Chronique du conspirationnisme ordinaire

16 janvier 2015

Quand la mise en cause des médias réputés manipulateurs atteint les sommets du ridicule.

Hier, mercredi 14 janvier 2015, à l'antenne de Radio Courtoisie, dans son Libre Journal de la résistance française, Gérard Marin a interrogé Joachim Véliocas à propos des manifestations islamophobes organisées en Allemagne sous l'impulsion du mouvement Pegida. Un phénomène que l'« on nous [...] cache soigneusement » selon l'animateur ; « les médias aux ordres ne nous en parlent pas », s'est-il indigné. Son invité n'était pas du même avis : « les médias en parlent quand même pas mal » ; c'est notamment le cas « sur France 24 », lui a-t-il été gentiment rétorqué. « Je parlais des médias quasi-officiels », s'est-il alors justifié. Or, si France 24 n'est pas un média « quasi-officiel », on se demande bien quelle chaîne de télévision – et a fortiori quel journal – pourrait être considéré comme tel...

Vente forcée : qu'on en finisse avec la gabegie de la télévision publique !

4 octobre 2014

Coup de gueule poussé après l'annonce d'une nouvelle hausse de la contribution à l'audiovisuel public.

Diffuser Plus belle la vie, conforter la notoriété de l'inspecteur Derrick, garantir la présence à l'antenne de Nagui, offrir une tribune à Nicolas Sarkozy annonçant son retour dans l'arène politique... Autant de missions relevant manifestement du "service public", selon la formule honteusement consacrée.

De qui se moque-t-on ? Des chiffres et des lettres ou Questions pour un champion seraient-ils les seules portes susceptibles d'ouvrir l'accès à la culture ?

Pour un utilisateur de Freebox, par exemple, si les deux cents et quelque chaînes proposées d'office s'avèrent insuffisantes, l'accès à Mezzo, la chaîne du classique, coûte moins de 3 euros supplémentaires par mois ; celui à la chaîne Historie, moins de cinquante centimes. L'accès forcé aux chaînes du prétendu "service public", quant à lui, devrait bientôt coûter 136 euros par an aux malheureux possesseurs d'un poste de télévision vivant en métropole, selon les dispositions du projet de loi de finances pour 2015. Cela représente une nouvelle hausse de 3 euros, alors que la redevance avait déjà été augmentée de 2 euros en 2014, et même de 6 euros en 2013 ! Quant aux derniers résistants, dont nous sommes, réfractaires à l'achat d'un téléviseur, peut-être seront-ils bientôt soumis eux aussi à cet impôt ubuesque, dont le président Hollande envisage ouvertement d'élargir l'assiette.

« L'État français est le seul au monde, à part la Chine, à posséder et administrer directement onze chaînes de télévision et plus de cent stations de radios ! », s'indigne Thibault Doidy de Kerguelen. « Si on peut concevoir que l'État prenne à sa charge l'expression de la nation, la position de la France dans le monde, si on peut concevoir qu'il participe au financement d'un grand service public de formation, d'instruction et d'apprentissage par l'audiovisuel, l'amusement public et la ré-information des masses ne sont clairement pas de son ressort », explique-t-il sur Contrepoints. Nous sommes d'accord ! Selon lui, « leur suppression représenterait entre 3 et 4 milliards d'économie par an à la nation, soit la moitié du déficit de l'assurance maladie... » À chacun ses priorités !

Il nous faudrait vérifier ces chiffres. Quoi qu'il en soit, 136 euros arrachés chaque année à plusieurs millions de foyers forcés de se farcir la tronche de Laurent Ruquier (par exemple), c'est un scandale, une injure à la nation, un immense foutage de gueule... Nous le clamons d'autant plus sereinement que nous ne sommes pas assujetti, pour le moment du moins, à l'impôt qui en finance majoritairement le budget : qu'on bazarde au plus vite France Télévisions !

