Des militaires au service du gender

13 octobre 2010

L'Otan se préoccupe du "genre", y compris sur le théâtre afghan.

Nous n'en revenons pas : deux conseillers « pour les questions de genre » sont affectés à l'ISAF, la Force internationale d'assistance à la sécurité engagée en Afghanistan. L'Otan s'en réjouit : c'est « une première » dans une opération placée sous sa responsabilité. À cet effet, le capitaine Ella van den Heuvel a suivi une formation spécifique aux Pays-Bas, complétée par un stage en Suède, avant de rejoindre Kaboul, « où elle aide les commandants pour ce qui est de la prise en compte de la dimension de genre ».

« Il est encore très difficile d'intéresser les femmes à la carrière militaire », déplore cet officier. « Je pense que c'est parce qu'elles se font encore des idées fausses sur l'armée. Lorsque je raconte mon expérience, et que je précise que j'aide les femmes afghanes, la plupart de mes collègues féminines me disent qu'elles aimeraient en faire autant. Mais la dimension de genre n'est pas seulement l'affaire des femmes... » Effectivement : « La dimension de genre devrait faire partie intégrante des activités de chaque division, de chaque opération, qu'elle soit planifiée ou en cours d'exécution ; elle devrait aussi être prise en compte dans les ressources, le renseignement, le budget et les finances », selon l'amiral Giampaolo di Paola, président du Comité militaire de l'Otan.

Dans l'Armée nationale afghane (ANA), la première femme sous-officier viendrait de prendre ses fonctions au commandement des forces multinationales. Sa tenue tranchera avec celle de ses compatriotes, dont l'écrasante majorité portent la burqa (du moins en Kapisa). Mais l'Otan ne gagnera pas « le cœur et les esprits » de la population en s'attaquant de la sorte aux mentalités locales. Bien que ce discours s'adresse vraisemblablement aux opinions occidentales, on s'inquiète de voir l'idéologie pénétrer jusque dans les rangs des armées.

La DGSE communique

12 octobre 2010

La DGSE communique, par la voix de son patron et celle de son directeur technique, à la recherche de nouveaux ingénieurs. Aperçu de la "doctrine officielle" primant dorénavant en matière de renseignement.

« La connaissance et l'anticipation », dont le renseignement est « un élément essentiel », sont appelées à devenir « le cinquième pilier de la défense et de la sécurité nationale », avec la prévention, la dissuasion, la protection et la projection, annonce Érard Corbin de Mangoux, dans un entretien accordé à Isabelle Lasserre. Nommé à la tête de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), il a entamé « une petite révolution intellectuelle » : « Pour la première fois, on intègre le renseignement, au plus haut niveau de l'État, dans la panoplie d'outils dont disposent les décideurs de la politique étrangère, de sécurité et de défense. C'est le sens de la création du Conseil national du renseignement qui, sous l'autorité du président, définit les orientations stratégiques en la matière. » (1)

Quelles menaces ?

« Les services français ont développé des coopérations d'abord avec leurs partenaires étrangers, avant de comprendre tout l'intérêt qu'ils avaient à resserrer les liens avec les autres services nationaux qui sont leurs premiers partenaires naturels. » Le monde dans lequel ils opèrent « a profondément changé depuis vingt ans. Les menaces sont devenues beaucoup plus diverses, diffuses et changeantes que naguère. Elles émanent de groupes terroristes, d'organisations criminelles, d'États, de réseaux proliférant et de pirates. Elles prennent leur source dans des conflits déstabilisateurs et des États faillis, sans parler des cybermenaces – nouvelles et en plein développement – et de l'espionnage, toujours aussi actif. »

