31 décembre 2011
Article publié dans L'Action Française 2000
Retour sur un film ayant bénéficié d'une implication inédite
des armées.
En salles depuis le 2 novembre, Forces
spéciales raconte le sauvetage d'une journaliste prise en
otage par des Talibans. Selon son réalisateur, Stéphane Rybojad, ce
film constitue un hommage aux militaires français engagés en opérations
extérieures. À ce titre, il méritait le détour, en dépit du scepticisme
des critiques. En cinéphiles avertis, ceux-ci auront traité avec dédain
cette pale imitation des blockbusters
hollywoodiens... Bon public, nous avons préféré l'aborder avec une
complaisance délibérée : des héros bien français, cela fait
plaisir à voir !
À la différence de leurs homologues américains, ceux-ci ne
marchent pas sur l'eau. En revanche, de part et d'autre de
l'Atlantique, on dépense apparemment les munitions sans compter.
Pourtant, le réalisme serait « à peu près tenu »,
selon notre confrère Jean-Marc Tanguy, auteur d'un album consacré au
film. Entres autres incongruités, signalons la mixité de l'équipe
engagée par le COS (Commandement des opérations spéciales), où des
commandos de marine côtoient des parachutistes de l'air. Par ailleurs,
aucun hélicoptère Puma n'a jamais été déployé en Afghanistan...
Cela dit, on le devine à l'écran, cette production a bénéficié
d'un soutien inédit des armées. « L'idée consistait [...] à ne
pas demander des moyens particuliers (humains et matériels), mais à
nous greffer sur des moyens planifiés et engagés sur des séquences
réelles d'entrainement », explique Jackie Fouquereau,
l'officier dépêché auprès de l'équipe de tournage. Quelques plans ont
même été filmés à Kaboul. Notamment un scène de poursuite, où un
sous-officier assure la doublure de Diane Kruger.
Bien que la complexité du théâtre afghan soit occultée par la
caricature des Talibans, dont l'ambigüité des liens avec la population
est passée sous silence, le film donne à réfléchir sur le souci de
parer aux réactions de l'opinion publique – un élément clef de la
guerre menée en Afghanistan. « C'est un sujet qui suscite
l'intérêt partout sauf en France », relève le réalisateur,
dont le film constituerait « l'une des meilleures préventes à
l'international depuis dix ans ».
Les armées seront-elles appelées à transformer
l'essai ? Leur immixtion dans les salles obscures apparaît
somme toute naturelle. Ce faisant, peut-être espèrent-elles susciter
des vocations, voire contribuer à la résilience de la nation. Reste à
trouver le ton juste. Leurs communicants devront se montrer subtils
pour parer aux critiques. Un jeune homme a d'ailleurs chahuté la
projection à laquelle nous avons assisté : avant de quitter la
salle, il a dénoncé une propagande d'État et accusé les militaires
français d'avoir perpétré des exactions en Afghanistan.
À la lecture de la dédicace finale, des applaudissements ont
balayé son injure. Depuis, nous avons appris le décès de Goran
Franjkovic, un légionnaire mort au combat lundi dernier,
14 novembre, alors qu'il venait de rejoindre le théâtre
afghan. Il s'était distingué par sa motivation et sa rusticité,
témoignant, selon l'armée de Terre, d'une volonté et d'une discipline
exemplaires. Il était âgé de vingt-cinq ans : c'était "un
jeune Français", dont le sacrifice nous inspire le plus profond respect.
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6 novembre 2011
En salles depuis le 2 novembre, Forces
spéciales raconte le sauvetage d'une journaliste prise en
otage par des Talibans. Selon Stéphane Rybojad, son réalisateur, ce
film constitue un hommage aux militaires français engagés en Opex. À ce
titre, il méritait le détour.
Nous n'avons pas été déçu, mais il faut dire
que nous n'en attendions pas grand chose et que nous sommes
(très) bon public : d'emblée, quelques plans d'hélicos
arborant la cocarde tricolore ont suffi à nous faire vibrer. Des héros
bien français, cela fait plaisir à voir ! D'autant qu'on
échappe, dans une mesure certes très relative, à l'aspect parodique affublant moult
productions de ce type, succédanés grotesques des blockbusters
américains : ici, point de président roulant les mécaniques,
ni de commandos marchant sur l'eau, en dépit d'un inévitable sacrifice
et de plusieurs affrontements à l'intensité exagérée.
