18 novembre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
La défense antimissile balistique sera l'une des principales
questions à l'ordre du jour du sommet des chefs d'État ou de
gouvernement des pays de l'Otan qui se tiendra à Lisbonne les 19 et
20 novembre.
De retour aux affaires, Alain Juppé renoncera-t-il à plaider
en faveur d'un « désarmement nucléaire
mondial » ? L'année dernière, il avait lancé un appel
en ce sens, y voyant la « seule réponse à la prolifération
anarchique ». Sa nomination à l'hôtel de Brienne pourrait
faire jaser dans les rangs de l'Alliance atlantique, où Paris s'oppose
régulièrement aux détracteurs de la dissuasion. Bien que celle-ci
constitue « l'asurance-vie de la nation » aux yeux du
président de la République, nos voisins européens – Allemagne,
Belgique, Pays-Bas – se débarrasseraient volontiers des missiles
tactiques américains stationnés sur leur sol.
Concept stratégique
Cela devrait alimenter les discussions qui se tiendront les 19
et 20 novembre à Lisbonne, où les chefs d'État ou de
gouvernement des vingt-huit pays de l'Otan se réuniront pour entériner
un nouveau concept stratégique. À cet effet, ils s'appuieront sur les
recommandations du "groupe d'experts" présidé par Madeleine
Albright, dont nous avions donné un aperçu
en juin dernier. Entre autres propositions figurait l'inscription de la
défense antimissile « au nombre des missions essentielles de
l'Alliance ». Une perspective ardemment soutenue par le Danois
Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l'Otan, qui
s'estimerait « investi d'une mission quasi
évangélique » selon le sénateur Daniel Reiner.
Sa visite en France, le 15 octobre dernier, emporta
la conversion de Paris. « Il s'agit d'une inflexion
stratégique amorcée par Jacques Chirac en 2006, et prolongée par
Nicolas Sarkozy lors du discours de Cherbourg le 21 mars
2008 », souligne le sénateur Josselin de Rohan, auteur d'un
rapport d'information déposé le 10 novembre 2010.
Unissant sa voix à celle de Londres, Paris précisa sa position le
2 novembre : « Nous soutiendrons à Lisbonne
une décision concernant la défense antimissile des territoires,
reposant sur le développement du système antimissile de théâtre [...]
qui soit financièrement réaliste, cohérente avec le niveau de la menace
émanant du Moyen-Orient, et permette un partenariat avec la
Russie. »
À cela s'ajoutait cette observation : « La défense
antimissile est un complément et non un substitut à la
dissuasion. » « Il convient à mon sens de s'opposer à
toute logique de substitution, pour des raisons tant intellectuelles -
ne pas saper la crédibilité de la dissuasion - que
budgétaires », explique Camille Grand, directeur de la
Fondation pour la recherche stratégique. « En effet, si la
défense antimissile devait se substituer à la dissuasion, le niveau
d'ambition serait tout autre, avec la nécessité d'investissements
beaucoup plus importants. La logique de complémentarité permet donc
aussi d'assigner des limites financières au développement de la défense
antimissile. »
Un projet hors de prix
D'ores et déjà, Jean-Pierre Chevènement juge l'investissement
« hors de prix dans le contexte actuel » – d'autant
qu'il offre une protection somme toute aléatoire. Mais les conditions
financières auxquelles pourrait être assurée une couverture du
territoire européen demeurent obscures. Michel Miraillet, directeur en
charge des Affaires stratégiques au ministère de la Défense, constate
« que les travaux en cours manquent toujours de maturité et
que l'analyse globale demandée à Strasbourg-Kehl ne sera pas achevée
pour le sommet de Lisbonne. [...] Nous n'avons aucune idée de la nature
de l'architecture à terminaison, ni de garantie sur le niveau de
contrôle politique qui sera accordé aux Européens dans la préparation
et la gestion de la bataille balistique. Les coûts avancés restent très
approximatifs et certainement largement sous-évalués. [...] Nous avons
le sentiment que la "facturation" a été adaptée par les Américains aux
interrogations des Alliés. »
Les considérations militaires ne suffisent pas à expliquer la
pression exercée par Washington. « La capacité des grandes
puissances à offrir à leurs alliés n'ayant pas la volonté ou la