Mais « contrairement au tableau très sombre que certains médias ou analystes étrangers brossent de la société française, les valeurs démocratiques et laïques qui la fondent, l'habitude qu'a notre pays d'accueillir des populations étrangères depuis plus d'un siècle, le modèle intégrationniste » rendraient la France « moins exposée que d'autres à cette dérive pathologique qu'est le radicalisme violent ». On voudrait le croire ! Quoi qu'il en soit, « on sait que quelques individus seulement peuvent causer des dommages insupportables pour nos concitoyens. Même si la société française en produit infiniment peu, c'est déjà trop, et il faut donc les repérer assez tôt pour les empêcher de nuire. »

Selon son directeur, « le mode de fonctionnement de la DGSE est assez atypique ». Seuls les Allemands seraient organisés de la même façon : « Nous sommes un service intégré, qui réunit à la fois la partie technique, les capacités d'analyse et les opérations plus offensives. Les Britanniques [...] ont trois agences différentes : une agence technique qui travaille pour tout le monde ; un service de renseignement extérieur qui collecte l'information ; et un service d'analyse qui mouline le tout. Plus, bien sûr, un service intérieur. C'est un modèle qui marche bien, mais qui est plus vorace que le nôtre en hommes et en argent. Le système français permet une meilleure coordination et une efficacité accrue. En gros, nous sommes capables de mobiliser l'ensemble de nos équipes sur un thème donné et de traiter tous les aspects d'un dossier, y compris l'analyse. »

Appel à candidatures

Entre autres faiblesses,  Érard Corbin de Mangoux pointe des difficultés de recrutement : « Nous cherchons à recruter des agents qui fassent preuve, dans leur travail, de retenue et de discrétion. Mais parfois nous n'avons pas le choix : certaines langues sont difficiles à trouver sur le marché ou ne sont pratiquées que par des personnes qui ne présentent pas toutes les qualités requises. Dans ce cas, il faut faire des compromis. »

Entre cent et cent cinquante postes d'ingénieurs seraient à pouvoir chaque année jusqu'en 2014. « La plupart des membres de la direction technique effectuent les mêmes tâches que dans le privé », rapporte notre confrère Rémy Maucourt. « On pourrait presque croire qu'ils travaillent pour une société comme une autre, mais les enjeux restent fondamentalement différents. La pression est importante, venant de la hiérarchie mais surtout de la nature des missions. Les contraintes de confidentialité sont extrêmes : un agent ne parle pas de ses activités, ni à ses proches ni à sa famille. Au public, il ne donne que son prénom. Il ne consulte pas ses mails personnels au bureau : pour des raisons de sécurité, son réseau est fermé. »

Si certains jugent « valorisant » de travailler pour le pays, d'autres soulignent que »le patriotisme n'entre pas en ligne de compte dans le recrutement ». Des conditions avantageuses compenseraient l'interdiction de se syndiquer ou de faire grève... « Aujourd'hui, la défense des intérêts de la nation n'est plus le principal argument pour attirer les candidats vers les services secrets. » Selon Bernard Barbier, directeur technique, ceux-ci offriraient simplement « un bon début de carrière ». Une perspective exaltante, sans doute à la mesure de lépoque.

(1) « Le Conseil national du renseignement (CNR) définit les grandes orientations et fixe les priorités assignées aux six services de renseignement français : la DGSE  ; la DRM  (Direction du renseignement militaire) qui traite le renseignement d'intérêt militaire et opérationnel ; la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense) qui veille à la sécurité des informations et du personnel relevant de la Défense nationale ; la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), issue de la fusion de la DST et des RG ; la DNRED (Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières et financières) qui dépend du ministère de l'Intérieur ; enfin, le TRACFIN, service s'occupant des circuits financiers clandestins et de´pendant du ministère du Budget. Le CNR est anime´ par un coordonnateur national, l'ambassadeur Bernard Bajolet, placé sous l'autorité du président de la République. »

Humour souverainiste

11 octobre 2010

Une fois n'est pas coutume, le RIF s'engage dans un combat gagné d'avance.

Les souverainistes ne manquent pas d'humour. Las d'accumuler les déconvenues, le Rassemblement pour l'indépendance de la France (RIF) s'est lancé dans un combat gagné d'avance : il appelle à signer une pétition contre l'impôt européen, dont les esprits censés savent bien que l'instauration n'est pas pour demain (voir, par exemple, notre article consacré au « spectre d'un impôt européen »).

