Forces spéciales : quand la Défense s'attaque au cinéma

31 décembre 2011
Article publié dans L'Action Française 2000

Retour sur un film ayant bénéficié d'une implication inédite des armées.

En salles depuis le 2 novembre, Forces spéciales raconte le sauvetage d'une journaliste prise en otage par des Talibans. Selon son réalisateur, Stéphane Rybojad, ce film constitue un hommage aux militaires français engagés en opérations extérieures. À ce titre, il méritait le détour, en dépit du scepticisme des critiques. En cinéphiles avertis, ceux-ci auront traité avec dédain cette pale imitation des blockbusters hollywoodiens... Bon public, nous avons préféré l'aborder avec une complaisance délibérée : des héros bien français, cela fait plaisir à voir !

À la différence de leurs homologues américains, ceux-ci ne marchent pas sur l'eau. En revanche, de part et d'autre de l'Atlantique, on dépense apparemment les munitions sans compter. Pourtant, le réalisme serait « à peu près tenu », selon notre confrère Jean-Marc Tanguy, auteur d'un album consacré au film. Entres autres incongruités, signalons la mixité de l'équipe engagée par le COS (Commandement des opérations spéciales), où des commandos de marine côtoient des parachutistes de l'air. Par ailleurs, aucun hélicoptère Puma n'a jamais été déployé en Afghanistan...

Cela dit, on le devine à l'écran, cette production a bénéficié d'un soutien inédit des armées. « L'idée consistait [...] à ne pas demander des moyens particuliers (humains et matériels), mais à nous greffer sur des moyens planifiés et engagés sur des séquences réelles d'entrainement », explique Jackie Fouquereau, l'officier dépêché auprès de l'équipe de tournage. Quelques plans ont même été filmés à Kaboul. Notamment un scène de poursuite, où un sous-officier assure la doublure de Diane Kruger.

Bien que la complexité du théâtre afghan soit occultée par la caricature des Talibans, dont l'ambigüité des liens avec la population est passée sous silence, le film donne à réfléchir sur le souci de parer aux réactions de l'opinion publique – un élément clef de la guerre menée en Afghanistan. « C'est un sujet qui suscite l'intérêt partout sauf en France », relève le réalisateur, dont le film constituerait « l'une des meilleures préventes à l'international depuis dix ans ».

Les armées seront-elles appelées à transformer l'essai ? Leur immixtion dans les salles obscures apparaît somme toute naturelle. Ce faisant, peut-être espèrent-elles susciter des vocations, voire contribuer à la résilience de la nation. Reste à trouver le ton juste. Leurs communicants devront se montrer subtils pour parer aux critiques. Un jeune homme a d'ailleurs chahuté la projection à laquelle nous avons assisté : avant de quitter la salle, il a dénoncé une propagande d'État et accusé les militaires français d'avoir perpétré des exactions en Afghanistan.

À la lecture de la dédicace finale, des applaudissements ont balayé son injure. Depuis, nous avons appris le décès de Goran Franjkovic, un légionnaire mort au combat lundi dernier, 14 novembre, alors qu'il venait de rejoindre le théâtre afghan. Il s'était distingué par sa motivation et sa rusticité, témoignant, selon l'armée de Terre, d'une volonté et d'une discipline exemplaires. Il était âgé de vingt-cinq ans : c'était "un jeune Français", dont le sacrifice nous inspire le plus profond respect.

L'Armée envahit les salles obscures

6 novembre 2011

En salles depuis le 2 novembre, Forces spéciales raconte le sauvetage d'une journaliste prise en otage par des Talibans. Selon Stéphane Rybojad, son réalisateur, ce film constitue un hommage aux militaires français engagés en Opex. À ce titre, il méritait le détour.

Nous n'avons pas été déçu, mais il faut dire que nous n'en attendions pas grand chose et que nous sommes (très) bon public : d'emblée, quelques plans d'hélicos arborant la cocarde tricolore ont suffi à nous faire vibrer. Des héros bien français, cela fait plaisir à voir ! D'autant qu'on échappe, dans une mesure certes très relative, à l'aspect parodique affublant moult productions de ce type, succédanés grotesques des blockbusters américains : ici, point de président roulant les mécaniques, ni de commandos marchant sur l'eau, en dépit d'un inévitable sacrifice et de plusieurs affrontements à l'intensité exagérée.

