l'Union, à la négociation du traité établissant une constitution
pour l'Europe, puis à celle du traité de Lisbonne qui s'acheva le
13 décembre 2007.
« Une discussion assez vive »
Quoi qu'il en soit, ce trublion souverainiste peut se targuer
d'avoir fait plier l'Europe. Le 29 octobre, à l'issue d'« une
discussion assez vive », selon le témoignage du président de
la République, les chefs d'État ou de gouvernement des Vingt-Sept sont
convenus d'un arrangement dissipant sa crainte – réelle ou prétendue –
d'une remise en cause des décrets Benes par lesquels furent expulsés de
Tchécoslovaquie trois millions d'Allemands des Sudètes. La République
tchèque sera ajoutée aux États mentionnés dans le protocole stipulant
que la Charte des droits fondamentaux « n'étend pas la faculté
de la Cour de justice de l'Union européenne, ou de toute juridiction de
la Pologne ou du Royaume-Uni, d'estimer que les lois, règlements ou
dispositions, pratiques ou action administratives de la Pologne ou du
Royaume-Uni sont incompatibles avec les droits, les libertés et les
principes fondamentaux qu'elle réaffirme ». Le droit primaire
européen sera amendé en ce sens à la faveur d'un protocole inclus dans
le prochain traité d'élargissement. Encore une fois, il s'agit moins
d'une véritable dérogation que d'une "explication de texte".
Ainsi peut-on « tourner la page de dix ans de débats
institutionnels stériles », se félicite Nicolas
Sarkozy ; « raisonnablement, on peut dire que le
traité de Lisbonne entrera bien en vigueur d'ici à la fin de l'année,
sans doute dès le 1er décembre », a-t-il annoncé.
Dans l'immédiat, les responsables européens s'affairent sur deux
chantiers. Le premier recouvre des aménagements règlementaires, voire
quelques clarifications politiques, avec, par exemple, la mise en place
du Service européen pour l'action extérieure, ou la répartition des
responsabilités entre, d'une part, le Haut Représentant pour les
Affaires étrangères et la Politique de sécurité et, d'autre part, le
gouvernement continuant d'assurer la présidence semestrielle de
l'Union. Le second chantier est plus médiatisé : les
tractations s'accélèrent afin de distribuer les postes.
Qui sera le nouveau Washington ?
Pour amuser la galerie, on insiste sur la "parité" ou le degré
d'engagement "européen" des candidats potentiels. Plus sérieusement, on
souligne également la nécessité de respecter un certain "pluralisme
politique" : c'est une exigence du Parlement européen, dont
l'accord sera indispensable pour installer la nouvelle Commission.
L'attention se focalise plus particulièrement sur la désignation du
président du Conseil européen – l'instance réunissant les chefs d'État
ou de gouvernement – élu pour deux ans et demie, dont le mandat sera
renouvelable une fois. C'est un choix capital selon Valéry Giscard
d'Estaing : « l'Europe doit rechercher et inventer
son George Washington », rien de moins, avait-il lancé en
2008 ! Jacques Delors se montre plus réaliste :
« Je n'étais pas partisan de la création d'un tel poste, mais
si c'est ainsi, ce doit être un facilitateur et non un président à la
française. Si c'est un président exécutif, qui veut représenter
l'Europe partout, il y aura des conflits avec les autres chefs d'État
et à l'intérieur des institutions. Cela amènerait plutôt une paralysie
de l'ensemble qu'une avancée. » (Toute l'Europe,
22/10/2009) « Il y a un débat », reconnaît le
président de la République, qui préférerait manifestement un
« leader charismatique ». Nostalgique des six mois
qu'il a passés à la tête de l'UE, il nourrit selon nous quelques
illusions.
Convoitise
« Nous nous sommes mis d'accord avec Mme Merkel pour
[...] soutenir le même candidat le moment venu », a-t-il
révélé lors d'une conférence de presse. Aucun Français ne serait sur
les rangs. Paris ne semble pas convoiter davantage la fonction de Haut
Représentant. « Je ne crois pas que ce soit l'intérêt de la
France de revendiquer ce poste », a déclaré Hubert Védrine (Europe 1,
12/10/2009). « Dans le système de Lisbonne, il y
a un poste en tout pour la France et je comprends la position des
autorités françaises, notamment du président, qui voudraient que la
France ait le poste de commissaire pour le marché intérieur, y compris
les services financiers. » Le chef de l'État entend confier ce
portefeuille à Michel Barnier ; peut-on compter sur lui pour
défendre les intérêts de la France ?