NB – France 24, la seule chaîne de télévision publique qui trouve vraiment grâce à nos yeux, n'est accessible sur la TNT que depuis peu... mais seulement en Île-de-France. Tout comme RFI en FM. L'une et l'autre étant financées par l'impôt, la moindre des choses ne serait-il pas d'en proposer l'accès aux contribuables, bien que ceux-ci n'en soient pas la cible prioritaire ? Ce serait d'autant plus souhaitable que l'information y est vraisemblablement traitée de façon plus nuancée que sur les chaînes mainstream. Du moins avons-nous pu l'observer en écoutant RFI de temps à autre. Un scandale de plus, donc !

Internet : une liberté très encadrée

31 juillet 2014
Article publié dans L'Action Française 2000

Les propos à connotation raciste tenus sur la Toile ne sont pas les seuls passibles d'une condamnation judiciaire.

La Toile n'est pas une zone de non droit, clament les responsables politiques. La justice vient de le confirmer récemment. Pour avoir relayé sur Facebook une image comparant Chritiane Taubira à un singe, et l'avoir assumé devant des caméras de télévision, Anne-Sophie Leclère a été condamnée à neuf mois de prison ferme et 50 00 euros d'amende. Avait-elle conscience de la peine encourue ? Le cas échéant, sans doute se serait-elle davantage investie dans sa défense.

L'endroit à éviter

Cela étant, les lois réprimant le racisme sont loin d'être les seules auxquelles s'exposent les internautes. Déçue par un restaurant, une blogueuse avait dénoncé « l'endroit à éviter au Cap-Ferret ». Or, cela « constitue un dénigrement manifeste destiné à faire fuir des clients potentiels avant même toute lecture », a estimé le tribunal de grande instance de Bordeaux. Aussi la critique en herbe a-t-elle été condamnée à verser « 1 500 euros à titre de provision sur dommages et intérêts et 1 000 euros de frais de procédures », rapporte Le Figaro. « La blogueuse, qui s'est dite "très étonnée" de cette décision, ne fera pas appel, en partie pour des raisons financières », précisent nos confrères. Quant au restaurateur, qui aurait porté l'affaire devant la justice sans tenter aucune conciliation amiable au préalable, il s'est attiré les foudres des internautes, si bien qu'en voulant rétablir sa réputation, il a peut-être contribué à l'aggraver... Une fois de plus, la censure s'avère contreproductive. C'est une nouvelle illustration de "l'effet Streisand", dont on se souvient qu'il avait été pitoyablement négligé, voilà un peu plus d'un an, par feue la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), qui s'était attaquée à Wikipedia.

Effet Streisand

Un effet comparable semble à l'œuvre dans l'affaire Taubira-Leclère. « Il est impossible de [...] critiquer » le garde des Sceaux, écrivait Aristide Leucate dans le dernier numéro de L'Action Française 2000 (n° 2890 du 17 juillet 2014). « Par une odieuse mécanique rhétorique », expliquait-il « elle neutralise d'avance toute contestation à son encontre par une assimilation a priori de celle-ci à une attaque à sa propre personne, donc à du racisme ». Considérant la sévérité de la peine infligée par les juges de Cayenne, l'opinion publique ne sera-t-elle pas d'autant plus tentée de lui donner raison ? Nos confrères de Libération s'en sont eux-mêmes inquiétés : « De quelque manière qu'elle s'en défende - si elle se soucie de s'en défendre - Christiane Taubira sera désormais soupçonnée d'avoir manœuvré obliquement le marteau-pilon », observe Daniel Schneidermann. Ce faisant, bien qu'elle prétende enrayer la parole raciste, peut-être la justice et les pouvoirs publics prennent-ils le risque de la légitimer.

La réinformation par l'exemple

25 juin 2014

N'en déplaise à la réacosphère, comptabiliser des interpellations policières ne rend pas compte des condamnations judiciaires.

