20 mai 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
Le vote d'une loi contre le port du voile intégral rassurerait
peut-être l'électorat courtisé par l'UMP, mais il pourrait fournir à
cette pratique une publicité inespérée, faute de s'appuyer sur des
bases juridiques suffisamment solides.
Un projet de loi prohibant le port de voile intégral ou, plus
vraisemblablement, la dissimulation du visage dans l'espace public,
devait être présenté en Conseil des ministres mercredi dernier,
19 mai. Dans l'attente d'en découvrir la teneur, on se
demandait par quelle prouesse juridique le garde ses Sceaux prétendrait
dissiper les menaces de censure soulignées le 25 mars par le
Conseil d 'État.
Une conception élargie de l'ordre public
Inutile d'invoquer la laïcité : « Elle ne
peut s'imposer directement à la société ou aux individus qu'en raison
des exigences propres à certains services publics (comme c'est le cas
des établissements scolaires). » La sauvegarde de la dignité
humaine ne serait pas une base beaucoup plus solide. En effet, la Cour
européenne des droits de l'homme l'a jugée indissociable de la
protection du "libre arbitre", tandis qu'elle se penchait sur les
évanouissements d'une femme soumise aux sévices de deux
complices : les salafistes peuvent compter sur le soutien des
sadomasochistes ! Quant à la sécurité publique, elle
constituerait « un fondement très solide pour une interdiction
de la dissimulation du visage, mais seulement dans des circonstances
particulières » ; en l'absence de troubles avérés,
une interdiction générale reposerait « sur une logique
artificiellement préventive » – laquelle n'a jamais été admise
par la jurisprudence.
En définitive, seule une acception élargie de "l'ordre public"
pourrait s'accommoder de la lubie présidentielle. Il faudrait y voir,
selon les termes du Conseil d'État, « le socle d'exigences
réciproques et de garanties fondamentales de la vie en
société ». « Mais une telle conception, juridiquement
sans précédent, serait exposée à un sérieux risque de censure
constitutionnelle ou conventionnelle, ce qui interdit de la
recommander », ont conclu les magistrats.
1 900 cas en France
Or, une censure de loi « sonnerait comme une défaite
de la République. Il est donc essentiel de bien peser les enjeux et les
risques d'une telle interdiction », avait prévenu la mission
d'information parlementaire sur le voile intégral, dans son rapport
publié en janvier dernier. Les élections régionales et la déroute de
l'UMP auront ouvert la voie aux plus téméraires.... Au risque de faire
la publicité d'une pratique certes en progression, mais qui demeure
marginale.
1 900 femmes porteraient le voile intégral sur le
territoire national, selon les estimations du ministère de l'Intérieur
(dont 270 établies dans les collectivités d'outre-mer). La
moitié seraient âgées de moins de trente ans, et l'immense majorité
(90 %) auraient moins de quarante ans. Les deux tiers seraient
des Françaises, parmi lesquelles la moitié appartiendraient aux
deuxième et troisième générations issues de l'immigration.
Fait remarquable, un quart des femmes intégralement voilées seraient
des converties.
En quête d'identité
« Il s'agit d'une pratique anté-islamique importée ne
présentant pas le caractère d'une prescription religieuse », a
rapporté Éric Raoult au nom de la mission parlementaire.
« Elle participe de l'affirmation radicale de personnalités en
quête d'identité dans l'espace social mais aussi de l'action de
mouvements intégristes extrémistes ; elle représente un défi
pour de nombreux pays. » Et de citer
Mme Nilüfer Göle, directrice d'études à l'École des hautes
études en sciences sociales, faisant le constat que « les
filles portant le foulard en France sont plutôt en rupture avec la
manière traditionnelle dont le portait leur mère ou leur
grand-mère ». La même analyse serait valable au sujet des
femmes portant volontairement le niqab, auxquelles la mission a
attribué deux motivations : « en premier lieu, la
recherche de pureté dans la pratique d'un culte plus austère ;
en second lieu, la volonté de prendre ses distances avec une société
jugée pervertie ».