Outre ces échanges de tirs (beaucoup) trop nourris, l'incapacité de
l'état-major à localiser ses hommes nous a étonné. Cela dit, nous
sommes peu compétent pour juger du réalisme du film. Précisons
toutefois que nous l'avons découvert avec un a priori positif,
étant donné les antécédents du réalisateur et la bienveillance de
l'Armée à son égard : « Ses équipes de tournage ont
installé leurs caméras dans les camps de Caylus (Tarn-et-Garonne) et de
Djibouti, dans un hélicoptère Tigre du 4e régiment
d'hélicoptères des forces spéciales (4e RHFS) de Pau, dans un
avion Transall de l'armée de l'Air et sur le porte-avions Charles-de-Gaulle »,
précise la Défense nationale. « En juin 2010, les acteurs ont
également suivi un stage d'une semaine à la base des fusiliers marins
de Lorient pour se former aux techniques des commandos
marines. »
Des cinéphiles plus avisés ont pointé les tares du scénario et le manque d'épaisseur des personnages. Dommage, surtout, que la complexité du théâtre afghan
soit occultée par la caricature des Talibans, dont l'ambigüité des
liens avec la population est passée sous silence. Ils sont d'ailleurs
accusés d'avoir raflé les enfants de tout un village. Cela s'est-il
effectivement produit ? En revanche, l'accueil sympathique
réservé ici ou là aux soldats français fait écho, nous semble-t-il, à
des témoignages bien réels : on y verra une forme d'hyperbole ! Quant à l'intrigue, qui rappelle à certains
égards celle du Soldat Ryan, elle renvoie
ouvertement au débat suscité par la présence de journalistes en
Afghanistan. Le spectateur est d'ailleurs conduit à s'indigner de la
moindre valeur apparemment conférée à la vie des militaires. Lesquels
témoignent d'une abnégation forçant le respect. La timide immixtion des
politiques justifie leur sacrifice par la nécessité de parer aux
réactions de l'opinion publique – un élément clef e la guerre menée en
Afghanistan.
Ce faisant, le film fait œuvre de pédagogie, si l'on peu dire.
À nos yeux, ce n'est pas son moindre mérite, et cela tombe à pic, à
l'heure où les Français sont suspects de lâcher le terrain pour coller
au calendrier électoral. Reste que, parallèlement, les critiques s'en
trouvent légitimées. Formaté, vraisemblablement, par un certain
communautarisme, un jeune homme a chahuté la projection à laquelle nous
avons assisté : avant de quitter la salle, il a dénoncé une
propagande d'État et accusé les militaires français d'avoir perpétré
des exactions en Afghanistan. À la lecture de la dédicace finale, des
applaudissements ont balayé son injure. Mais peut-être les choses se
seraient-elles mal passées si nous nous étions retrouvé tout près de
lui... Respect pour nos soldats, merde !
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3 novembre 2011
Article publié dans L'Action Française 2000
Aperçu d'un ouvrage signé Francis Bergeron.
Le retour de Tintin au cinéma n'a pas manqué d'alimenter
l'actualité éditoriale. Francis Bergeron se distingue par la
publication d'une biographie iconoclaste de Georges Rémi, dit Hergé.
S'inscrivant dans la collection "Qui-suis-je ?", son livre ne
sied guère aux canons du politiquement correct. De fait, l'auteur cite
volontiers Minute ou Rivarol,
et revendique une relative sympathie pour Léon Degrelle, tandis qu'il
évoque l'amitié qui l'unissait à Hergé.
Bien qu'il fût parmi les premiers à lever le voile sur
l'imposture soviétique, celui-ci ne saurait être classé parmi les
auteurs engagés. Toutefois, s'il fallait absolument attribuer une
filiation idéologique au reporter du Petit Vingtième,
ce ne serait par vers le rexisme qu'il conviendrait se tourner selon
Francis Bergeron, mais « plutôt du côté des pendants belges de
l'Action française ou encore de la Fédération nationale catholique du
général de Castelnau ».