Outre ces échanges de tirs (beaucoup) trop nourris, l'incapacité de l'état-major à localiser ses hommes nous a étonné. Cela dit, nous sommes peu compétent pour juger du réalisme du film. Précisons toutefois que nous l'avons découvert avec un a priori positif, étant donné les antécédents du réalisateur et la bienveillance de l'Armée à son égard : « Ses équipes de tournage ont installé leurs caméras dans les camps de Caylus (Tarn-et-Garonne) et de Djibouti, dans un hélicoptère Tigre du 4e régiment d'hélicoptères des forces spéciales (4e RHFS) de Pau, dans un avion Transall de l'armée de l'Air et sur le porte-avions Charles-de-Gaulle », précise la Défense nationale. « En juin 2010, les acteurs ont également suivi un stage d'une semaine à la base des fusiliers marins de Lorient pour se former aux techniques des commandos marines. »

Des cinéphiles plus avisés ont pointé les tares du scénario et le manque d'épaisseur des personnages. Dommage, surtout, que la complexité du théâtre afghan soit occultée par la caricature des Talibans, dont l'ambigüité des liens avec la population est passée sous silence. Ils sont d'ailleurs accusés d'avoir raflé les enfants de tout un village. Cela s'est-il effectivement produit ? En revanche, l'accueil sympathique réservé ici ou là aux soldats français fait écho, nous semble-t-il, à des témoignages bien réels : on y verra une forme d'hyperbole ! Quant à l'intrigue, qui rappelle à certains égards celle du Soldat Ryan, elle renvoie ouvertement au débat suscité par la présence de journalistes en Afghanistan. Le spectateur est d'ailleurs conduit à s'indigner de la moindre valeur apparemment conférée à la vie des militaires. Lesquels témoignent d'une abnégation forçant le respect. La timide immixtion des politiques justifie leur sacrifice par la nécessité de parer aux réactions de l'opinion publique – un élément clef e la guerre menée en Afghanistan.

Ce faisant, le film fait œuvre de pédagogie, si l'on peu dire. À nos yeux, ce n'est pas son moindre mérite, et cela tombe à pic, à l'heure où les Français sont suspects de lâcher le terrain pour coller au calendrier électoral. Reste que, parallèlement, les critiques s'en trouvent légitimées. Formaté, vraisemblablement, par un certain communautarisme, un jeune homme a chahuté la projection à laquelle nous avons assisté : avant de quitter la salle, il a dénoncé une propagande d'État et accusé les militaires français d'avoir perpétré des exactions en Afghanistan. À la lecture de la dédicace finale, des applaudissements ont balayé son injure. Mais peut-être les choses se seraient-elles mal passées si nous nous étions retrouvé tout près de lui... Respect pour nos soldats, merde !

À découvrir également, deux entretiens avec le réalisateur, sur le site de la Défense nationale et celui de Jean-Dominique Merchet. Sur l'engagement français en Afghanistan, nous renvoyons également à notre article rendant compte de l'"épopée" de la TF Tiger.

Une biographie d'Hergé

3 novembre 2011
Article publié dans L'Action Française 2000

Aperçu d'un ouvrage signé Francis Bergeron.

Le retour de Tintin au cinéma n'a pas manqué d'alimenter l'actualité éditoriale. Francis Bergeron se distingue par la publication d'une biographie iconoclaste de Georges Rémi, dit Hergé. S'inscrivant dans la collection "Qui-suis-je ?", son livre ne sied guère aux canons du politiquement correct. De fait, l'auteur cite volontiers Minute ou Rivarol, et revendique une relative sympathie pour Léon Degrelle, tandis qu'il évoque l'amitié qui l'unissait à Hergé.

Bien qu'il fût parmi les premiers à lever le voile sur l'imposture soviétique, celui-ci ne saurait être classé parmi les auteurs engagés. Toutefois, s'il fallait absolument attribuer une filiation idéologique au reporter du Petit Vingtième, ce ne serait par vers le rexisme qu'il conviendrait se tourner selon Francis Bergeron, mais « plutôt du côté des pendants belges de l'Action française ou encore de la Fédération nationale catholique du général de Castelnau ».