De grands principes
Prenant acte de la situation, les parlementaires ont proposé,
entre autres, de « renforcer la formation civique délivrée
dans le cadre du contrat d'accueil et d'intégration ». Si la
l'interdiction devait être votée – puis appliquée... –, des stages de
"citoyenneté" seraient peut-être imposés aux contrevenants. Sans doute
y inculquerait-on le principe de laïcité, censé permettre, selon nos
députés schizophrènes, « l'intégration à la communauté
nationale de ceux qui rejoignent la France pour y travailler et y
vivre », mais « n'interférant pas dans leur culture
et leur religion ». « Lutter contre le port du voile
intégral c'est [...] faire œuvre de libération », a encore
proclamé le rapport parlementaire. « C'est notre vivre
ensemble fondé sur l'esprit des Lumières qui est bafoué », a
confirmé André Gérin.
Les pouvoirs publics se fourvoient dans l'idéologie
contractualiste. Laquelle exclut fort logiquement la perspective
d'assimilation – un processus dont l'aboutissement tient moins aux
volontés individuelles qu'à l'enracinement progressif des générations.
Renouant avec ses grands principes, la République se remémorera-t-elle
également ses velléités totalitaires ? Selon les révélations
du Figaro (04/05/2010), le ministre Éric Besson
serait « disposé » à exposer à la déchéance de leur
nationalité des Français coupables d'« atteintes caractérisées
aux valeurs fondamentales de notre République ». Les
royalistes sont prévenus.
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20 mai 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
Confrontés à la crise des dettes souveraines, les dirigeants
politiques peinent à assumer leurs responsabilités. Le long terme étant
étranger à leur horizon, ils n'inspirent aucune confiance aux marchés
et doivent se réfugier derrière l'Europe...
Après avoir livré les traders à la
vindicte populaire, les responsables politiques ont désigné un nouveau
bouc émissaire, en l'occurrence les agences de notation. Leur influence
est incontestable : le 28 avril, après la
rétrogradation de l'Espagne par Standard & Poor's, l'indice
Ibex-35 de la bourse de Madrid avait brusquement chuté, terminant en
baisse de 2,99 %, tandis que, face au dollar, l'euro tombait à
son plus bas niveau depuis un an. Cela dit, c'est somme toute
injustement qu'on a accusé ces agences de promettre la faillite de la
Grèce : tout au plus en ont-elles évalué le risque à
25 %. De quoi effrayer investisseurs et spéculateurs, au
demeurant. Au point que ceux-ci ont pu juger Athènes moins fiable que
Buenos Aires ou Caracas.
Prééminence du politique
Irrationnels, les marchés ? Sans doute, puisqu'ils
concèdent à la France des taux préférentiels en dépit de son déficit
abyssal. Saluons les miracles accomplis par l'Agence France
Trésor : la dette dont elle a la charge avoisinait fin 2009
les 1 500 milliards d'euros, culminant à 77,6 % du
produit intérieur brut. Mais les arbres ne montent pas jusqu'au ciel...
La défiance des marchés vient rappeler à l'ordre des dirigeants
irresponsables – démocratie oblige.
De ce point de vue, loin de constituer une négation du
politique, la crise des dettes souveraines en souligne la
prééminence. « Que les dirigeants européens accusent
la spéculation, c'est de bonne guerre », commente Marc de
Scitivaux (blog de l'Institut Turgot, 13/05/2010)) « Mais ils
font une erreur d'analyse qui risque de leur coûter cher dans l'avenir.
Car ce n'est pas la spéculation qui a attaqué la Grèce avant-hier, le
Portugal ou l'Espagne hier et, qui sait, la France demain, même si
celle-ci peut amplifier les mouvements. C'est infiniment plus sérieux
et plus fondamental : c'est l'épargne mondiale qui marque sa
méfiance et se détourne des "États providence" financés par la
dette. »
Des États dont l'impuissance apparaîtra d'autant plus criante
qu'ils prétendront à l'omnipotence. Faut-il que le ministère de la
Culture s'obstine à offrir leur premier livre à des
nouveaux-nés ? Qu'importe l'amour de Frédéric Mitterrand pour
les enfants, la France dispose sans aucun doute de meilleures
nourrices ! En revanche, le Premier ministre eût été bien
inspiré de jouer les pédagogues. Sans doute l'opinion serait-elle plus
disposée que jamais à s'entendre dire que la nation ne pourra pas vivre
éternellement à crédit. Hélas, François Fillon s'avoue tétanisé par la
« rigueur ».