Un chapitre est précisément intitulé « Hetrgé et le
roi ». En exergue, on découvre comment Sébastien Lapaque
définissait « l'idéal politique de Tintin ». Un peu
plus loin, c'est L'Action Française 2000
qui est citée, pour s'être amusée, dans son numéro du 15 mai
2003, à relever quelques inspirations prêtées à Hergé : porté
sur la bouteille, maniant volontiers l'invective, le capitaine Haddock
rappelle effectivement Léon Daudet ; quant au professeur
Tournesol, avec sa barbiche et sa surdité, n'est-il pas le parent de
Charles Maurras ?
Francis Bergeron, Georges Rémi dit Hergé,
Pardès, collection "Qui-suis-je ?",
128 pages,12 euros.
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29 avril 2011
Brève incursion sur la bande FM
À l'occasion du mariage de Kate et William, France
Culture a donné la parole aux républicains britanniques,
mais aussi aux monarchistes français.
Notre consœur Laurie Fachaux, dont la voix vous sera peut-être
familière, est venue visiter les bureaux de L'Action
Française 2000, où nous lui avons accordé un bref
entretien.
Ce faisant, nous n'avons pas manqué de faire la publicité de
notre employeur, sachant bien que notre racolage serait coupé au
montage. Or, très courtoisement, notre interlocutrice a finalement
choisi d'annoncer notre prochain numéro en conclusion de son reportage.
Qu'elle en soit remerciée.
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24 avril 2011
À l'approche du mariage du prince William, L'Express
consacre deux pages aux royalistes.
Votre serviteur arbore-t-il un « sourire
poupin » ?. C'est, en tout cas, l'avis de ma consœur
Julie Joly, qui
l'écrit dans L'Express du 20 avril 2011.
Nan mais... Au moins notre racaille préférée nous saura-t-elle gré de
l'avoir fait passer pour « une fille rangée » –
portrait ô combien immérité, n'est-ce pas ? ;-)
Cet article est loin d'avoir enthousiasmé notre collègue
François Marcilhac, qui
s'en désole sur le blog du Centre royaliste d'Action française.
De fait, ce coup de projecteur sur les querelles dynastiques n'est pas
à l'honneur des royalistes. Cela étant, bien qu'elle rebondisse sur
quelques clichés, notre consœur les tempère, soulignant tout
particulièrement la diversité d'une mouvance où l'on croise certes
« descendants de la grande noblesse », mais aussi
« maurrassiens de la dernière heure, jeunes Chouans
idéalistes, vieux réacs ou intellos pur jus ». Car,
explique-t-elle, « on l'aura compris, les monarchistes ne
défendent pas un programme, mais une famille ».
Mégalomanie mise à part, cela nous donne à réfléchir sur notre
métier – que nous apprenons sur le tas –, tandis que nous ne
nous reconnaissons que partiellement dans les propos qui nous sont
prêtés. Par exemple, si la prose de Maurras a exercé sur nous quelque
influence, nous ne croyons pas avoir subi un « choc »
à sa lecture. Conséquence de notre expression maladroite ?
D'une interprétation excessive ? D'une dramatisation inhérente
à la démarche journalistique ? Sans doute aurons-nous
l'occasion de le vérifier à l'épreuve de notre propre expérience.
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20 avril 2011
Article publié dans L'Action Française 2000
Des propos prêtés au maire de Strasbourg ont déclenché un tollé
sur la frange la plus "réactionnaire" de la Toile.
L'Agrif part en croisade contre l'"allahicité" – un concept en
vogue dans la blogosphère catholique, censé désigner la
« synthèse dialectique de l'islam et de la laïcité ».
L'association présidée par Bernard Antony vient de créer un prix qui
en récompensera chaque année « un grand penseur ou poète ».
Pour 2011, ses foudres se sont abattues sur Roland Ries, sénateur PS du
Bas-Rhin et maire de Strasbourg.
Selon un communiqué de l'Agrif, « à des parents
d'élèves qui lui demandaient pourquoi on servait à leurs enfants des
menus halal dans les cantines scolaires de Strasbourg et pas de repas
maigre par exemple avec du poisson le vendredi »,
M. Ries aurait répondu : « Nous servons de
la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson par
respect pour la laïcité. »
Moult blogueurs se sont emparés de cette annonce. Néanmoins,
si l'on excepte un article publié par Causeur (le site d'Élisabeth
Lévy), seule la frange réactionnaire de la Toile semble l'avoir
diffusée. Cela pourrait expliquer le silence du maire de Strasbourg,
qui se refuse, pour l'heure, à réagir par communiqué. Il n'en dément
pas moins les accusations de l'Agrif : ces propos sont
« totalement contraire à ses convictions », nous a
confié l'un de ses collaborateurs.