« Avec le traité de Lisbonne, l'Union européenne a acquis la personnalité juridique étatique », proclament Jean-Paul Bled, Alain Bournazel, Nicolas Lacave, et Nicolas Smeets. « Elle a donc aujourd'hui la capacité de prélever l'impôt directement, sans passer par les États membres », affirment-ils sans craindre de verser dans la désinformation.

Faut-il le leur rappeler ? La Communauté européenne dispose de la personnalité juridique depuis belle lurette. Quant au traité de Lisbonne, il maintient la définition des ressources de l'Union sous la coupe des États. En effet, selon l'article 311 du TFUE : « Le Conseil, statuant conformément à une procédure législative spéciale, à l'unanimité et après consultation du Parlement européen, adopte une décision fixant les dispositions applicables au système des ressources propres de l'Union. Il est possible, dans ce cadre, d'établir de nouvelles catégories de ressources propres ou d'abroger une catégorie existante. Cette décision n'entre en vigueur qu'après son approbation par les États membres, conformément à leurs règles constitutionnelles respectives. » C'est pourtant clair !

Six mois en Afghanistan

7 octobre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000

Confrontés au choc des cultures, les soldats du 27e bataillon de chasseurs alpins ont évolué sous le feu des talibans, dans un paysage majestueux, de novembre 2008 jusqu'à juin 2009. Aperçu d'un récit captivant.

« Là-bas, très loin de la France, c'est vraiment la guerre... » Patrick de Gmeline – un historien militaire – l'a constaté au plus près des combats. Intégré dans la réserve du 27e bataillon de chasseurs alpins (27e BCA) basé à Cran-Gevrier (Haute-Savoie), il a côtoyé, des mois durant, les soldats de la task force Tiger, engagée en Afghanistan de novembre 2008 à juin 2009. Fort de riches descriptions, son livre (1) nous convie à leur rencontre. « Au-delà du seul récit des faits militaires, qui a ses limites, j'ai voulu proposer au public un récit privilégiant les hommes », annonce-t-il d'emblée.

Huit mois de préparation

L'auteur rend compte des huit mois de préparation intense, ponctués par des événements douloureux, voire tragiques, telle l'embuscade de Surobi, où dix Français trouvent la mort. La nouvelle tombe lors de la permission estivale, nourrissant l'inquiétude du chef de corps, le colonel Nicolas Le Nen. De retour au sein du bataillon, celui-ci ne constate aucune désertion. Sa confiance en ses hommes s'en trouve renforcée : « Ils ont à peine vingt ans, peu d'instruction, certains issus de milieux que l'on appelle maintenant "défavorisés", et ils sont des exemples pour toute une jeunesse. » Un sergent confie que ce drame « ne change rien à sa résolution : il préfère, comme il le dit, "combattre les terroristes chez eux plutôt que d'attendre et de les voir arriver en force chez lui" ».

« Vous servez un pays et une nation qui se sont forgés, au fil des siècles, à coups d'épées », rappelle le chef de corps, à l'approche du départ. « Cette idée de nation est le creuset dans lequel se sont fondues et se fondent encore l'unité et la cohésion de notre peuple, mais aussi nos valeurs essentielles de liberté, d'égalité et de fraternité. Vous verrez dans quelques mois ce que constituent un pays et un peuple qui ne constituent pas une nation, des tribus afghanes qui s'entredéchirent, des seigneurs de la guerre et de la drogue exploiter les paysans, des femmes et des filles asservies par leurs maris, leurs pères et leurs frères... »

Près de sept heures de vol sont nécessaires pour découvrir de « magnifiques paysages, alternant les plaines vertes, irriguées de nombreux cours d'eau, les vastes surfaces arides, rocheuses, dénudées, les montagnes élevées, couronnées de neige sous un ciel qui peut être très bleu ». Dans la vallée de Tagab, où évoluent les compagnies du 27e BCA, « les villages sont composés de maisons à toits en terrasses, construites [...] en terre séchée de couleur ocre. Elles sont séparées par des murs épais, hauts de deux mètres cinquante, qui délimitent des rues ou plutôt des ruelles. Les portes des maisons s'ouvrent, comme des trous sombres, dans ces murs qui protègent des intempéries et défendent en même temps, transformant les habitations en autant de petits fortins. »

Où sont les femmes ?