Un chapitre est précisément intitulé « Hetrgé et le roi ». En exergue, on découvre comment Sébastien Lapaque définissait « l'idéal politique de Tintin ». Un peu plus loin, c'est L'Action Française 2000 qui est citée, pour s'être amusée, dans son numéro du 15 mai 2003, à relever quelques inspirations prêtées à Hergé : porté sur la bouteille, maniant volontiers l'invective, le capitaine Haddock rappelle effectivement Léon Daudet ; quant au professeur Tournesol, avec sa barbiche et sa surdité, n'est-il pas le parent de Charles Maurras ?

Francis Bergeron, Georges Rémi dit Hergé, Pardès, collection "Qui-suis-je ?", 128 pages,12 euros.

Après L'Express, France Culture

29 avril 2011

Brève incursion sur la bande FM ;-)

À l'occasion du mariage de Kate et William, France Culture a donné la parole aux républicains britanniques, mais aussi aux monarchistes français.

Notre consœur Laurie Fachaux, dont la voix vous sera peut-être familière, est venue visiter les bureaux de L'Action Française 2000, où nous lui avons accordé un bref entretien.

Ce faisant, nous n'avons pas manqué de faire la publicité de notre employeur, sachant bien que notre racolage serait coupé au montage. Or, très courtoisement, notre interlocutrice a finalement choisi d'annoncer notre prochain numéro en conclusion de son reportage. Qu'elle en soit remerciée.

« La guerre des monarchistes français »

24 avril 2011

À l'approche du mariage du prince William, L'Express consacre deux pages aux royalistes.

Votre serviteur arbore-t-il un « sourire poupin » ?. C'est, en tout cas, l'avis de ma consœur Julie Joly, qui l'écrit dans L'Express du 20 avril 2011. Nan mais... Au moins notre racaille préférée nous saura-t-elle gré de l'avoir fait passer pour « une fille rangée » – portrait ô combien immérité, n'est-ce pas ? ;-)

Cet article est loin d'avoir enthousiasmé notre collègue François Marcilhac, qui s'en désole sur le blog du Centre royaliste d'Action française. De fait, ce coup de projecteur sur les querelles dynastiques n'est pas à l'honneur des royalistes. Cela étant, bien qu'elle rebondisse sur quelques clichés, notre consœur les tempère, soulignant tout particulièrement la diversité d'une mouvance où l'on croise certes « descendants de la grande noblesse », mais aussi « maurrassiens de la dernière heure, jeunes Chouans idéalistes, vieux réacs ou intellos pur jus ». Car, explique-t-elle, « on l'aura compris, les monarchistes ne défendent pas un programme, mais une famille ».

Mégalomanie mise à part, cela nous donne à réfléchir sur notre métier – que nous apprenons sur le tas –, tandis que nous ne nous reconnaissons que partiellement dans les propos qui nous sont prêtés. Par exemple, si la prose de Maurras a exercé sur nous quelque influence, nous ne croyons pas avoir subi un « choc » à sa lecture. Conséquence de notre expression maladroite ? D'une interprétation excessive ? D'une dramatisation inhérente à la démarche journalistique ? Sans doute aurons-nous l'occasion de le vérifier à l'épreuve de notre propre expérience.

Laïcité : Roland Ries dément les accusations de l'Agrif

20 avril 2011
Article publié dans L'Action Française 2000

Des propos prêtés au maire de Strasbourg ont déclenché un tollé sur la frange la plus "réactionnaire" de la Toile.

L'Agrif part en croisade contre l'"allahicité" – un concept en vogue dans la blogosphère catholique, censé désigner la « synthèse dialectique de l'islam et de la laïcité ». L'association présidée par Bernard Antony vient de créer un prix qui en récompensera chaque année « un grand penseur ou poète ». Pour 2011, ses foudres se sont abattues sur Roland Ries, sénateur PS du Bas-Rhin et maire de Strasbourg.