Quant aux repas servis dans les cantines de Strasbourg, ils
garantiraient effectivement aux élèves musulmans la possibilité de
manger halal tous les jours – et cela depuis plus de dix ans. En
revanche, du poisson ne figure pas toujours au menu le vendredi. Mais
un repas végétarien est proposé quotidiennement. « Les
catholiques y trouvent leur compte », nous a-t-on assuré. Sans
doute l'Agrif ne sera-t-elle pas de cet avis !
NB - La réacosphère a beau se targuer de verser dans la
"réinformation", elle a fait écho au communiqué de l'Agrif sans
témoigner d'un esprit critique manifeste. Au point que nous sommes
peut-être les premiers à signaler la réaction du maire de Strasbourg –
qu'il a certes fallu solliciter. Si les accusateurs n'ont pas d'autre
preuve à agiter que la bonne foi supposée d'une mère de famille, alors
l'attribution de leur "prix" relève d'une mascarade dérisoire, dont la
publicité donne à réfléchir sur l'influence de la Toile.
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21 janvier 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
La Bibliothèque nationale de France doit-elle collaborer avec
Google ? Aperçu des conclusions de la mission Teissier.
La commission sur la numérisation des fonds patrimoniaux des
bibliothèques a remis son rapport le 12 janvier. Présidée par
Marc Teissier, elle était censée évaluer « la pertinence d'un
accord entre la BNF et Google du triple point de vue du partage et du
rayonnement des contenus français sur Internet, de l'intérêt économique
et financier pour l'État et le contribuable, du message politique à
adresser à la communauté internationale ». Une question
devenue en partie caduque depuis l'annonce par le président de la
République, dans les priorités du "Grand emprunt", d'une enveloppe
spécifique pour la numérisation du patrimoine culturel
(750 millions d'euros). La mission se félicite d'un changement
« considérable » permettant « d'envisager
une politique de numérisation [...] à la fois ambitieuse et
autonome ».
Le géant américain de l'internet s'est lancé en 2004 dans un
projet visant à numériser 15 millions d'ouvrages en dix ans.
Le rapport fustige les clauses souscrites par les bibliothèques
partenaires, parmi lesquelles figure la bibliothèque municipale de
Lyon : « Les accords passés par Google prévoient
toujours que les autres moteurs de recherche ne pourront pas accéder
aux fichiers numérisés par lui pour les indexer et les référencer.
[...] Cela revient [...] à permettre à un acteur [...] de renforcer
cette position dominante. [...] La durée des clauses d'exclusivité est
également excessive : des durées de plus de vingt ans [...]
peuvent aller à l'encontre de la mission d'accès impartie aux
bibliothèques. » Cependant, toute forme de partenariat ne
serait pas à exclure : « Un accord avec Google [...]
pourrait viser, non pas à faire prendre en charge l'effort de
numérisation mais à le partager, en échangeant des fichiers de qualité
équivalente et de formats compatibles. »
Deux objectifs généraux sont définis : d'une part,
« éviter le risque d'une segmentation du patrimoine, en se
donnant l'ambition d'une numérisation exhaustive, ou en tout cas la
plus large possible » ; d'autre part, réaffirmer
« la place du patrimoine français écrit sur
l'internet », qui « est aujourd'hui principalement
visible via Google Livres, grâce aux fonds francophones numérisés des
bibliothèques étrangères, qui ne sont pas complets ».
La bibliothèque numérique Gallica, développée jusqu'à
maintenant par la BNF, serait l'instrument naturel de cette politique.
Forte d'une autonomie renforcée, elle pourrait réunir « les
bibliothèques publiques patrimoniales et les éditeurs, dans une logique
de partenariat public-privé » et proposer un accès
« à tout le patrimoine écrit, via une plate-forme coopérative
respectueuse des droits des différents partenaires, les conditions
d'accès étant adaptées au statut de chaque œuvre ».