capacité de se lancer dans cette course technologique une défense
antimissile balistique "clef en main" est devenue un outil diplomatique
au service d'une stratégie d'influence », analyse Josselin de
Rohan. « Dans le cas européen », poursuit-il,
l'approche « retenue par l'administration Obama, avec de
premiers déploiements prévus en 2011, va structurer la relation de
sécurité qui nous lie aux États-Unis de façon plus puissante encore que
l'approche retenue par la précédente administration. À cet égard, le
choix du cadre multilatéral, à travers l'Otan, est un progrès car il
préserve un tant soit peu une certaine possibilité de partage de la
décision avec les Européens. Tel ne serait plus le cas si, faute
d'accord à l'Otan, les États-Unis reprenaient des démarches bilatérales
analogues à celles engagées par l'administration Bush. » On
reconnaît ici la démarche à l'origine du retour de la France dans le
commandement intégré de l'Otan, et, plus généralement, en faveur d'une
implication dans les structures multilatérales. Les gaullistes
apprécieront !
Un outil de recherche
Pour le sénateur Jacques Gautier « la défense antimissile est
avant tout un formidable outil de recherche et technologie ».
Mais la France peut déjà s'enorgueillir de quelques compétences sur les
différents segments de la défense antimissile balistique.
« Voire de certaines capacités », affirme
M. de Rohan. « Conformément au Livre blanc, elle
développe une capacité d'alerte avancée (satellite d'alerte et radar
très longue portée). Elle a mis en service le SAMP/T, doté d'une
première capacité de défense de théâtre contre les missiles balistiques
"rustiques". La France possède un savoir-faire unique en Europe en
matière balistique. À travers son industrie, elle participe à
l'élaboration du système de commandement et de contrôle (C2) de
l'espace aérien de l'Otan dont la fonction serait élargie à la défense
du territoire européen contre les missiles balistiques. »
En conséquence, selon François Auque, P-DG de EADS Astrium
notre pays serait « le seul en Europe et peut-être dans le
monde à être en situation de parler sur ce sujet aux
États-Unis ». Il pourrait apporter ses petites "briques
technologiques" au dispositif de l'Otan. Ce faisant, estime Antoine
Bouvier, président de MBDA, « nous gagnerions une capacité
d'influence sur la conception et le fonctionnement du système, par
exemple en matière de règles d'engagement. Cette contribution
spécifique constitue à mes yeux la dernière opportunité pour se
positionner sur la défense antimissile. »
La question cruciale du commandement
Il convient d'insister, avec Michel Miraillet, « sur
la question-clef du système de commandement » :
« L'objectif fondamental des États-Unis reste la protection du
territoire américain. Comment décidera-t-on si un missile se dirigeant
vers les États-Unis doit être intercepté au dessus du territoire
européen ou au dessus de l'Atlantique ? La réponse n'est pas
nécessairement la même si l'on se place du point de vue américain ou
européen. Or le SACEUR [commandant suprême des forces alliées en
Europe] est également commandant des forces américaines en Europe et
possède une "double casquette". Il apparait en tout cas essentiel que
nous pesions de tout notre poids dans l'élaboration des règles
d'engagement de l'Otan. » Camille Grand remarque toutefois
qu'« il pourrait être de l'intérêt des Américains de laisser
une place aux Européens en matière de commandement, au travers de la
définition des règles d'engagement, pour mieux les convaincre de
soutenir le développement d'un système de défense
antimissile ». Affaire à suivre.
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18 novembre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
La prise en charge des frais de scolarité des Français de
l'étranger menace-t-elle les lycées placés sous la houlette du Quai
d'Orsay ?
Constatant leur fragile équilibre budgétaire, beaucoup s'en
sont inquiétés. Ce faisant, ils auraient mené « une campagne
de dénigrement et de désinformation sans précédent » selon
Geneviève Colot, député de l'Essonne, et Sophie Joissains, sénateur des
Bouches-du-Rhône, auteurs d'un rapport remis le 3 novembre au
président de la République.