Les hommes paraissent « dignes et fiers », mais jamais, ou presque, on ne croise le regard de leurs épouses. « La femme, chez le paysan le plus inoffensif – s'il y en a un ! – est vraiment considérée comme moins que rien », constatent les militaires français. « Si un muret se présente [...], elle doit le franchir seule, sans l'aide de l'homme qui marche loin devant, et le faire franchir aux plus jeunes enfants. Sans compter que leurs vêtements ne leur facilitent pas la tâche. Elles sont presque toutes "burqanisés" – terme inventé par les alpins – et leurs longues robes entravent leurs mouvements... » Tandis qu'il dirige une distribution de matériel scolaire, un lieutenant est furieux : « Il s'aperçoit que les filles n'ont pas droit à ces fournitures. L'une d'elle, même, qui tente de s'approcher, reçoit des pierres lancées par des garçons ! » À l'opposé, l'auteur décrit, à l'entrainement, « près de l'un des VAB de la Légion, un caporal féminin, sourcils froncés sous son casque ». Se trouve-t-elle vraiment à sa place ? Une fois n'est pas coutume, des considérations opérationnelles rendent l'engagement des personnels féminins indispensable : ils sont les seuls habilités à fouiller des Afghanes.

Les infirmières françaises doivent attendre un mois avant que des femmes se présentent à elles, après que trois cents hommes eurent déjà défilé dans leur service. « Si elles viennent au début accompagnées d'un mari ou d'un frère, elles vont venir progressivement seules, en confiance. » La distance est de mise lors des premiers contacts avec la population. Patrouillant dans une ambiance qu'ils jugent moyenâgeuse, les soldats ont fière allure, revêtus de leur treillis, encombrés par le Famas, affublés d'un gilet pare-balles... « Des Martiens sur les Champs-Élysées, à Paris, ne feraient pas plus d'effet », commente Patrick de Gmeline. Un officier accepte, non sans hésitation, l'invitation d'un villageois qui le convie à prendre le thé. Pénétrant chez son hôte, qui se révélera très aimable, il veille « à immédiatement retirer ses gants et son casque : il sait que les Américains, dans ces circonstances, ne le font pas, ce qui contribue à les faire (très) mal voir ».

Le passage par la base aérienne de Bagram avait déjà provoqué un semblant de choc culturel. « Une base ? Non, une ville, avec ses 13 000 habitants et, surtout, ses infrastructures si représentatives de la puissance [...] américaine. [...] En somme une petite parcelle des riches États-Unis au milieu sinon du désert, du moins d'un monde oriental dont la pauvreté est flagrante. » Les Français sont partagés entre le rire et la stupéfaction... « Mais cette force matérielle est peut-être aussi une faiblesse. Le ménage [...] est fait par des "locaux", autrement dit des Afghans venus des villages voisins, c'est-à-dire de la misère. Comment perçoivent-ils cette abondance déplacée dans ce pays aux mains des talibans qui ont la part belle pour leur propagande, au moins sur ce point ! » Plus tard, un lieutenant s'indigne : « Les pays riches ont oublié qu'ils ont de la chance... Ils sont devenus fous ! » Pour quelques-uns, en effet, « l'Afghanistan est aussi une sorte de fuite d'un pays, le leur pourtant, où la vie est devenue ultramédiatisée, sans plus de valeurs hormis matérielles, guidée par le seul culte de l'argent, pleine de contradictions. Ce n'est pas en faisant de l'Afghanistan un pays occidentalisé, américanisé, qu'on lui donnera un idéal de vie. »