Selon un communiqué de l'Agrif, « à des parents d'élèves qui lui demandaient pourquoi on servait à leurs enfants des menus halal dans les cantines scolaires de Strasbourg et pas de repas maigre par exemple avec du poisson le vendredi », M. Ries aurait répondu : « Nous servons de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson par respect pour la laïcité. »

Moult blogueurs se sont emparés de cette annonce. Néanmoins, si l'on excepte un article publié par Causeur (le site d'Élisabeth Lévy), seule la frange réactionnaire de la Toile semble l'avoir diffusée. Cela pourrait expliquer le silence du maire de Strasbourg, qui se refuse, pour l'heure, à réagir par communiqué. Il n'en dément pas moins les accusations de l'Agrif : ces propos sont « totalement contraire à ses convictions », nous a confié l'un de ses collaborateurs.

Quant aux repas servis dans les cantines de Strasbourg, ils garantiraient effectivement aux élèves musulmans la possibilité de manger halal tous les jours – et cela depuis plus de dix ans. En revanche, du poisson ne figure pas toujours au menu le vendredi. Mais un repas végétarien est proposé quotidiennement. « Les catholiques y trouvent leur compte », nous a-t-on assuré. Sans doute l'Agrif ne sera-t-elle pas de cet avis !

NB - La réacosphère a beau se targuer de verser dans la "réinformation", elle a fait écho au communiqué de l'Agrif sans témoigner d'un esprit critique manifeste. Au point que nous sommes peut-être les premiers à signaler la réaction du maire de Strasbourg – qu'il a certes fallu solliciter. Si les accusateurs n'ont pas d'autre preuve à agiter que la bonne foi supposée d'une mère de famille, alors l'attribution de leur "prix" relève d'une mascarade dérisoire, dont la publicité donne à réfléchir sur l'influence de la Toile.

Gallica face à Google

21 janvier 2010
Article publié dans L'Action Française 2000

La Bibliothèque nationale de France doit-elle collaborer avec Google ? Aperçu des conclusions de la mission Teissier.

La commission sur la numérisation des fonds patrimoniaux des bibliothèques a remis son rapport le 12 janvier. Présidée par Marc Teissier, elle était censée évaluer « la pertinence d'un accord entre la BNF et Google du triple point de vue du partage et du rayonnement des contenus français sur Internet, de l'intérêt économique et financier pour l'État et le contribuable, du message politique à adresser à la communauté internationale ». Une question devenue en partie caduque depuis l'annonce par le président de la République, dans les priorités du "Grand emprunt", d'une enveloppe spécifique pour la numérisation du patrimoine culturel (750 millions d'euros). La mission se félicite d'un changement « considérable » permettant « d'envisager une politique de numérisation [...] à la fois ambitieuse et autonome ».

Le géant américain de l'internet s'est lancé en 2004 dans un projet visant à numériser 15 millions d'ouvrages en dix ans. Le rapport fustige les clauses souscrites par les bibliothèques partenaires, parmi lesquelles figure la bibliothèque municipale de Lyon : « Les accords passés par Google prévoient toujours que les autres moteurs de recherche ne pourront pas accéder aux fichiers numérisés par lui pour les indexer et les référencer. [...] Cela revient [...] à permettre à un acteur [...] de renforcer cette position dominante. [...] La durée des clauses d'exclusivité est également excessive : des durées de plus de vingt ans [...] peuvent aller à l'encontre de la mission d'accès impartie aux bibliothèques. » Cependant, toute forme de partenariat ne serait pas à exclure : « Un accord avec Google [...] pourrait viser, non pas à faire prendre en charge l'effort de numérisation mais à le partager, en échangeant des fichiers de qualité équivalente et de formats compatibles. »

Deux objectifs généraux sont définis : d'une part, « éviter le risque d'une segmentation du patrimoine, en se donnant l'ambition d'une numérisation exhaustive, ou en tout cas la plus large possible  » ; d'autre part, réaffirmer « la place du patrimoine français écrit sur l'internet », qui « est aujourd'hui principalement visible via Google Livres, grâce aux fonds francophones numérisés des bibliothèques étrangères, qui ne sont pas complets ».