Après qu'une victoire de l'Algérie eut été fêtée bruyamment à Lyon par des supporters en manque de racines, Nouvelles de France a publié ce commentaire vindicatif : « La DDSP [Direction départementale de la sécurité publique] a communiqué ce matin les interpellations de la nuit : un jeune âgé de dix-huit ans (à Givors) après avoir visé des policiers avec un laser depuis l'arrière d'une voiture et un individu de vingt et un ans (dans le 7e arrondissement de Lyon) pour avoir insulté des CRS qui bloquaient le pont de la Guillotière. Les incendies et le pillage resteront, eux, impunis... »

Peut-être le resteront-ils effectivement, mais ce n'est pas l'ampleur des interpellations qui permet de le dire. À ce titre, l'expérience de la Manif pour tous apparaît d'ailleurs révélatrice : si l'exécutif a vraisemblablement abusé des interpellations et autres gardes à vue, censées illustrer sa fermeté face au péril réactionnaire, la justice, quant à elle, ne s'est exprimée que dans quelques cas somme toute rarissimes.

N'accablons pas Nouvelles de France, d'autant que ce site-là se distingue par sa culture  journalistique et une certaine ouverture au sein de la réacosphère. Cette confusion n'est pas leur exclusivité, loin s'en faut. Elle est même inhérente au système médiatique, dont les travers n'épargnent pas les "réinformateurs", comme ils aiment à se présenter – bien au contraire !

Vénusia, « la Jeanne d'Arc de l'espace »

9 mars 2014

Actarus et les femmes, épisode III. Où le prince d'Euphor s'emporte contre la "théorie du genre" !

Le quatrième coffret DVD des aventures de Goldorak fait la part belle à Vénusia. Dans les premiers épisodes (37, 38 et 39), sa promotion au rang d'héroïne fait l'objet d'une véritable mise en scène. La jeune femme se montre d'autant plus frustrée d'être tenue à l'écart des combats qu'elle a fait ses preuves, allant jusqu'à suppléer Alcor aux commandes de son appareil.

Le prince d'Euphor n'en reste pas moins sourd à ses suppliques. « Tu n'es qu'une gamine », lui lâche-t-il dans la langue de Molière, avant de l'écarter avec brutalité. « Lutter contre l'envahisseur n'est pas un travail de fille, laissons cela aux garçons », lance-t-il à Rigel. « Je ne cherche pas à minimiser les mérites de ta sœur », se justifie-t-il auprès de Mizar. « Au contraire je la trouve exceptionnelle »,  affirme-t-il. Cependant, « une guerre n'est pas une partie de plaisir », explique-t-il. « C'est ce qu'il y a de pire au monde. C'est la plus laide invention de l'homme. Mais puisqu'il la créée, l'homme doit la faire, chacun à sa place. Tu vois cette herbe ? Elle apparient à la terre qui l'a engendrée. Si tu l'arraches ou la changes de place, elle meurt. Les êtres et les choses ne doivent pas changer de place. Ta sœur est une femme et doit rester femme. Et je ne veux pas qu'il lui arrive malheur. » Auparavant, Actarus s'était inquiété de la voir « à son tour engagé dans cette guerre » : « c'est moi qui vais trembler pour elle maintenant », avait-il murmuré en son for intérieur.

« Elle a des capacité formidables, c'est peut-être à cause de ton sang », lui fait-on remarquer (dans un épisode précédent, Vénusia avait bénéficié d'une transfusion sanguine). Quoi qu'il en soit, confronté à la menace croissante de Véga, Actarus se résout finalement à l'accepter dans « la patrouille des trois aigles ». Le professeur Procyon s'inquiète alors de la réaction de Rigel - deux épisodes plus tôt, celui-ci s'était indigné voir sa fille porter une jupe beaucoup trop courte à son goût... « Je crains que vous ne donniez pas votre autorisation », lui avoue-t-il. « Vous plaisantez ! », lui rétorque Rigel. « Dieu soit loué, j'ai engendré la Jeanne d'Arc de l'espace », se félicite-t-il. Une allusion à l'histoire de France introduite par les responsables de l'adaptation française, comme la plupart des dialogues cités ci-dessus. Actarus apparaît manifestement un peu plus misogyne que Daisuke, son homologue japonais.