L'Agence pour l'enseignement français à l'étranger regroupe
près de cinq cents établissements répartis dans
cent trente pays, accueillant plus de 100 000 élèves
de toutes nationalités. Moins de la moitié seraient de jeunes Français,
dont la prise en charge (PEC) des frais de scolarité figurerait dans
les programmes présidentiels depuis 1981. Nicolas Sarkozy se
targuera-t-il à nouveau de tenir, outre ses propres promesses, celles
de ses prédécesseurs ? De fait, leur mise en œuvre est
entamée : débutée il y a trois ans, la prise en charge
concerne aujourd'hui l'ensemble du second cycle.
« La presse nationale s'est fait largement l'écho des
craintes de voir la PEC provoquer un tel afflux de jeunes Français que
les élèves étrangers seraient rejetés », rappellent les
rapporteurs. Or, les faits auraient contredit ce pronostic :
« Non seulement l'équilibre demeure, mais dans le second
cycle, concerné par la PEC le pourcentage des Français a même
légèrement baissé. »
Le retrait des entreprises ne serait pas vérifié
Un autre crainte portait sur le désengagement des entreprises.
Mais « cet effet pervers supposé ne s'est pas
vérifié », affirment encore les parlementaires. « Il
n'y a que les entrepreneurs individuels qui pour l'heure se retirent,
ce qui est dans la logique de la mesure et concrètement un des
objectifs visés par le président de la République. Parmi les grosses
sociétés seules cinq sur deux cents se sont retirées sur
instructions du siège. Le cercle Magellan, qui regroupe les
investisseurs à l'étranger [...] fait remarquer que la politique
salariale des grosses entreprises est globale pour l'ensemble des
salariés ; ceux-ci étant de nationalités diverses, il est
difficilement imaginable qu'elles la modifient spécifiquement pour les
français. C'est un des arguments essentiels d'une politique de
management attractive. »
Saluant « une mesure appréciée et attendue des
familles », Geneviève Colot et Sophie Joissains mettent
toutefois en garde contre « le dérapage des
bourses », dont il conviendrait de réviser les critères
d'attribution. Pour parer aux "effets d'aubaine" observés dans certains
établissements, elles proposent également de cantonner la prise en
charge aux montant des frais de 2007-2008. Comprenant les exigences
budgétaires, les parents d'élèves auditionnés ne seraient pas hostiles
au principe du plafonnement par établissement. « Ce système
qu'il est nécessaire d'actualiser chaque année par un taux d'inflation
de 3 %, est en fin de compte relativement proche de celui
appliqué à l'enseignement privé sous contrat tel que nous le
connaissons en France », expliquent les rapporteurs. Lesquels
préconisent de limiter temporairement la prise en charge aux classes de
lycée. Une idée chère aux détracteurs qu'ils ont vilipendés en versant
dans une polémique déplacée.
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18 novembre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
Examinant le projet de loi de finances pour 2011, les députés
expriment quelque réticence à augmenter le budget de la Halde, dont la
crise rend les exigences particulièrement déplacées.
Le député UMP Richard Mallié fait-il « une fixation
sur la Halde » ? Son collègue René Dosière l'en a
accusé le 8 novembre, lors d'un débat en commission à
l'Assemblée nationale, observant toutefois qu'il n'était pas le seul.
En fait, l'institution semble cristalliser la méfiance des
parlementaires à l'égard des autorités administratives.
Un train de vie jugé exceptionnel
Après avoir obtenu, l'année dernière, une augmentation de son
budget de 6,3 %, la Haute Autorité de lutte contre les
discriminations et pour l'égalité réclame, pour 2011, une rallonge
supérieure à 3 %. Dépassant alors les 13 millions
d'euros, ses moyens seraient supérieurs à ceux du médiateur de la
République. Selon le gouvernement, ces nouvelles ressources seraient
affectées au recrutement de deux agents de catégorie A censés
traiter les dossiers de réclamation, et à la mise en place progressive
d'un réseau de correspondants territoriaux.