La bibliothèque numérique Gallica, développée jusqu'à maintenant par la BNF, serait l'instrument naturel de cette politique. Forte d'une autonomie renforcée, elle pourrait réunir « les bibliothèques publiques patrimoniales et les éditeurs, dans une logique de partenariat public-privé » et proposer un accès « à tout le patrimoine écrit, via une plate-forme coopérative respectueuse des droits des différents partenaires, les conditions d'accès étant adaptées au statut de chaque œuvre ».

Le rapport promeut « la relance d'une impulsion européenne, tant en direction des autres bibliothèques européennes que du portail Europeana ». En revanche, ses auteurs  ne semblent pas avoir examiné l'opportunité d'une coopération dans le cadre de la francophonie.

Leurs conclusions ont été accueillies avec bienveillance par le ministre de la Culture, tout disposé à "rebooster" Gallica. Lequel gagnerait d'abord à être mieux connu. Comme le souligne la mission, « les efforts de numérisation doivent s'accompagner d'une volonté de conquête de visibilité sur le web ».

La torture en spectacle

19 novembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000

La saison 7 de 24 Heures chrono met en scène le débat sur la torture. La série en dit long sur le fossé qui nous sépare des mentalités américaines.

La septième saison de 24 Heures chrono est disponible en DVD depuis le 4 novembre. Référence en matière de thriller, cette série met en scène Jack Bauer, un agent fédéral aux méthodes musclées, prêt à perdre son âme pour déjouer les complots terroristes fomentés contre les États-Unis. Tournée plus ou moins à la façon d'un reportage, elle prétend rapporter ses péripéties en temps réel, les vingt-quatre épisodes d'une saison correspondant aux vingt-quatre heures d'une journée riche en rebondissements.

Polémiques

Dans un pays marqué par le traumatisme du 11 Septembre, pointé du doigt après la proclamation du Patriot Act, Twenty four s'est livré, avec une outrance croissante, à une véritable apologie de la torture... pour la plus grande satisfaction du public. Cela n'a pas manqué de susciter des polémiques outre-Atlantique, voire « un certain malaise » selon le Courrier International du 14 février 2007 : « Pour preuve, "un groupe inhabituel formé de militants des droits de l'homme, du doyen de l'académie militaire américaine de West Point et des interrogateurs vétérans de Saigon ou d'Abou Ghraib s'est réuni autour d'une table à la mi-novembre 2006." [...] En venant à la rencontre des créateurs de la série, ces visiteurs n'avaient qu'un souhait : "Que les scènes de torture soient plus authentiques. Cela ne veut pas dire plus sanglantes ou plus sauvages." Au contraire, ils veulent qu'elles soient plus réalistes, moins expéditives. Ce qui fait dire au Los Angeles Times que "24 Heures chrono prend une leçon de torture de la part d'experts". The Independant n'en revient pas lui non plus. "L'armée américaine a fait appel aux producteurs [...] pour modérer les scènes de torture à cause de l'impact qu'elles ont à la fois sur les troupes sur le terrain et sur la réputation de l'Amérique à l'étranger. »

Jack Bauer, héros damné

Loin de se repentir, les producteurs du "Jour 7" ont pris le parti culotté de mettre en scène le débat. Le premier épisode s'ouvre sur le procès orchestré  par un sénateur contre Jack Bauer, appelé à répondre à Washington de crimes qu'il assume apparemment sans scrupule. Son audition est interrompue à la demande du FBI, qui requiert son aide pour résoudre une enquête. Travaillant à ses côtés pendant vingt-quatre heures, l'agent Renée Walker se laisse convaincre du bien fondé de ses méthodes. Avec toutefois quelques réticences, si bien que sa sensibilité contribue à "réhumaniser" le héros damné.

En guise de prologue, le téléfilm Redemption (disponible séparément) fustige l'impuissance – voire la lâcheté – des Nations Unies, ainsi qu'un certain isolationnisme américain, lui préférant manifestement l'ingérence humanitaire. Au fil des épisodes, on relève une mise en garde contre le développement des armées privées – largement utilisées en Irak – et le "retour à la foi" de Jack sous l'influence d'un imam qu'il avait accusé à tort de protéger un terroriste. Bien évidemment, la part belle est réservée au patriotisme ainsi qu'au sens du devoir. Cela ne va pas sans déchirement dans la famille du président – une femme...