NB - Découvrant à son tour l'identité réelle d'Actarus, Rigel se dit vexé d'avoir été tenu à l'écart du secret, au point de menacer de se faire hara-kiri. Illustration teintée d'humour du sens de l'honneur cher aux Japonais.

Actarus et les femmes

12 septembre 2013

Suite du feuilleton : cette fois-ci, Goldorak perd des points face au gouvernement.

Précédemment, nous avions opposé Goldorak à un Golgoth d'un nouveau genre, à savoir Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement. Sans scrupule particulier, nous avions pris la défense du premier. Mais voilà que dans un épisode suivant (le vingt-troisième), Actarus se comporte en vrai goujat.

De retour au ranch du bouleau blanc, qu'il avait déserté des heures durant pour combattre Véga, il ne sait comment justifier son absence, provoquant la colère de Vénusia. Alors qu'un cheval s'est enfui dans la montagne, celle-ci veut partir à sa recherche. « C'est trop dangereux pour une femme », lui rétorque Actarus. Dans la version originale, il se montre toutefois plus courtois : « c'est de la folie », se contenterait-il d'avertir, si l'on en croit les sous-titres proposés par AB-vidéo.

Un peu plus loin, en tout cas, les images ne trompent pas. Alors que son amie vient de tomber dans un précipice, le prince d'Euphor se « métamorphose » pour lui venir en aide. Aussi doit-il lui révéler sa véritable identité. Désemparée, voire effrayée, Vénusia se montre distante. Froissé par sa réaction, Actarus la traite d'« idiote ». Pire, il lui donne une claque. Ça craint ! Manifestement honteux de son geste, il ne présentera pourtant aucune excuse.

Sur ce coup-là, il est indéfendable. Un point pour Najat, donc. Affaire à suivre, au fil des parutions en DVD.

Goldorak vs Belkacem

17 juillet 2013
Article publié dans L'Action Française 2000

Un personnage jugé jadis chevaleresque risquerait fort, aujourd'hui, d'être vilipendé pour "sexisme". Au point d'être censuré à la télévision et même sur la Toile ? C'est en tout cas le projet du gouvernement.

Étant donné ses appels répétés à traiter hommes et femmes sur un pied d'égalité, Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement, ne devrait pas nous reprocher de révéler son âge : elle a trente-cinq ans. Comme toute une génération, sans doute a-t-elle grandi avec Dorothée, suivant les aventures de Candy quand d'autres, dont nous étions, vibraient aux exploits de Goldorak - un dessin animé culte dont un premier volume est enfin disponible en DVD depuis le mois dernier (juin 2013).

Actarus et les femmes

Nostalgie mise à part, un épisode a plus particulièrement retenu notre attention : le neuvième, où Vega menace de détruire la planète Concordia si l'une de ses habitantes, le commandant Euridie, échoue à détruire Goldorak lors d'une mission suicide. Son vaisseau s'étant écrasé, le prince Actarus s'en approche dans l'espoir de faire un prisonnier. Découvrant l'identité du pilote, il est saisi d'effroi : « Une femme ! Je n'aurai jamais le courage de l'obliger à parler », s'exclame-t-il. L'accueillant parmi les siens, il l'invite à porter la robe que lui prête Venusia : « je ne veux pas voir d'uniforme militaire, surtout sur une femme », lui explique-t-il. De quoi donner la nausée à Mme Vallaud-Belkacem, au cas où elle se risquerait à revoir Goldorak, du moins en version française. Si l'on en croit les sous-titres proposés par AB vidéo sur la version originale, en effet, l'homologue japonais d'Actarus se montre plus réservé, quoique tout aussi prévenant.