Cette perspective apparaît « déplacée » aux
yeux de M. Mallié, signataire, avec quatre-vingts collègues,
d'une proposition d'amendement au projet de loi de finances (PLF).
« Alors que le PLF pour 2011 s'inscrit dans un contexte
budgétaire difficile, le train de vie de la Halde est toujours aussi
exceptionnel », a-t-il dénoncé. « Le pré-rapport de
la Cour des comptes est sans appel : les marchés publics sont
à la limite de la légalité, les dépenses en communication sont
exorbitantes – 6,2 millions d'euros entre 2005 et 2009 – et le
loyer annuel [...] s'élève à plus de 1,8 million, soit
800 euros le mètre carré, contre 300 euros dans une
rue voisine. » Cela en raison, notamment, « d'un hall
luxueux qui n'a aucune utilité » selon René Dosière.
Des dossiers rejetés en masse
L'argent est-il jeté par les fenêtres ? Richard
Mallié l'a suggéré en soulignant « que 75 % des
dossiers déposés auprès de la Halde en 2009 ont été rejetés et que
seuls 3,6 % des plaintes ont abouti ». On en déduit
le "chiffre du jour" publié le 13 novembre sur le blog du
Centre royaliste d'Action française :
« 31 580 euros par plainte ! Un
budget de 12 millions d'euros pour
380 "discriminations" reconnues : un rapport
qualité-prix défiant toute concurrence ! »
Cela dit, « nous n'avons rien contre l'action de cet
organisme », a prévenu Richard Mallié. Plus radicale,
Véronique Besse, député de la Vendée, a déposé une proposition de loi
visant à supprimer une institution jugée coûteuse et inutile, sinon
perverse.
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5 novembre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
Afin de pérenniser le fonds européen de stabilisation
financière bricolé dans l'urgence – le "FMI européen" –, les Vingt-Sept
sont convenus d'un accord dont les ambiguïtés reflètent les divergences
franco-allemandes.
Moins d'un an après l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne,
les chefs d'État ou de gouvernement des vingt-sept pays de l'UE sont
convenus, à l'issue de leur réunion des 28 et 29 octobre,
d'une nouvelle révision du droit primaire européen. Il s'agira d'une
« révision light », selon
l'expression du président de la République, censée pérenniser le fonds
européen de stabilisation financière. Mis en place dans l'urgence pour
répondre à la crise de la dette souveraine, celui-ci se heurterait
vraisemblablement au juge constitutionnel allemand s'il était maintenu,
au-delà de 2013, en l'état des traités, vis-à-vis desquels il s'est
autorisé quelques accommodements.
Diktat franco-allemand
L'affaire semblait pliée dès la semaine précédente. Du moins
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel l'avaient-ils laissé entendre en
exposant leur position commune arrêtée le 18 octobre,
suscitant la colère de Viviane Reding. « Les décisions de
l'Union européenne ne sont pas prises à Deauville », a-t-elle
protesté. Dans un entretien accordé au quotidien allemand
Die Welt, elle a jugé « complètement irresponsable de
mettre sur la table des chimères à propos de nouveaux
traités » (Euractiv, 28/10/2010). Le
risque est grand d'ouvrir la boîte de Pandore. Or, le processus de
ratification sera d'autant plus hasardeux que la réforme sera
substantielle : le spectre d'un nouveau référendum irlandais
hante les arcanes européennes.
Le chef de l'État a balayé les commentaires du commissaire
luxembourgeois. « Je ne la connais pas personnellement et je
n'attache pas plus d'importance à ce qui a été dit », a-t-il
lancé à un journaliste qui l'interpellait à ce sujet. « En
revanche, a-t-il poursuivi, j'attache beaucoup d'importance à la
décision unanime du Conseil européen. Cela a un autre poids. »
Du moins, à ses yeux. Derrière les anathèmes se dessinent, encore une
fois, des rivalités institutionnelles. Les chefs d'État ou de
gouvernement ont confié à "leur" président, celui du Conseil européen,
Herman Van Rompuy, la tâche de mener les consultations préalables à la
révision des traités. Dans un entretien accordé au Monde,
Jean-Luc Sauron a souligné « une dépossession de la Commission
sur ce volet-là ». Cela confirmerait un rééquilibrage de la
mécanique européenne au profit des rouages intergouvernementaux si,
parallèlement, le Parlement européen ne poursuivait pas sa montée en
puissance.