Les girouettes de l'UMP
Quant aux girouettes de l'UMP, elles ont fait la preuve de
leur lâcheté en s'attaquant au bouclier fiscal. Un bouclier dont la
construction releva certes du bricolage, et dont on peut discuter
l'intérêt. Reste qu'il suffit de quelques atermoiements pour le
fragiliser durablement. Les candidats à l'évasion fiscale savent ce que
vaut la parole d'un État républicain ! Dans ces conditions,
quelle crédibilité les marchés financiers peuvent-ils accorder aux
pouvoirs publics érigeant en « priorité » la
réduction des déficits publics ?
Apparemment, l'Europe demeure la seule voie de salut. Les
circonstances forçant la main aux gouvernements, la Commission de
Bruxelles avance ses pions. Selon la traduction que l'on fait de sa
communication du 12 mai, disponible uniquement dans la langue
de Shakespeare, elle propose que lui soient présentés ou soumis à
l'avenir les projets de budgets nationaux. Les souverainistes les plus
alarmistes dénoncent un nouvel abandon de souveraineté. À l'inverse,
certains y voient un moyen, pour les Exécutifs nationaux, de
s'émanciper via Bruxelles de la pression parlementaire. Le cas échéant,
la technocratie européenne n'en demeurerait pas moins le paravent de la
déliquescence du politique. Triste constat.
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12 mai 2010
Un député veut élire en 2012 un vice-président de la
République.
Une
proposition de loi constitutionnelle « visant à
instituer une fonction de vice-président de la République » a
été enregistrée à la présidence de l'Assemblée nationale le
13 avril 2010. Son auteur, Michel Hunault, député
Nouveau Centre de Loire-Atlantique, entend rebondir sur la mort du
président polonais Lech Kaczynski, dont l'accident ne peut, selon lui,
« laisser indifférent sur l'organisation institutionnelle de
notre démocratie ».
Feignant d'ignorer la mission de suppléance conférée au
président du Sénat, il prétend que « l'instauration d'un poste
de Vice-président permettrait [...] dans des circonstances
exceptionnelles d'assurer la continuité de l'État ». Rédigé
dans un style négligé, l'exposé des motifs témoigne d'une indigence
affligeante. Mais sans doute est-il à l'image d'une démarche quelque
peu hasardeuse. En effet, M. Hunault ne verrait apparemment
aucun inconvénient à abroger les dispositions constitutionnelles
stipulant selon quelles modalités doit être constaté l'empêchement du
chef de l'État.
Un travail typiquement parlementaire ?
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10 mai 2010
La France offre une promotion à Herman Van Rompuy.
Les politiques ont-ils été contaminés par les
journalistes ? Encouragés par le mimétisme ou l'idéologie, nos
confrères ont souvent promu Herman Van Rompuy « président de
l'Union européenne » – alors qu'il préside seulement le
Conseil européen des chefs d'État ou de gouvernement, dont il convoque
les réunions et anime les débats.
Or, ce glissement sémantique vient d'apparaître dans un
document officiel, vraisemblablement à la faveur d'une erreur de
traduction. En effet, la
déclaration des chefs d'État ou de gouvernement de la zone
euro du 7 mai mentionne l'intervention « du président
européen ». Du moins dans sa version française, car, dans
la langue de Shakespeare, il est bien question, au même
paragraphe, du « président du Conseil européen ».
On s'étonne que ce détail ait échappé à la sagacité des
juristes et autres diplomates francophones. Gageons que leur négligence
ne sera pas du goût de MM. Barroso et Zapatero,
candidats eux aussi à la "présidence" de l'UE.
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10 mai 2010
La mise en place du Service européen pour l'Action extérieure
(SEAE) alimente les rivalités institutionnelles. La commission des
Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées de la chambre
haute n'y est pas insensible.
En son nom, Josselin de Rohan a présenté une
proposition de résolution enregistrée à la présidence du
Sénat le 5 mai 2010.
Le texte rappelle que la Politique étrangère et de sécurité
commune (PESC) « demeure une politique de nature
intergouvernementale ». Il stipule que « le Parlement
européen ne dispose d'aucune légitimité pour exercer un contrôle
d'opportunité sur l'action du Service européen pour l'action extérieure
et pour se prononcer sur la désignation des chefs de délégation ou des
représentants spéciaux de l'Union européenne ». En
conséquence, il affirme que le SEAE « doit être un organe sui generis
de l'Union européenne, équidistant de la Commission européenne et du
Conseil, et disposant d'une complète autonomie en matière budgétaire et
en termes de gestion des ressources humaines ».