Le rapport promeut « la relance d'une impulsion
européenne, tant en direction des autres bibliothèques européennes que
du portail Europeana ». En revanche, ses auteurs ne
semblent pas avoir examiné l'opportunité d'une coopération dans le
cadre de la francophonie.
Leurs conclusions ont été accueillies avec
bienveillance par le ministre de la Culture, tout disposé à "rebooster"
Gallica. Lequel gagnerait d'abord à être mieux connu. Comme le souligne
la mission, « les efforts de numérisation doivent
s'accompagner d'une volonté de conquête de visibilité sur le
web ».
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19 novembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
La saison 7 de 24 Heures chrono
met en scène le débat sur la torture. La série en dit long sur le fossé
qui nous sépare des mentalités américaines.
La septième saison de 24 Heures chrono
est disponible en DVD depuis le 4 novembre. Référence en
matière de thriller, cette série met en scène
Jack Bauer, un agent fédéral aux méthodes musclées, prêt à perdre son
âme pour déjouer les complots terroristes fomentés contre les
États-Unis. Tournée plus ou moins à la façon d'un reportage, elle
prétend rapporter ses péripéties en temps réel, les vingt-quatre
épisodes d'une saison correspondant aux vingt-quatre heures d'une
journée riche en rebondissements.
Polémiques
Dans un pays marqué par le traumatisme du
11 Septembre, pointé du doigt après la proclamation du Patriot
Act, Twenty four s'est livré, avec une outrance
croissante, à une véritable apologie de la torture... pour la plus
grande satisfaction du public. Cela n'a pas manqué de susciter des
polémiques outre-Atlantique, voire « un certain
malaise » selon le Courrier International
du 14 février 2007 : « Pour preuve, "un groupe inhabituel
formé de militants des droits de l'homme, du doyen de l'académie
militaire américaine de West Point et des interrogateurs vétérans de
Saigon ou d'Abou Ghraib s'est réuni autour d'une table à la mi-novembre
2006." [...] En venant à la rencontre des créateurs de la série, ces
visiteurs n'avaient qu'un souhait : "Que les scènes de torture
soient plus authentiques. Cela ne veut pas dire plus sanglantes ou plus
sauvages." Au contraire, ils veulent qu'elles soient plus réalistes,
moins expéditives. Ce qui fait dire au Los Angeles Times
que "24 Heures chrono prend une leçon de torture de la part
d'experts". The Independant n'en revient pas lui
non plus. "L'armée américaine a fait appel aux producteurs [...] pour
modérer les scènes de torture à cause de l'impact qu'elles ont à la
fois sur les troupes sur le terrain et sur la réputation de l'Amérique
à l'étranger. »
Jack Bauer, héros damné
Loin de se repentir, les producteurs du "Jour 7" ont
pris le parti culotté de mettre en scène le débat. Le premier épisode
s'ouvre sur le procès orchestré par un sénateur contre Jack
Bauer, appelé à répondre à Washington de crimes qu'il assume
apparemment sans scrupule. Son audition est interrompue à la demande du
FBI, qui requiert son aide pour résoudre une enquête. Travaillant à ses
côtés pendant vingt-quatre heures, l'agent Renée Walker se laisse
convaincre du bien fondé de ses méthodes. Avec toutefois quelques
réticences, si bien que sa sensibilité contribue à "réhumaniser" le
héros damné.
En guise de prologue, le téléfilm Redemption
(disponible séparément) fustige l'impuissance – voire la lâcheté – des
Nations Unies, ainsi qu'un certain isolationnisme américain, lui
préférant manifestement l'ingérence humanitaire. Au fil des épisodes,
on relève une mise en garde contre le développement des armées privées
– largement utilisées en Irak – et le "retour à la foi" de Jack sous
l'influence d'un imam qu'il avait accusé à tort de protéger un
terroriste. Bien évidemment, la part belle est réservée au patriotisme
ainsi qu'au sens du devoir. Cela ne va pas sans déchirement dans la
famille du président – une femme...
Le suspens étant au rendez-vous les amateurs du genre seront
comblés. Tous nos lecteurs n'en sont pas, mais ils mesureront à travers
ces quelques lignes le fossé qui nous sépare des mentalités américaines.