Sur le terrain, l'attention est requise à chaque instant. Outre les embuscades, plane la menace des IED, les engins explosifs improvisés. Les soldats évoluent avec trente, parfois cent kilos sur le dos. Au cours des arrestations, ils doivent compter avec des policiers afghans témoignant « d'un zèle très relatif », quand la fouille d'une maison ne se transforme pas « en déluge de feu ». Les alpins opèrent souvent de nuit, profitant de l'avantage procuré par les lunettes de vision nocturne, et s'approchant de leur objectif aussi discrètement que possible. Cependant, des veilleurs guettent à la sortie de leurs bases de Nijrab et Tagab...

Point d'orgue des opérations : la conquête de la vallée d'Alasay, « dans laquelle les soldats afghans et alliés ne sont pas entrés depuis un an et où les Soviétiques, il y a quelques années, ne s'aventuraient que difficilement ». Au cours des combats, un soldat afghan est étranglé par un taliban arrivant par derrière. « Ils ont vraiment des couilles ces insurgés », remarque un sergent. Alors qu'un missile Milan atteint sa cible, « un cri de triomphe jaillit des poitrines... comme lorsqu'un joueur de foot marque un but. [...] Tels des gosses, les alpins saluent chaque impact de cris de sioux. » Mais la guerre n'est pas un jeu. En témoigne, dans cette bataille, la mort, à vingt-trois ans, du caporal Nicolas Belda. « Malgré le bruit assourdissant, le silence tombe sur les hommes dont l'œil s'est figé. »

La TF Tiger, une troupe d'élite

« Aveuglés par leur fierté toute moyen-orientale de guerriers, [les talibans] sont tombés dans le piège tendu : accepter un bras de fer qu'ils n'étaient pas capables de remporter. » Cette victoire renforce l'estime gagnée auprès des Américains, qui auraient volontiers confié une telle opération aux forces spéciales. « Les soldats US sont visiblement bluffés par l'esprit traditionnellement débrouillard des "Frenchies", leur sens du système D. Combien de véhicules américains, embourbés ou en panne, ont été remis dans l'axe ou réparés par des alpins techniciens ! » Un sergent ironise : « Des généraux américains [...] doivent encore se demander [...] comment des soldats peuvent faire cela sans porter un t-shirt Navy Seals, des lunettes Ray-Ban et un hélicoptère par personne ! »

Au fil des pages, humour et émotion sont au rendez-vous. Mais on retient surtout la noblesse des caractères dépeints par Patrick de Gmeline, qui forcent l'admiration. D'aucuns jugeront peut-être son ouvrage apologétique. Faut-il s'en offusquer ? « Nous ne sommes pas dupes, la majorité des Français ne comprend pas ce que nous faisons », déplore un lieutenant. « C'est difficile pour un soldat de ne pas se sentir soutenu par un élan national. » Ce livre vient rendre justice à nos soldats. Ce n'est pas le moindre de ses mérites.

(1) Patrick de Gmeline : Se battre pour l'Afghanistan - Soldats de montagne contre les talibans ; Presses de la cité, mai 2010, 398 p., 21 euros.

La mémoire, un enjeu mondial

7 octobre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000

Le passé de la France irrigue jusqu'à la rhétorique des terroristes islamistes à l'origine des dernières prises d'otages. Preuve que le "travail de mémoire" ne relève pas seulement des polémiques nationales.

L'esprit des cinéastes est loin d'être le seul hanté par le souvenir de la colonisation. En témoigne la rhétorique d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui détient les sept otages – dont cinq Français – enlevés au Niger dans la nuit du 15 au 16 septembre. L'organisation a réactivé « la figure de l'ennemi traditionnel de l'Algérie », selon l'analyse de Mathieu Guidère (1), en « exploitant le sentiment de frustration populaire face aux conditions de vie difficiles ». On retrouverait les principaux arguments invoqués jadis pour légitimer les attentats de 1995. Ceux-ci avaient été perpétrés par le GIA (Groupe islamique armé), dont une dissidence, le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), fit depuis allégeance à Oussama ben Laden, formant la quatrième branche d'Al-Qaïda, après celles établies en Arabie saoudite, en Afghanistan et en Irak.