Naturellement, la proposition de résolution juge
« indispensable que les parlements nationaux puissent
entretenir des relations étroites » avec le Service. Elle
affirme, en outre, que la place du français doit y être garantie.
Reste à soumettre ce texte à l'ensemble des sénateurs. En
espérant que ceux-ci remonteront les bretelles de leurs collègues
siégeant au Parlement européen, à défaut d'appeler à sa dissolution.
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7 mai 2010
Du droit des femmes à porter un pantalon.
Dix députés (1), radicaux de gauche et apparentés,
prétendent honorer l'objectif de « délégifération »
que le le président de la République aurait assigné au Parlement. À cet
effet, ils ont déposé le 1er avril une
proposition de loi censée « mettre en évidence toute
la portée concrète de cette notion innovante ».
Ainsi ont-ils identifié deux chantiers prioritaires :
d'une part, la suppression de références obsolètes à la peine de mort
demeurant dans le Code civil ; d'autre part, l'abrogation des
dispositions de la loi du 26 brumaire an VIII
précisant que « toute femme désirant s'habiller en homme doit
se présenter à la préfecture de Police pour en obtenir
l'autorisation » – dispositions modifiées par deux circulaires
de 1892 et 1909 autorisant le port du pantalon « si la femme
tient par la main un guidon de bicyclette ou les rênes d'un
cheval ».
(1) Gérard Charasse, Chantal Berthelot, Paul Giacobbi, Annick
Girardin, Joël Giraud, Albert Likuvalu, Jeanny Marc, Dominique Orliac,
Sylvia Pinel et Chantal Robin-Rodrigo,
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6 mai 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
Le création du Service européen pour l'Action extérieure
suscite des tensions au cœur du triangle institutionnel européen. Après
s'être accordés entre eux, les gouvernements doivent compter avec le
Parlement et la Commission...
Réunis en Conseil des ministres le 26 avril, les
Vingt-sept ont dégagé une « orientation politique »
sur un projet de décision instituant le Service européen pour l'Action
extérieure (SEAE) – une innovation majeure du traité de Lisbonne.
La "parité" pour les ambassadeurs
« Cela n'a pas été facile », selon le
témoignage du ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Ángel
Moratinos, qui présidait la réunion. Celui-ci a confirmé la volonté des
gouvernements de prendre en compte les équilibres géographiques, mais
aussi l'égalité des sexes dans la nomination des chefs de délégation de
l'UE. Cela rendra les désignations d'autant plus complexes... Les
ministres sont également convenus d'un compromis, vraisemblablement
entre "grands" et "petits" États, « permettant aux délégations
communautaires d'offrir un service consulaire dans certaines limites et
dans la mesure où ces services ne supposent pas de frais budgétaires
supplémentaires ».
Cet accord informel ouvre la voie à la conclusion d'un
arrangement entre les principales institutions de l'UE. En effet,
l'organisation et le fonctionnement du SEAE sont fixées par le Conseil
des ministres, qui statue sur proposition du Haut Représentant après
consultation du Parlement européen et approbation de la Commission.
Confrontée aux foudres des députés, Mme Catherine Ashton avait
révisé son projet d'organigramme, en substituant au secrétaire général
trois responsables placés, sous son autorité, sur un pied d'égalité.
Cela suffira-t-il à satisfaire les parlementaires, qui partagent
désormais avec le Conseil le pouvoir budgétaire ?
Les présidents des principaux groupes politiques ont confirmé
qu'ils conditionneraient l'approbation du budget du Service et de sa
dotation en personnel à celle des projets de composition définitifs.
Parmi les instigateurs de ce chantage figure l'UMP Joseph Daul. Preuve
que, dans le cas présent, le tropisme fédéraliste inhérent au statut de
parlementaire européen éclipse les allégeances partisanes.
« Le Parlement tient particulièrement à ce que le SEAE soit un
instrument entièrement européen et non un instrument
intergouvernemental », souligne un communiqué.