24 Heures chrono,
saison 7 ; coffret six DVD, 24 x 41 minutes environ,
format 1.78, VF et VO en 5.1, Fox-FPE, 39,99 euros.
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5 novembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
La numérisation massive d'ouvrages entreprise par Google
interpelle les pouvoirs publics, en France et en Europe. Il était
temps : c'est une nouvelle révolution qui s'est engagée.
La numérisation des contenus culturels serait « l'une
des priorités » du ministre de la Culture. Aussi Frédéric
Mitterrand a-t-il installé le 26 octobre une "commission sur
la numérisation des fonds patrimoniaux des bibliothèques".
Appels du pied
Présidée par Marc Teissier (ancien directeur général du Centre
national de la cinématographie, ancien président de France Télévisions,
aujourd'hui directeur général de Vidéo futur), elle devra évaluer
« la pertinence d'un accord entre la BNF et Google du triple
point de vue du partage et du rayonnement des contenus français sur
Internet, de l'intérêt économique et financier pour l'État et le
contribuable, du message politique à adresser à la communauté
internationale ».
Incapables d'assumer le coût d'une numérisation massive et
rapide de leur fonds documentaire, les bibliothèques sont sensibles aux
appels du pied du géant américain de l'internet, qui se propose de
prendre en charge ce vaste chantier. Dans un entretien accordé à
Frédérique Roussel, Robert Darnton, le directeur de la bibliothèque
universitaire d'Harvard, révèle qu'en vertu d'un accord conclu en 2005,
Google a numérisé 800 000 ouvrages, « aujourd'hui
disponibles pour tout le monde », mais dont les fichiers ne
seront pas exploitables par l'établissement avant 2050 ! Bruno
Racine, le président de la Bibliothèque nationale de France, exigerait
quant à lui des conditions plus favorables : « Dans
le cas des discussions préliminaires que nous avions eues avec Google,
la proposition était que les œuvres [...] soient également accessibles
à travers [les sites Internet] Gallica et Europeana. »
(Libération, 14/10/2009)
Se saisissant d'un sujet connexe, la Commission européenne
avait publié le 19 octobre les conclusions de consultations
relatives "au droit d'auteur dans l'économie de la connaissance".
« Partout dans le monde, d'importants programmes de
numérisation ont d'ores et déjà été lancés », observe Viviane
Reding, le commissaire luxembourgeois responsable de la Société de
l'information et des Médias.
Un défi mondial
« Si nous agissons rapidement »,
poursuit-elle, « des solutions européennes créant un
environnement concurrentiel pour la numérisation des livres pourraient
fonctionner plus tôt que celles qui sont actuellement envisagées aux
États-Unis avec l'accord sur Google Books. » Un accord dont
l'application pourrait mettre à la disposition des Américains les
copies numériques d'ouvrages européens inaccessibles sur le Vieux
Continent. « S'assurer que les Européens disposent d'un accès
à leur propre patrimoine culturel, tout en garantissant que les auteurs
européens perçoivent une juste rémunération est donc un sujet d'une
actualité brûlante », souligne la Commission. Au cœur de ses
préoccupations : le statut des œuvres orphelines, dont les
ayant-droit sont inconnus. Naturellement, « l'avènement de la
culture en ligne du partage et de l'échange de fichiers [...] oppose
ceux qui souhaitent aller vers un système de droits d'auteur plus
permissif et ceux qui tiennent au maintien du statu quo ».
Nouveaux usages
Le "piratage" des livres est encore un phénomène
marginal : moins de 1 % des ouvrages disponibles en
France au format papier seraient susceptibles d'être téléchargés
illégalement ; cela représenterait entre 4 000 et
6 000 titres, dont une grande partie de bandes dessinées,
selon l'étude Ebookz réalisée pour l'Observatoire du livre et de
l'écrit en Île-de-France. L'offre illégale se développera
vraisemblablement avec le demande, suspendue aux ventes des terminaux
de lecture électronique. Amazon vient de commercialiser en France son
Kindle, tandis que Sony proposera courant novembre une version tactile
de son Reader, facilitant notamment les annotations (le prix devrait
avoisiner les 300 euros). Mais les technophiles sont loin
d'être les seuls concernés par cette révolution numérique :
d'ores et déjà, trente-trois années de publication de L'Action
Française quotidienne sont disponibles en téléchargement gratuit sur
Gallica.