Publié dans Europe | Pas de commentaires
5 novembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
La numérisation massive d'ouvrages entreprise par Google
interpelle les pouvoirs publics, en France et en Europe. Il était
temps : c'est une nouvelle révolution qui s'est engagée.
La numérisation des contenus culturels serait « l'une
des priorités » du ministre de la Culture. Aussi Frédéric
Mitterrand a-t-il installé le 26 octobre une "commission sur
la numérisation des fonds patrimoniaux des bibliothèques".
Appels du pied
Présidée par Marc Teissier (ancien directeur général du Centre
national de la cinématographie, ancien président de France Télévisions,
aujourd'hui directeur général de Vidéo futur), elle devra évaluer
« la pertinence d'un accord entre la BNF et Google du triple
point de vue du partage et du rayonnement des contenus français sur
Internet, de l'intérêt économique et financier pour l'État et le
contribuable, du message politique à adresser à la communauté
internationale ».
Incapables d'assumer le coût d'une numérisation massive et
rapide de leur fonds documentaire, les bibliothèques sont sensibles aux
appels du pied du géant américain de l'internet, qui se propose de
prendre en charge ce vaste chantier. Dans un entretien accordé à
Frédérique Roussel, Robert Darnton, le directeur de la bibliothèque
universitaire d'Harvard, révèle qu'en vertu d'un accord conclu en 2005,
Google a numérisé 800 000 ouvrages, « aujourd'hui
disponibles pour tout le monde », mais dont les fichiers ne
seront pas exploitables par l'établissement avant 2050 ! Bruno
Racine, le président de la Bibliothèque nationale de France, exigerait
quant à lui des conditions plus favorables : « Dans
le cas des discussions préliminaires que nous avions eues avec Google,
la proposition était que les œuvres [...] soient également accessibles
à travers [les sites Internet] Gallica et Europeana. »
(Libération, 14/10/2009)
Se saisissant d'un sujet connexe, la Commission européenne
avait publié le 19 octobre les conclusions de consultations
relatives "au droit d'auteur dans l'économie de la connaissance".
« Partout dans le monde, d'importants programmes de
numérisation ont d'ores et déjà été lancés », observe Viviane
Reding, le commissaire luxembourgeois responsable de la Société de
l'information et des Médias.
Un défi mondial
« Si nous agissons rapidement »,
poursuit-elle, « des solutions européennes créant un
environnement concurrentiel pour la numérisation des livres pourraient
fonctionner plus tôt que celles qui sont actuellement envisagées aux
États-Unis avec l'accord sur Google Books. » Un accord dont
l'application pourrait mettre à la disposition des Américains les
copies numériques d'ouvrages européens inaccessibles sur le Vieux
Continent. « S'assurer que les Européens disposent d'un accès
à leur propre patrimoine culturel, tout en garantissant que les auteurs
européens perçoivent une juste rémunération est donc un sujet d'une
actualité brûlante », souligne la Commission. Au cœur de ses
préoccupations : le statut des œuvres orphelines, dont les
ayant-droit sont inconnus. Naturellement, « l'avènement de la
culture en ligne du partage et de l'échange de fichiers [...] oppose
ceux qui souhaitent aller vers un système de droits d'auteur plus
permissif et ceux qui tiennent au maintien du statu quo ».
Nouveaux usages
Le "piratage" des livres est encore un phénomène
marginal : moins de 1 % des ouvrages disponibles en
France au format papier seraient susceptibles d'être téléchargés
illégalement ; cela représenterait entre 4 000 et
6 000 titres, dont une grande partie de bandes dessinées,
selon l'étude Ebookz réalisée pour l'Observatoire du livre et de
l'écrit en Île-de-France. L'offre illégale se développera
vraisemblablement avec le demande, suspendue aux ventes des terminaux
de lecture électronique. Amazon vient de commercialiser en France son
Kindle, tandis que Sony proposera courant novembre une version tactile
de son Reader, facilitant notamment les annotations (le prix devrait
avoisiner les 300 euros). Mais les technophiles sont loin
d'être les seuls concernés par cette révolution numérique :
d'ores et déjà, trente-trois années de publication de L'Action
Française quotidienne sont disponibles en téléchargement gratuit sur
Gallica.
Publié dans Médias | Pas de commentaires