Prononcées aujourd'hui à la télévision, a fortiori à l'intention du jeune public, ces paroles provoqueraient la réaction virulente des officines féministes. Pour preuve, un collectif vient de prendre à partie Thierry Pflimlin, le patron de l'audiovisuel public, après qu'eut été diffusé sur France 2, le 9 juillet, le deuxième épisode de "Qui sera le prochain grand pâtissier ?". Au cours de cette émission, les téléspectateurs auraient subi « un florilège incroyable de propos sexistes », selon une quarantaine d'associations. « À l'heure où France Télévisions s'engage pour l'égalité femmes-hommes dans ses programmes », leurs responsables jugent « curieux – pour ne pas dire fatigant, énervant, révoltant – d'entendre, en prime time, des phrases d'une bêtise aussi crasse que "les petites filles aiment les coccinelles et les petits garçons les dinosaures, les trucs bruts de décoffrage" ou encore que les femmes auraient des compétences particulières pour réaliser des gâteaux ». De leur point de vue,« ce genre d'inepties fige dans le marbre les stéréotypes et les préjugés, qui sont à la racine des inégalités ».

Le CSA nous surveille

Cette conviction semble partagée par le gouvernement, qui a présenté, le 3 juillet, un projet de « loi cadre sur l'égalité femmes-hommes ». Entre autres dispositions, ce texte prévoit d'étendre les compétences du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) afin qu'il « assure le respect des droits des femmes dans le domaine de la communication audiovisuelle ». Le CSA devrait veiller, d'une part, « à une juste représentation des femmes dans les programmes des services de communication audiovisuelle » et, d'autre part, « à l'image des femmes qui apparaît dans ces programmes, notamment en luttant contre les stéréotypes, les préjugés sexistes, les images dégradantes, les violences faites aux femmes et les violences commises au sein des couples ». Sous son contrôle, les chaines hertziennes devraient même contribuer « à la lutte contre les préjugés sexistes et les violences faites aux femmes en diffusant des programmes relatifs à ces sujets ». Un retour à la télévision d'État ?

La Toile n'est pas en reste, comme le souligne Marc Rees, rédacteur en chef de PC Impact. Si le projet était adopté en l'état, la loi obligerait les "intermédiaires techniques" à lutter activement contre le "sexisme" et l'"homophobie". Plus concrètement, explique notre confrère, « si dans un forum ou sur un réseau social, un internaute se lance dans ce genre de discours sexistes avec quelques propos fleuris appelant à la discrimination, l'hébergeur devra impérativement dénoncer ces contenus aux autorités dès lors que ceux-ci lui auront été signalés par un individu ».

Alors, Goldorak est-il bon pour la casse ? On ne reprochera pas aux pouvoirs publics d'annoncer, par ailleurs, une protection accrue des femmes victimes de violences conjugales. Reste une question posée incidemment par Actarus : son refus de porter la main sur une femme, mais aussi son aversion à la voir prendre les armes, ne relèveraient-ils pas d'une même inclination ? Le cas échéant, l'égalité, agitée à tout va, serait une piètre parade aux souffrances dont s'inquiète, légitimement, le porte-parole du gouvernement.

Des médias et du Printemps français

24 mai 2013

Le ministère de l'Intérieur envisagerait, parait-il, une interdiction du Printemps français. À l'origine de cette annonce : des supputations médiatiques nullement vérifiées.

Ce matin, vendredi 24 mai 2013, Manuel Valls était l'invité de Raphaëlle Duchemin  sur France Info. À cette occasion, notre consœur l'a interrogé sur les menaces qui pèseraient sur Frigide Barjot, à l'approche d'une nouvelle manifestation contre le "mariage homo", sollicitant, par ailleurs, sa réaction à la lecture d'un communiqué du Printemps français – un appel à la « résistance » rédigé selon des termes pour le moins virulents.

En réponse, le ministre de l'Intérieur s'est insurgé contre « toute menace de mort, toute menace de haine », stigmatisant « des groupes radicaux, d'extrême droite », sans jamais en citer aucun. Il n'en aurait pas moins « évoqué une possible interdiction du "Printemps français" », selon le site Internet de France Info.