L'Irak, dont l'invasion, et l'insurrection qui s'ensuivit, auraient « contribué, depuis 2003, à mélanger les combattants originaires de tous les pays du Maghreb », et fourni aux islamistes « un argument de recrutement très porteur ». Autant de facteurs préparant le ralliement du GSPC, réalisé par l'entremise des terroristes tchétchènes. Ce faisant, « il a entamé une mutation vers les attentats-suicides à visée internationale », offrant « une base arrière pour tous les islamistes en Afrique du Nord et au Sahel ».

La France apparaît comme une cible prioritaire, étant donné son implication au Maghreb, synonyme d'ingérence, et même de pillage, dans la bouche des islamistes. Souvent désignée comme « la mère nourricière du régime algérien », elle est stigmatisée par l'entretien d'« une certaine confusion historique entre la période des croisades et celle des colonisations ». Dans une vidéo diffusée le 11 septembre 2006, Zawahri avait salué en ces termes le rapprochement des réseaux terroristes : « Cette union bénie sera un os dans la gorge des croisés américains et français, ainsi que de leurs alliés, et fera naître la peur dans le cœur des traitres et des fils mécréants de France. » Le 3 janvier 2007, Abdelwadoud dénonçait, quant à lui, « l'axe du mal conduit militairement par l'Amérique et culturellement par la France, avec le soutien de l'Otan ». Entre autres méfaits commis par Al-Qaïda au Maghreb islamique figurent deux attentats contre l'entreprise française Razel (BTP), l'attaque du siège d'Interpol en Algérie, l'assassinat de touristes français en Mauritanie fin 2007, le meurtre de Michel Germaneau en juillet dernier... Sombre bilan.

(1) Mathieu Guidère : « La tentation internationale d'Al-Quaïda au Maghreb », Focus stratégique n° 12, décembre 2008. Un document de 55 pages disponible gratuitement sur le site Internet de l'IFRI.

Pour en finir avec les Roms

7 octobre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000

Le dialogue se poursuit désormais entre Paris et Bruxelles avec une moindre théâtralité. D'autant que la Commission européenne renonce, pour le moment, à poursuivre la France pour « discrimination ».

Paris et Bruxelles seraient-ils décidés à calmer le jeu dans l'affaire les opposant sur l'expulsion des Roms ? La polémique avait atteint son comble à la mi-septembre, après que Viviane Reding se fut décidée à jouer la vierge effarouchée. « J'ai été personnellement choquée par des circonstances qui donnent l'impression que des personnes sont renvoyées d'un État membre uniquement parce qu'elles appartiennent à une certaine minorité ethnique », avait-elle déclaré le 14 septembre. « Je pensais que l'Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la Seconde Guerre mondiale. » Regrettant « que les assurances politiques données par deux ministres français [soient] contredites par une circulaire administrative », elle avait dénoncé « un affront », avant de conclure : « Après onze ans d'expérience à la Commission, je dirais même plus, c'est une honte. »

Sarko fait son show

Confronté à une telle suffisance, le président de la République a profité du Conseil européen du 16 septembre pour élever la voix. Au risque de froisser ses homologues, vraisemblablement exaspérés par sa volonté d'instrumentaliser un sommet international à des fins de propagande intérieure. « La France a agi et continuera d'agir dans le strict respect du droit européen », avait-il martelé lors d'une conférence de presse, avant d'entrouvrir une porte de sortie : « En vérité, je pense que la Commission et nous, nous sommes sur la même position. Les choses vont revenir dans la normale et s'il n'y avait pas eu ces propos outranciers, ceci aurait été géré tout à fait normalement. La Commission est dans son rôle en posant des questions, en regardant si l'esprit et la lettre des traités sont respectés. [...] S'il s'avérait que dans la transposition [de la directive encadrant droit de libre circulation et de séjour], les gouvernements qui nous ont précédé, comme le nôtre, aient commis des erreurs [...], mais naturellement qu'on les corrigerait. »