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17 septembre 2009
Article publié dans L'Action Française 2000
Au cœur du réseau mondial se trouve l'Icann, un organisme de
droit californien lié au gouvernement américain. Un "shérif du
cyberespace" sur lequel Bruxelles appelle à un contrôle accru de la
"communauté internationale".
Le 30 septembre arrive à échéance le contrat liant l'Icann au
gouvernement américain. Créée en 1998 à l'issue de négociations menées
par le vice-président Al Gore, l'Internet Corporation for assigned
names and numbers est un organisme privé à but non lucratif, régi par
le droit californien. Elle joue un rôle crucial dans la "gouvernance"
d'Internet, supervisant, d'une part, l'attribution des adresses IP
(Internet protocol) – des séries de chiffres identifiant chaque point
d'accès au réseau mondial –, et, d'autre part, la gestion des noms de
domaine – ces adresses intelligibles grâce auxquelles les internautes
se repèrent dans les méandres de la Toile.
Délégations
En collaboration avec l'Icann, de multiples acteurs assurent
une gestion décentralisée du réseau. Un gage de fiabilité et
d'efficacité. Sur le Vieux Continent, une organisation néerlandaise, le
RIPE-NCC, distribue les adresses IP selon la plage qui lui a été
allouée. Une association française, l'Afnic, administre les domaines de
premier niveau créés pour la France métropolitaine, la Réunion et les
Terres australes et antarctiques françaises (.fr, .re et .tf).
« La stabilité du système des noms de domaine a été préservée » : « l'Icann et le gouvernement américain peuvent se prévaloir d'avoir
atteint cet objectif clé », reconnaît-on à Bruxelles. La Commission
européenne appelle à « maintenir le rôle central du secteur privé dans
la gestion quotidienne de l'Internet », tout en réclamant qu'il rende
des comptes « vis-à-vis de la communauté internationale ». L'Icann est
manifestement plus ouverte qu'à l'origine ; elle a permis « la création
d'une large instance réunissant de multiples parties prenantes,
favorisant ainsi un processus de prise de décision participatif » ;
elle a été présidée par un Australien, Paul Twonney, auquel a succédé
en juillet dernier Rod Beckstrom, le premier directeur du National
Cyber Security Center.
Suspensions
Cela dit, les pays en développement demeurent insuffisamment
impliqués. En outre, « bien que l'Icann soit un organisme privé dont le
conseil d'administration compte des membres de plusieurs pays, c'est à
Washington [qu'elle] doit rendre des comptes en définitive ». Nicolas
Arpagian esquisse une comparaison avec la Grande-Bretagne, « dont la
suprématie sur les voies maritimes a assuré la domination au cours du
XIXe siècle » : « Les Britanniques maîtrisaient ces voies de
communication indispensables au commerce et aux échanges
intercontinentaux. Ainsi, l'Icann a décidé par le passé de suspendre
l'enregistrement des sites Internet en. iq (pour l'Irak) et en. af
(pour l'Afghanistan). » (Les Échos, 20/08/09) À la demande du
gouvernement américain, influencé par les lobbies puritains, elle
renonça également à ouvrir le domaine .xxx, censé faciliter
l'identification des sites pornographiques.
Une responsabilité multilatérale ?
« Les dispositions actuelles qui prévoient un contrôle
unilatéral [...] doivent céder la place à un autre mécanisme qui
permettrait de garantir qu'une responsabilité multilatérale s'applique
à l'Icann », proclame-t-on à Bruxelles. « Il conviendra [...] de
s'assurer que le fait que l'Icann a été constituée en société en
Californie n'empêche pas qu'il soit tenu compte des demandes
gouvernementales... » Manifestant quelque velléités d'indépendance,
l'Icann s'était d'emblée heurtée au Congrès. En dépit de ses
incantations, la Commission européenne ne se fait pas d'illusion quant
aux allégeances futures du « shérif du cyberespace » : « Le
gouvernement américain n'a jamais cessé de dire qu'il garderait le
contrôle effectif de la coordination des fonctions essentielles en
matière de noms et d'adresses au niveau mondial. »
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