Un "chapeau" étant par nature racoleur, il n'y a rien de choquant à ce que les propos de Manuel Valls y soient quelque peu extrapolés. On se désole, en revanche, de la passivité moutonnière de nos confrères : qu'il s'agisse de L'Express, du Figaro, du Huffington Post, de Libération ou du Monde, entre autres exemples, tous ont repris l'accroche de France Info. Naturellement, le Centre royaliste d'Action française n'a pas manqué de s'engouffrer dans la brèche, dénonçant « un nouveau pas dans l'instauration d'un État policier » - c'est de bonne guerre ! 

En tout cas, cela donne à réfléchir sur notre propre métier : que pèsent la rigueur et l'esprit critique des journalistes face à l'effet boule de neige ? 

Forces spéciales : quand la Défense s'attaque au cinéma

31 décembre 2011
Article publié dans L'Action Française 2000

Retour sur un film ayant bénéficié d'une implication inédite des armées.

En salles depuis le 2 novembre, Forces spéciales raconte le sauvetage d'une journaliste prise en otage par des Talibans. Selon son réalisateur, Stéphane Rybojad, ce film constitue un hommage aux militaires français engagés en opérations extérieures. À ce titre, il méritait le détour, en dépit du scepticisme des critiques. En cinéphiles avertis, ceux-ci auront traité avec dédain cette pale imitation des blockbusters hollywoodiens... Bon public, nous avons préféré l'aborder avec une complaisance délibérée : des héros bien français, cela fait plaisir à voir !

À la différence de leurs homologues américains, ceux-ci ne marchent pas sur l'eau. En revanche, de part et d'autre de l'Atlantique, on dépense apparemment les munitions sans compter. Pourtant, le réalisme serait « à peu près tenu », selon notre confrère Jean-Marc Tanguy, auteur d'un album consacré au film. Entres autres incongruités, signalons la mixité de l'équipe engagée par le COS (Commandement des opérations spéciales), où des commandos de marine côtoient des parachutistes de l'air. Par ailleurs, aucun hélicoptère Puma n'a jamais été déployé en Afghanistan...

Cela dit, on le devine à l'écran, cette production a bénéficié d'un soutien inédit des armées. « L'idée consistait [...] à ne pas demander des moyens particuliers (humains et matériels), mais à nous greffer sur des moyens planifiés et engagés sur des séquences réelles d'entrainement », explique Jackie Fouquereau, l'officier dépêché auprès de l'équipe de tournage. Quelques plans ont même été filmés à Kaboul. Notamment un scène de poursuite, où un sous-officier assure la doublure de Diane Kruger.

Bien que la complexité du théâtre afghan soit occultée par la caricature des Talibans, dont l'ambigüité des liens avec la population est passée sous silence, le film donne à réfléchir sur le souci de parer aux réactions de l'opinion publique – un élément clef de la guerre menée en Afghanistan. « C'est un sujet qui suscite l'intérêt partout sauf en France », relève le réalisateur, dont le film constituerait « l'une des meilleures préventes à l'international depuis dix ans ».

Les armées seront-elles appelées à transformer l'essai ? Leur immixtion dans les salles obscures apparaît somme toute naturelle. Ce faisant, peut-être espèrent-elles susciter des vocations, voire contribuer à la résilience de la nation. Reste à trouver le ton juste. Leurs communicants devront se montrer subtils pour parer aux critiques. Un jeune homme a d'ailleurs chahuté la projection à laquelle nous avons assisté : avant de quitter la salle, il a dénoncé une propagande d'État et accusé les militaires français d'avoir perpétré des exactions en Afghanistan.

À la lecture de la dédicace finale, des applaudissements ont balayé son injure. Depuis, nous avons appris le décès de Goran Franjkovic, un légionnaire mort au combat lundi dernier, 14 novembre, alors qu'il venait de rejoindre le théâtre afghan. Il s'était distingué par sa motivation et sa rusticité, témoignant, selon l'armée de Terre, d'une volonté et d'une discipline exemplaires. Il était âgé de vingt-cinq ans : c'était "un jeune Français", dont le sacrifice nous inspire le plus profond respect.