Utopie fédéraliste
Le député Alain Lamassoure, président de la commission des
budgets, ne veut pas d'un vingt-huitième service diplomatique
s'ajoutant aux services des États membres. « Notre objectif
doit être de remplacer les vingt-sept autres services pour, d'ici
vingt-trente ans, n'avoir qu'un seul service extérieur »,
a-t-il proclamé au cours d'un débat parlementaire.
Dans un entretien accordé à la fondation Robert Schuman
(03/05/2010), Philippe Étienne, représentant permanent de la France
auprès de l'Union européenne, dessine aux antipodes les contours du
SEAE : « Il ne se substituera pas aux diplomaties
nationales mais prendra en charge les tâches de la présidence tournante
au titre de la Politique étrangère et de sécurité commune et permettra
de développer une culture diplomatique commune en rassemblant en son
sein des personnels venus des institutions européennes et des
administrations nationales. » Michel Foucher, directeur de la
formation à l'IHEDN, critique ouvertement l'attitude des
parlementaires : « Ceci risque de retarder l'entrée
en fonction du Service, qui ne devrait sans doute pas arriver avant
l'automne », a-t-il confié à notre confrère Marek Kubista (Euractiv,
28/04/2010) « Le Parlement commet une erreur en estimant que
des politiques communes pourraient être bâties en court-circuitant les
États. C'est l'inverse : il faut faire converger des
politiques nationales pour édifier des lignes de force d'intérêt
collectif européen. [...] Je ne crois pas du tout qu'à Pékin,
Washington ou Moscou, la vieille diplomatie soit complètement obsolète,
bien au contraire. Les positions communes européennes ne peuvent
exister que si les États, et particulièrement les grands, l'élaborent à
partir de leurs positions nationales. »
Barroso en embuscade
Dans les coulisses, les gouvernements devront compter,
également, avec la Commission. C'est avec Catherine Day, son secrétaire
général, que les discussions auraient été les plus difficiles jusqu'à
maintenant, si l'on en croit un diplomate cité par Nicolas
Gros-Verheyde (Bruxelles 2, 30/04/2010).
José Manuel Barroso entendrait se réserver certaines
prérogatives. D'ailleurs, il manifesterait peu d'égards envers le Haut
Représentant, par ailleurs vice-président de la Commission, et placé en
tant que tel sous son autorité. « Ce sentiment se reflète dans
le partage des tâches au quotidien », révèle notre
confrère : « À la Haute Représentante [sic] de
recevoir les ministres des affaires étrangères, au président de la
Commission d'entretenir des relations avec les Premiers ministres ou
présidents. Une sorte de répartition naturelle qui n'avait pas cours
avec le premier Haut Représentant, Javier Solana ayant pris l'habitude
de recevoir qui il voulait... et, surtout, de téléphoner à qui il
voulait. » Dans ce contexte, le Daily Telegraph annonce la
démission prochaine de Mme Ashton. De fait, tiraillée entre
plusieurs institutions, elles se trouve dans une position délicate,
plongée au cœur de rivalités dont les différends idéologiques ne sont
visiblement qu'un paravent.
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6 mai 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
Par-delà la sémantique...
À l'issue d'une rencontre avec le président de la Commission
européenne, le chef de l'État a proclamé son accord avec Jose
Manuel Barroso sur « l'importance d'une stratégie économique
européenne ambitieuse basée sur un véritable gouvernement
économique ». L'expression se substitue peu à peu à celle de
« gouvernance économique » dans la bouche des élites
européennes – même en Allemagne ! Sans doute pour flatter des
opinions publiques appréciant sa connotation plus politique, tout
particulièrement en cette période de crise.
S'inspirant, plus ou moins, d'une proposition formulée par
Édouard Balladur en février dernier, le Finlandais Olli Rehn,
commissaire européen en charge des Affaires économiques et monétaires,
a envisagé de « soumettre les projets budgétaires nationaux à
un mécanisme de révision par les pairs », selon le résumé de
Madrid. Yves Daoudal, par exemple, a dénoncé « une nouvelle
trouvaille de la dictature européenne ». Après avoir présidé
les travaux menés avec ses homologues le 17 avril, le ministre
espagnol de l'Économie, Mme Elena Salgado, a assuré que Bruxelles ne se
substituerait pas aux autorités nationales : « Il est
hors de question [...] de voter (les budgets) dans des organes
différents des parlements nationaux », a-t-elle déclaré. Selon
M. Rehn, il s'agirait en fait de créer un « semestre
européen pour la conception de politiques économiques », entre
janvier et juillet. Ainsi Bruxelles serait-il informé dès le printemps,
pour l'année suivante, des grandes lignes des budgets de chaque État
membre.