Mise en demeure

Or, le mercredi 29 septembre, Bruxelles a confirmé qu'il enverrait « une lettre de mise en demeure à la France en demandant la transposition complète de la directive, à moins qu'un projet de mesure de transposition ainsi qu'un calendrier précis pour son adoption ne soit transmis avant le 15 octobre 2010 ». Aussitôt, Paris a réagi avec satisfaction, soulignant que d'autres États membres (sinon la majorité) étaient passibles d'une telle procédure, au demeurant banale, sinon anecdotique, puisque la Commission cessait de pointer (pour le moment) une application discriminatoire du droit de l'Union.

La mécanique européenne peut souffrir des rivalités au sein du triangle institutionnel (Conseil des ministres où sont représentés les gouvernements, Commission, Parlement), mais non des hostilités ouvertes, dont les sommets les plus fédéraux seraient d'ailleurs les premiers à pâtir. Aussi cette crise semble-t-elle évoluer selon le scénario le plus vraisemblable. Mme Reding pourra s'enorgueillir d'avoir engagé quelques poursuites, poussée par un tropisme fédéraliste inhérent à sa nationalité luxembourgeoise, auquel s'ajoute la prégnance des rivalités institutionnelles. En effet, comment expliquer sa participation au bal des hypocrites, sinon par la volonté de flatter les parlementaires, rendus incontournables par l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, après avoir été cantonnés, des années durant, à l'adoption de résolutions ?

Astérix tient bon

Quant à Nicolas Sarkozy, il aura démontré, une fois de plus, la force de sa détermination, bravant, seul contre tous, le monstre bruxellois, selon un refrain bien connu... Pierre Lellouche, le secrétaire d'État en charge des Affaires européennes, se serait même risqué à justifier ce numéro d'esbroufe : il conviendrait de « rassurer les Français inquiets de l'ingérence de l'exécutif européen dans les affaires intérieures françaises », aurait-il confié, en substance, à notre confrère Jean Quatremer, scandalisé par ce « coming out souverainiste » !

Cela dit, « l'affaire n'est pas classée », a prévenu Mme Reding, en réponse au mécontentement exprimé par certains parlementaires. « Je trouve que la communication de la Commission est ridicule » a déclaré, par exemple, l'eurodéputé italien Sonia Alfano (ADLE). Le Berlaymont a adressé des demandes d'informations complémentaires aux autorités françaises. « J'ai fait part de ma profonde déception concernant la circulaire du 5 août », a rappelé le vice-président de la Commission. « Elle a été modifiée le 13 septembre. Que s'est-il passé entre, et que se passe-t-il à l'heure actuelle ? [...] Il nous faut examiner les copies des ordres d'expulsion afin de comprendre clairement ce qui est arrivé. Il nous faut les chiffres, tous les chiffres, afin de pouvoir continuer notre analyse. » La maîtresse d'école a du pain sur la planche.

L'école d'un nouveau genre

7 octobre 2010
Article publié dans L'Action Française 2000

L'idéologie du genre pénètre peu à peu dans les établissements scolaires. Les conclusions d'une mission officielle sur les « discriminations à l'École » confirment tout l'intérêt que lui portent les élites républicaines. Aperçu.

Parmi les priorités de l'Éducation nationale figurent « la prévention et la lutte contre la violence et les discriminations ». Soucieuse, peut-être, de donner quelque gage aux ligues de vertu, la Rue de Grenelle avait sollicité la direction générale de l'Enseignement scolaire au printemps 2009 afin d'appréhender, plus particulièrement, les « discriminations à l'École ». Coordonnée par Mme Anne Rebeyrol, la mission créée à cet effet a présenté ses conclusions le 22 septembre.