L'Armée envahit les salles obscures

6 novembre 2011

En salles depuis le 2 novembre, Forces spéciales raconte le sauvetage d'une journaliste prise en otage par des Talibans. Selon Stéphane Rybojad, son réalisateur, ce film constitue un hommage aux militaires français engagés en Opex. À ce titre, il méritait le détour.

Nous n'avons pas été déçu, mais il faut dire que nous n'en attendions pas grand chose et que nous sommes (très) bon public : d'emblée, quelques plans d'hélicos arborant la cocarde tricolore ont suffi à nous faire vibrer. Des héros bien français, cela fait plaisir à voir ! D'autant qu'on échappe, dans une mesure certes très relative, à l'aspect parodique affublant moult productions de ce type, succédanés grotesques des blockbusters américains : ici, point de président roulant les mécaniques, ni de commandos marchant sur l'eau, en dépit d'un inévitable sacrifice et de plusieurs affrontements à l'intensité exagérée.

Outre ces échanges de tirs (beaucoup) trop nourris, l'incapacité de l'état-major à localiser ses hommes nous a étonné. Cela dit, nous sommes peu compétent pour juger du réalisme du film. Précisons toutefois que nous l'avons découvert avec un a priori positif, étant donné les antécédents du réalisateur et la bienveillance de l'Armée à son égard : « Ses équipes de tournage ont installé leurs caméras dans les camps de Caylus (Tarn-et-Garonne) et de Djibouti, dans un hélicoptère Tigre du 4e régiment d'hélicoptères des forces spéciales (4e RHFS) de Pau, dans un avion Transall de l'armée de l'Air et sur le porte-avions Charles-de-Gaulle », précise la Défense nationale. « En juin 2010, les acteurs ont également suivi un stage d'une semaine à la base des fusiliers marins de Lorient pour se former aux techniques des commandos marines. »

Des cinéphiles plus avisés ont pointé les tares du scénario et le manque d'épaisseur des personnages. Dommage, surtout, que la complexité du théâtre afghan soit occultée par la caricature des Talibans, dont l'ambigüité des liens avec la population est passée sous silence. Ils sont d'ailleurs accusés d'avoir raflé les enfants de tout un village. Cela s'est-il effectivement produit ? En revanche, l'accueil sympathique réservé ici ou là aux soldats français fait écho, nous semble-t-il, à des témoignages bien réels : on y verra une forme d'hyperbole ! Quant à l'intrigue, qui rappelle à certains égards celle du Soldat Ryan, elle renvoie ouvertement au débat suscité par la présence de journalistes en Afghanistan. Le spectateur est d'ailleurs conduit à s'indigner de la moindre valeur apparemment conférée à la vie des militaires. Lesquels témoignent d'une abnégation forçant le respect. La timide immixtion des politiques justifie leur sacrifice par la nécessité de parer aux réactions de l'opinion publique – un élément clef e la guerre menée en Afghanistan.

Ce faisant, le film fait œuvre de pédagogie, si l'on peu dire. À nos yeux, ce n'est pas son moindre mérite, et cela tombe à pic, à l'heure où les Français sont suspects de lâcher le terrain pour coller au calendrier électoral. Reste que, parallèlement, les critiques s'en trouvent légitimées. Formaté, vraisemblablement, par un certain communautarisme, un jeune homme a chahuté la projection à laquelle nous avons assisté : avant de quitter la salle, il a dénoncé une propagande d'État et accusé les militaires français d'avoir perpétré des exactions en Afghanistan. À la lecture de la dédicace finale, des applaudissements ont balayé son injure. Mais peut-être les choses se seraient-elles mal passées si nous nous étions retrouvé tout près de lui... Respect pour nos soldats, merde !

À découvrir également, deux entretiens avec le réalisateur, sur le site de la Défense nationale et celui de Jean-Dominique Merchet. Sur l'engagement français en Afghanistan, nous renvoyons également à notre article rendant compte de l'"épopée" de la TF Tiger.