Le suspens étant au rendez-vous les amateurs du genre seront comblés. Tous nos lecteurs n'en sont pas, mais ils mesureront à travers ces quelques lignes le fossé qui nous sépare des mentalités américaines.

24 Heures chrono, saison 7 ; coffret six DVD, 24 x 41 minutes environ, format 1.78, VF et VO en 5.1, Fox-FPE, 39,99 euros.

Le livre à l'heure numérique

5 novembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000

La numérisation massive d'ouvrages entreprise par Google interpelle les pouvoirs publics, en France et en Europe. Il était temps : c'est une nouvelle révolution qui s'est engagée.

La numérisation des contenus culturels serait « l'une des priorités » du ministre de la Culture. Aussi Frédéric Mitterrand a-t-il installé le 26 octobre une "commission sur la numérisation des fonds patrimoniaux des bibliothèques".

Appels du pied

Présidée par Marc Teissier (ancien directeur général du Centre national de la cinématographie, ancien président de France Télévisions, aujourd'hui directeur général de Vidéo futur), elle devra évaluer « la pertinence d'un accord entre la BNF et Google du triple point de vue du partage et du rayonnement des contenus français sur Internet, de l'intérêt économique et financier pour l'État et le contribuable, du message politique à adresser à la communauté internationale ».

Incapables d'assumer le coût d'une numérisation massive et rapide de leur fonds documentaire, les bibliothèques sont sensibles aux appels du pied du géant américain de l'internet, qui se propose de prendre en charge ce vaste chantier. Dans un entretien accordé à Frédérique Roussel, Robert Darnton, le directeur de la bibliothèque universitaire d'Harvard, révèle qu'en vertu d'un accord conclu en 2005, Google a numérisé 800 000 ouvrages, « aujourd'hui disponibles pour tout le monde », mais dont les fichiers ne seront pas exploitables par l'établissement avant 2050 ! Bruno Racine, le président de la Bibliothèque nationale de France, exigerait quant à lui des conditions plus favorables : « Dans le cas des discussions préliminaires que nous avions eues avec Google, la proposition était que les œuvres [...] soient également accessibles à travers [les sites Internet] Gallica et Europeana. » (Libération, 14/10/2009)

Se saisissant d'un sujet connexe, la Commission européenne avait publié le 19 octobre les conclusions de consultations relatives "au droit d'auteur dans l'économie de la connaissance". « Partout dans le monde, d'importants programmes de numérisation ont d'ores et déjà été lancés », observe Viviane Reding, le commissaire luxembourgeois responsable de la Société de l'information et des Médias.

Un défi mondial

« Si nous agissons rapidement », poursuit-elle, « des solutions européennes créant un environnement concurrentiel pour la numérisation des livres pourraient fonctionner plus tôt que celles qui sont actuellement envisagées aux États-Unis avec l'accord sur Google Books. » Un accord dont l'application pourrait mettre à la disposition des Américains les copies numériques d'ouvrages européens inaccessibles sur le Vieux Continent. « S'assurer que les Européens disposent d'un accès à leur propre patrimoine culturel, tout en garantissant que les auteurs européens perçoivent une juste rémunération est donc un sujet d'une actualité brûlante », souligne la Commission. Au cœur de ses préoccupations : le statut des œuvres orphelines, dont les ayant-droit sont inconnus. Naturellement, « l'avènement de la culture en ligne du partage et de l'échange de fichiers [...] oppose ceux qui souhaitent aller vers un système de droits d'auteur plus permissif et ceux qui tiennent au maintien du statu quo ».

Nouveaux usages

Le "piratage" des livres est encore un phénomène marginal : moins de 1 % des ouvrages disponibles en France au format papier seraient susceptibles d'être téléchargés illégalement ; cela représenterait entre 4 000 et 6 000 titres, dont une grande partie de bandes dessinées, selon l'étude Ebookz réalisée pour l'Observatoire du livre et de l'écrit en Île-de-France. L'offre illégale se développera vraisemblablement avec le demande, suspendue aux ventes des terminaux de lecture électronique. Amazon vient de commercialiser en France son Kindle, tandis que Sony proposera courant novembre une version tactile de son Reader, facilitant notamment les annotations (le prix devrait avoisiner les 300 euros). Mais les technophiles sont loin d'être les seuls concernés par cette révolution numérique : d'ores et déjà, trente-trois années de publication de L'Action Française quotidienne sont disponibles en téléchargement gratuit sur Gallica.