Quoi qu'il en soit, en l'absence d'une convergence politique,
alors que Paris privilégie la consommation tandis que Berlin promeut
ses exportations, on voit mal comment pourrait émerger, à court terme,
un véritable "gouvernement" économique. Mais peut-être quelques
artifices européens aideront-ils les gouvernements (évidemment
nationaux, c'est presque un pléonasme...) à s'émanciper de la
pression des urnes : ainsi pourraient-ils imputer à Bruxelles la
responsabilité d'une rigueur budgétaire impopulaire qu'ils n'ont pas le
courage d'assumer.
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6 mai 2010
Article publié dans L'Action Française 2000
Les circonstances encouragent le renforcement de la
coopération franco-britannique en matière de défense. Outre-Manche, les
conservateurs y seraient même très favorables. En premier lieu dans le
domaine nucléaire.
Les Britanniques étaient appelés aux urnes le jeudi
6 mai. À quelques jours du scrutin, les conservateurs
semblaient toujours en passe de l'emporter. Une victoire de David
Cameron, eurosceptique notoire, affectera peut-être la marche de
l'UE... La défense est un autre terrain ouvert à la prospective. Le
21 avril, Malcolm Rifkind a exposé les conceptions des Tories
en la matière. Notre confrère Nicolas Gros-Verheyde a rapporté les
grandes lignes de son intervention dès le lendemain.
Avec la France
Aux yeux des conservateurs, le terrorisme serait, sans
surprise, la première menace pesant sur le Royaume-Uni. Mais garantir
la liberté du commerce serait une autre préoccupation essentielle. Sir
Rifkind exclut de réduire le budget de la défense britannique.
Toutefois, son parti entend s'attaquer « aux coûts
opérationnels du ministère », qui seraient supérieurs de
20 % environ à ceux observés dans les pays comparables, comme
la France et l'Allemagne.
Il juge les coopérations bilatérales importantes
« non seulement pour des raisons politiques mais pour résoudre
les coûts ». « Le mot coopération européenne peut
provoquer des réactions émotionnelles chez certains d'entre
nous », a-t-il reconnu. Les coopérations lui sembleraient
néanmoins utiles et nécessaires, « particulièrement avec la
France ». Outre la passation de marchés, la dissuasion
nucléaire pourrait faire l'objet d'une collaboration entre Londres et
Paris. En effet, souligne Malcolm Rifkind, « nous sommes les
seuls au niveau européen (avec la Russie) à avoir l'arme nucléaire.
Nous sommes proches. Et nous ne constituons pas une menace (envers
l'autre). »
Coopération nucléaire
En mars dernier, le Guardian avait prêté à la France la
volonté de partager les patrouilles sous-marines avec son allié.
Proposition a priori irréaliste, choquante à certains égards. Cela dit,
dès lors qu'on juge inexistantes les menaces nécessitant d'agiter à
moyen terme l'épouvantail atomique, on pourra donner la priorité au
maintien du savoir-faire, quitte à sacrifier la permanence à la mer...
Pour l'heure, en tout cas, « les marins français n'ont
toujours pas le droit de pénétrer dans la partie arrière des SNLE [sous
marins nucléaires lanceurs d'engins] de la Royal Navy, là où sont les
missiles Trident américains ». Comme le rappelait
Jean-Dominique Merchet le 26 avril, la relation "spéciale"
unissant Albion à Washington ne va pas sans une certaine exclusivité...
Néanmoins, poursuit notre confrère, « on se
parle » d'un côté et l'autre de la Manche. Cela afin de
dissiper le risque d'une nouvelle collision entre deux sous-marins. Et
sans doute, plus discrètement, pour préparer le renouvellement des SNLE
à l'horizon 2030. De façon plus confidentielle encore, une coopération
sur les têtes nucléaires ne serait pas exclue – « en
particulier grâce aux moyens français de simulation ». Sans
doute Paris a-t-il une carte à jouer.
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