La quadrature du cercle
Une fois n'est pas coutume, l'assemblée devrait se satisfaire
d'une procédure de révision accélérée, à laquelle elle se contentera
d'acquiescer. On imagine mal les eurodéputés, adeptes des postures
morales, freiner l'institution d'un mécanisme symbolisant la solidarité
européenne. Cela dit, les considérations nationales sont toujours de
mise, au point de se mêler dans un compromis plein d'ambiguïtés.
Paris prétend dissiper la méfiance des investisseurs à l'égard
des obligations émises dans la zone euro... avec le risque de
contribuer à l'entretien du laxisme budgétaire honni par Berlin. Aussi
le Conseil européen a-t-il souligné, dans ses conclusions,
« la très stricte conditionnalité à laquelle doit être
subordonnée l'action menée dans le cadre de ce type
d'instrument ». Concrètement, les États bénéficiant de son
soutien pourraient être conduits à restructurer leur dette, aux dépens
de leurs créanciers. Jean-Claude Trichet, le président de la Banque
centrale européenne, se serait vigoureusement opposé à cette annonce,
craignant de déclencher la panique sur les marchés financiers.
Esquissant une solution à la quadrature du cercle, il appelait à des
sanctions plus fermes à l'encontre des États manquant à leurs
obligations budgétaires. C'était oublier le fossé séparant les cultures
politiques de part et d'autre du Rhin...
Les droits de vote maintenus au Conseil
Finalement, le duo franco-allemand a convaincu ses partenaires
d'adopter des sanctions "semi-automatiques". Sanctions financières,
mais non politiques, le projet de suspendre le droit de vote des États
défaillants étant rangé dans un tiroir. « Le président du
Conseil européen entend examiner par la suite, en consultation avec les
États membres, la question du droit des membres de la zone euro de
participer à la prise de décisions [...] en cas de menace permanente
pour la stabilité de la zone euro dans son ensemble »,
stipulent les conclusions du sommet. « Les oppositions à cette
idée ont été virulentes, voire très virulentes », aurait
déclaré Jean-Claude Juncker (Euractiv,
29/10/2010). Étant donné la complexité juridique de sa mise en œuvre,
on se demande si Berlin ne l'a pas agitée, avec le soutien de Paris,
dans l'espoir d'obtenir la satisfaction d'autres exigences (une
hypothèse formulée notamment par l'Irish Times).
Ce projet reviendra-t-il sur la table ? Les paris sont ouverts.
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5 novembre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
Le rapport de l'Académie des sciences sur le changement
climatique, rendu public le 28 octobre, a suscité
des réactions contradictoires.
Tandis que Paul Molga pointait, dans Les Échos,
le désaveu des climato-sceptiques, Drieu Godefridi – qui
appartiendrait plutôt à ceux-ci... – a salué, sur le site de
l'institut Hayek, la crucifixion des idéologues du climat. Claude
Allègre aurait signé le document tout comme ses détracteurs !
Sans doute ce paradoxe reflète-t-il les efforts de diplomatie
déployés par les rapporteurs. Ils ont synthétisé, en quelques pages,
les contributions au débat organisé à la demande de Valérie Pécresse,
ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, qui s'était
inquiétée, au printemps dernier, que « des voix s'élèvent
[...] pour remettre en cause l'existence d'un large consensus parmi les
chercheurs sur les causes et les conséquences du réchauffement
climatique ».
Il en résulte un document pointant des connaissances, mais
identifiant également des incertitudes. C'est en cela, semble-t-il, que
l'Académie des sciences se distingue du GIEC, ou de certains de ses
représentants, dont le discours est parfois jugé péremptoire.