Mainmise américaine sur Internet

17 septembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000

Au cœur du réseau mondial se trouve l'Icann, un organisme de droit californien lié au gouvernement américain. Un "shérif du cyberespace" sur lequel Bruxelles appelle à un contrôle accru de la "communauté internationale".

Le 30 septembre arrive à échéance le contrat liant l'Icann au gouvernement américain. Créée en 1998 à l'issue de négociations menées par le vice-président Al Gore, l'Internet Corporation for assigned names and numbers est un organisme privé à but non lucratif, régi par le droit californien. Elle joue un rôle crucial dans la "gouvernance" d'Internet, supervisant, d'une part, l'attribution des adresses IP (Internet protocol) – des séries de chiffres identifiant chaque point d'accès au réseau mondial –, et, d'autre part, la gestion des noms de domaine – ces adresses intelligibles grâce auxquelles les internautes se repèrent dans les méandres de la Toile.

Délégations

En collaboration avec l'Icann, de multiples acteurs assurent une gestion décentralisée du réseau. Un gage de fiabilité et d'efficacité. Sur le Vieux Continent, une organisation néerlandaise, le RIPE-NCC, distribue les adresses IP selon la plage qui lui a été allouée. Une association française, l'Afnic, administre les domaines de premier niveau créés pour la France métropolitaine, la Réunion et les Terres australes et antarctiques françaises (.fr, .re et .tf).

« La stabilité du système des noms de domaine a été préservée » : « l'Icann et le gouvernement américain peuvent se prévaloir d'avoir atteint cet objectif clé », reconnaît-on à Bruxelles. La Commission européenne appelle à « maintenir le rôle central du secteur privé dans la gestion quotidienne de l'Internet », tout en réclamant qu'il rende des comptes « vis-à-vis de la communauté internationale ». L'Icann est manifestement plus ouverte qu'à l'origine ; elle a permis « la création d'une large instance réunissant de multiples parties prenantes, favorisant ainsi un processus de prise de décision participatif » ; elle a été présidée par un Australien, Paul Twonney, auquel a succédé en juillet dernier Rod Beckstrom, le premier directeur du National Cyber Security Center.

Suspensions

Cela dit, les pays en développement demeurent insuffisamment impliqués. En outre, « bien que l'Icann soit un organisme privé dont le conseil d'administration compte des membres de plusieurs pays, c'est à Washington [qu'elle] doit rendre des comptes en définitive ». Nicolas Arpagian esquisse une comparaison avec la Grande-Bretagne, « dont la suprématie sur les voies maritimes a assuré la domination au cours du XIXe siècle » : « Les Britanniques maîtrisaient ces voies de communication indispensables au commerce et aux échanges intercontinentaux. Ainsi, l'Icann a décidé par le passé de suspendre l'enregistrement des sites Internet en. iq (pour l'Irak) et en. af (pour l'Afghanistan). » (Les Échos, 20/08/09) À la demande du gouvernement américain, influencé par les lobbies puritains, elle renonça également à ouvrir le domaine .xxx, censé faciliter l'identification des sites pornographiques.

Une responsabilité multilatérale ?

« Les dispositions actuelles qui prévoient un contrôle unilatéral [...] doivent céder la place à un autre mécanisme qui permettrait de garantir qu'une responsabilité multilatérale s'applique à l'Icann », proclame-t-on à Bruxelles. « Il conviendra [...] de s'assurer que le fait que l'Icann a été constituée en société en Californie n'empêche pas qu'il soit tenu compte des demandes gouvernementales... » Manifestant quelque velléités d'indépendance, l'Icann s'était d'emblée heurtée au Congrès. En dépit de ses incantations, la Commission européenne ne se fait pas d'illusion quant aux allégeances futures du « shérif du cyberespace » : « Le gouvernement américain n'a jamais cessé de dire qu'il garderait le contrôle effectif de la coordination des fonctions essentielles en matière de noms et d'adresses au niveau mondial. »