De fausses accusations

Synthétisant des témoignages, ce travail « n'est pas étayé scientifiquement et ne saurait représenter une réalité [...] confirmée par la rigueur de l'enquête sociologique », préviennent les rapporteurs. Lesquels prennent le risque de froisser les chantres de l'antiracisme le plus primaire : tandis que « les enfants d'immigrés ne semblent souffrir ni de discrimination en matière d'orientation, ni en matière d'évaluation », ils soulignent que « les personnels de l'Éducation nationale [...] se trouvent parfois désarmés face à des accusations de "racisme" souvent infondées, mais qui sont utilisées pour justifier, par exemple, une mauvaise note à un devoir ».

Selon leur constat, « intervenir contre l'homophobie en milieu scolaire est le plus souvent assimilé à un acte de prosélytisme, ce qui rend l'action difficile et la communauté scolaire frileuse ». Cependant, « les associations impliquées dans la lutte contre les LGBT-phobies [sic] s'accordent à reconnaître que le ministère a porté une attention toute particulière à la question, plus précisément depuis 2008 ». Ce faisant, des réponses douteuses seraient apportées à un malaise bien réel : « Si, chez les 12-25 ans, les sujets homo, bi ou transsexuels représentent 6 % de la population générale masculine, ils constituent 50 % de l'ensemble des garçons décédés par suicide pour la même tranche d'âge. » « Le sentiment de honte et de mésestime de soi de nombreux adolescents et jeunes adultes homosexuels vient du fait, selon les témoignages, que l'institution scolaire ne leur a jamais présenté l'homosexualité comme une possible orientation sexuelle parmi d'autres. » Mais l'homosexualité n'est-elle pas condamnée, quoi qu'il arrive, à une certaine marginalité ?

Déconstruction

Condamnant le « sexisme », les rapporteurs stigmatisent « le stéréotype dominant » qui « consiste à penser que la différence des sexes induit des aptitudes et des intérêts différents, perçus comme étant l'expression de différences naturelles ». La testostérone serait donc étrangère au caractère « sexué » de la violence scolaire : « 77 % des violences envers autrui ont pour auteur un ou des garçons, contre 18 % par une ou plusieurs filles. La violence des élèves est majoritairement portée contre des personnes du même sexe. Cependant, comme les garçons sont beaucoup plus impliqués que les filles dans les phénomènes de violence, ils restent majoritaires parmi les agresseurs de filles et surtout des personnels féminins : les garçons sont ainsi à l'origine de 54 % des violences commises envers les filles et de 71 % des agressions faites aux femmes travaillant dans le secondaire public. » Serait en cause le « parcours de virilisation des petits garçons et de féminisation des petites filles qui, de manière plus ou moins consciente, innerve l'éducation, forme les représentations, construit les rapports sexistes et définit les contraintes du genre ». Sans craindre de déstabiliser les enfants, les rapporteurs assignent aux établissements scolaires une mission de « déconstruction des préjugés ». Ainsi l'École devrait-elle encourager les jeunes filles « à poursuivre leurs trajectoires et à ne pas minorer leurs ambitions » alors que « l'anticipation d'un certain fonctionnement de la famille les pousse à des choix de compromis ».

Les rapporteurs s'inquiètent, enfin, du développement d'« une culture machiste de jeunes garçons qui ont tendance à occuper l'espace public ». Tandis qu'ils dénoncent « diverses formes de replis communautaires », on devine, dans leur collimateur, des adolescents issus de l'immigration. « L'honneur des garçons de la cité leur commande de frapper leurs sœurs quand l'honneur français interdit à un homme de lever la main sur une femme », a résumé Cyril Bennasar, commentant sur Causeur, le 29 septembre, un documentaire diffusé le soir-même sur Arte. Hélas, loin de réduire « ce décalage des civilisations », l'apologie de la "diversité" contribuera vraisemblablement à l'entretenir.