« Depuis la seconde moitié du XIXe siècle,
plusieurs indicateurs indépendants montrent sans ambiguïté un
réchauffement climatique [...] modulé dans le temps, avec une
augmentation de 1975 à 2003 », affirme-t-elle. En cause, «
principalement » : l'augmentation de la concentration
du CO2 dans l'atmosphère, qui découlerait
« incontestablement » de l'activité humaine.
Mais « des incertitudes importantes
demeurent », notamment, sur la modélisation des nuages,
l'évolution des glaces marines et des calottes polaires, le couplage
océan-atmosphère, l'évolution de la biosphère et la dynamique du cycle
du carbone.
« Environ la moitié du CO2 produit par les activités
humaines à un moment donné et rejeté dans l'atmosphère, y subsiste.
L'autre moitié est actuellement absorbée par l'océan et la végétation
continentale : il faut environ un siècle pour que la fraction
transmise à l'atmosphère soit diminuée de moitié. La connaissance des
mécanismes d'échanges océan-atmosphère et continent-atmosphère a fait
de grands progrès mais reste encore incertaine pour des prédictions
plus précises à l'échelle du siècle. Cette connaissance dépend de la
description de la circulation océanique profonde et et de la complexité
de la photosynthèse. Les incertitudes sur l'effet global indirect d'un
changement de concentration du CO2, avec toutes les rétroactions prises
en compte, font l'objet de débats au sein de la communauté des
climatologues.. »
Or, d'après Jean-Michel Bélouve, dont l'institut Hayek a
également publié l'analyse, « on aborde là un point crucial de
la dispute entre partisans et détracteurs du GIEC. [...] Les
climatologues qui inspirent le GIEC affirment que l'effet direct du CO2
est fortement amplifié par des rétroactions positives. [...] Les
sceptiques, au contraire, exposent que la nature dispose de
rétroactions négatives, la principale étant la formation de nuages,
engendrés en plus grande quantité par cette vapeur d'eau
supplémentaire. »
Quoi qu'il en soit, selon l'Académie des sciences,
« la validité des projections pour les décennies à venir et
leurs incertitudes sont une question centrale ». La prudence
est de mise !
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5 novembre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
Parmi les multiples remontrances rendues publiques par la
Commission européenne le 28 octobre, plusieurs concernaient la
France.
La plus médiatisée portait un nouveau coup au bouclier fiscal,
accusé de constituer « un obstacle à la libre circulation des
capitaux », étant donné que seuls les impôts payés en France
interviennent dans le calcul d'un éventuel remboursement.
Paris est prié, également, de mieux appliquer le droit
européen portant sur l'étiquetage de produits chimiques (harmonisé au
niveau mondial), la qualité de l'air (polluée par des particules en
suspension), la prévention des inondations et les semences fruitières.
Bruxelles conteste, en outre, un accord bilatéral conclu avec
la Russie pour le survol de la Sibérie, au motif qu'il ne s'applique
pas à toutes les compagnies aériennes de l'Union. Agitant la
jurisprudence, la Commission signale que, depuis 2002, la plupart des
accords de ce type ont été adaptés. Moscou ferait figure d'exception en
refusant pareille évolution.
La République tchèque, quant à elle, est poursuivie
devant la Cour de justice pour avoir acheté quatre avions de transport
tactique sans mise en concurrence. C'est une première, affirme notre
confrère Nicolas Gros-Verheyde : jusqu'à maintenant, en effet,
la Commission s'était abstenue d'interférer dans des contrats
strictement militaires. Ce faisant, elle semble rompre avec une
interprétation plus souple des traités, et anticipe l'entrée en vigueur
d'une directive encadrant les marchés de défense. Ce n'est peut-être
qu'un début...
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5 novembre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
L'adoption d'un nouvel accord-cadre par le Parlement et la
Commission européenne suscite l'inquiétude du Conseil des ministres.
Le Parlement européen poursuit sa "montée en puissance" aux
dépens des gouvernements. Le 20 octobre a été signé un nouvel
accord-cadre régissant ses rapports avec la Commission, qui s'est
engagée à lui garantir la participation aux réunions, l'accès aux
documents – y compris confidentiels –, le suivi des
négociations internationales, etc., dans les mêmes conditions que le
Conseil des ministres.
Celui-ci s'en est inquiété dans une déclaration où il constate
« que plusieurs dispositions [...] tendent à modifier
l'équilibre institutionnel [...], à reconnaître au Parlement européen
des prérogatives qui ne sont pas prévues par les traités ». Il
prévient qu'il « saisira la Cour de justice de tout acte ou
action du Parlement européen ou de la Commission pris en application
des dispositions dudit accord-cadre qui porterait atteinte aux intérêts
du Conseil ou aux prérogatives que les traités lui
confèrent ».
Loin de se laisser intimider, les eurodéputés continuent de
jouer les maîtres-chanteurs, menaçant de bloquer l'adoption du prochain
budget européen s'ils n'obtiennent pas l'assurance qu'un débat sera
bientôt ouvert sur l'affectation à l'Union de nouvelles ressources
propres.
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5 novembre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
Le projet de loi portant réforme des retraites a été adopté
définitivement le 27 octobre. Reste à passer l'examen du
Conseil constitutionnel et les soubresauts de sa mise en œuvre, en
attendant la remise à plat du système.
Tandis que les raffineries reprenaient le travail, le débat
s'ouvrait sur le coût des conflits sociaux. Dénonçant « la
chienlit », la CGPME l'a estimé à 4 milliards d'euros
dans un communiqué du 25 octobre. Sans doute Nicolas Sarkozy
espère-t-il tirer quelque bénéfice de cet investissement lors d'un
prochain rendez-vous avec les urnes. « C'est une réforme
difficile, j'en suis le premier conscient », a-t-il déclaré le
20 octobre. « Et il est normal que dans une
démocratie chacun puisse exprimer son inquiétude ou son opposition.
Mais certaines limites ne doivent pas être franchies et mon devoir est
de garantir le respect de l'ordre républicain au service de tous les
Français. »
Des marchés rassurés
Un discours de relative fermeté apprécié par les marchés
financiers. Pour preuve, après s'être accru en septembre, l'écart de
taux à dix ans entre la France et l'Allemagne s'est resserré le mois
dernier. Cela devrait offrir un répit temporaire à Bercy, d'autant que
Paris aurait déjà accompli 90 % de son programme de
financement pour 2010, selon les chiffres publiés par Isabelle Couet (Les Échos,
28/10/2010).
Autrement dit, les contribuables échappent au renchérissement
de la dette, dont les plus jeunes ne seraient pas les moindres
victimes. De ce point de vue, ils se sont montrés peu inspirés en
séchant les cours pour aller manifester. Quoique à brève échéance, la
question du partage du travail se posera effectivement selon Philippe
Askenazy, directeur de recherche au CNRS. Pour les nouveaux venus sur
le marché du travail, « la difficulté ne viendra pas du
secteur privé mais du public », a-t-il expliqué aux Échos
(26/10/2010) : « Dans les trois fonctions publiques,
qui représentent un cinquième de l'emploi salarié en France, les
recrutements se font principalement pour remplacer des départs à la
retraite. [...] Le fait qu'un senior reste deux ans de plus devrait
ainsi faire baisser de 20 % les recrutements d'agents au cours
des dix ans à venir. Cela fait de l'ordre de 30 000 postes de
moins par an pendant une dizaine d'années. Cela peut paraître peu [...]
mais cela va être très concentré sur une seule classe d'âge. »
Quoi qu'il en soit, la réforme en cours ne préjuge guère de la
retraite dont bénéficieront nos jeunes actifs. Le texte définitif du
projet de loi prévoit d'ores et déjà le lancement, au premier semestre
2013, d'une « réflexion nationale » censée préparer,
enfin, « une réforme systémique de la prise en charge
collective du risque vieillesse ». La République
tiendra-t-elle ses promesses ?
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